Pour produire des protéines "durables", la Ferme intégrale parie sur le sandre et l'aquaponie

Installée dans la Drôme, La Ferme Intégrale fait le pari de l'aquaponie, un système qui unit la culture de plantes avec l'élevage de poissons, et qui gomme certains inconvénients de la pisciculture. Avec une innovation : le choix du sandre, un poisson haut de gamme et jusqu'ici peu produit en France, et jamais encore en aquaponie. La startup agricole ambitionne ainsi de fournir 200.000 repas par an, avec l'objectif de participer à la résilience alimentaire des territoires.

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Si ce système de l'aquaponie est déjà opéré par d'autres exploitations, dans une filière encore en pleine émergence, l'entreprise drômoise se distingue par le choix de l'espèce de poissons retenue. Elle ambitionne d'ailleurs de produire 60 tonnes de légumes par an dans la Drôme, et envisage déjà un mode de développement en franchise.
Si ce système de l'aquaponie est déjà opéré par d'autres exploitations, dans une filière encore en pleine émergence, l'entreprise drômoise se distingue par le choix de l'espèce de poissons retenue. Elle ambitionne d'ailleurs de produire 60 tonnes de légumes par an dans la Drôme, et envisage déjà un mode de développement en franchise. (Crédits : DR)

Son modèle disruptif, n'en a pas pour autant émoussé les investisseurs. Basée dans la Drôme, la Ferme intégrale vient de valider la première étape de son plan de financement, qui visait à lever 1,1 million d'euros sur deux ans.

Elle vient en effet réussi à boucler un financement participatif, mené sur la plateforme Lita, avec 311.000 euros investis par des citoyens, une somme à laquelle s'ajoutent 229.000 euros collectés auprès de business angels (Drômois pour la plupart), spécialistes de la transition écologique ainsi qu'auprès de la société d'emballage MbPack (Mayenne).

Son idée ? Combiner l'élevage de poissons et la culture de plantes aromatiques/légumes dans une symbiose rendue possible par le système de l'aquaponie, qui allie lui-même la culture de plantes et l'élevage des poissons. L'ambition derrière ce concept est bien de produire des poissons - ces "champions environnementaux de la protéine animale", selon les fondateurs de la Ferme Intégrale-, mais de façon responsable et pour une distribution en circuit court. Un enjeu majeur dans un contexte de croissance démographique mondiale et de prise de conscience de la nécessité absolue de la résilience alimentaire des territoires.

Pour cela, les poissons sont élevés dans un premier compartiment et produisent des déchets qui sont évacués, via le transvasement de leur eau, dans un second compartiment. L'ammoniaque de ces déchets est ensuite transformé, par des bactéries, en nitrate, lui-même réinjecté dans un troisième compartiment, accueillant quant à lui des végétaux. Ces derniers filtreront ensuite naturellement le nitrate de l'eau, et profiteront ainsi de son apport pour alimenter leur croissance.

"L'inconvénient de la pisciculture est le rejet d'une eau polluée qu'il faut théoriquement traiter. Avec cette symbiose, l'eau est filtrée par phyto remédiation", explique Lauranne Galliard, une des quatre co-associés de la jeune pousse avec Gabriel Faysse, Manuel Perez et Marion Garnier.

Produire du sandre en aquaponie

Si ce système de l'aquaponie est déjà opéré par d'autres exploitations, dans une filière en émergence dont les solutions techniques sont encore fragiles, l'entreprise drômoise se distingue par le choix de l'espèce de poissons retenue. Alors que la plupart de ses homologues ont choisi les salmonidés, poissons d'eau froide, la Ferme intégrale a, au contraire, décidé de produire des sandres, des poissons d'eau chaude s'épanouissant dans une eau à 24 degrés.

"Deux facteurs nous ont poussés vers le sandre. Nous estimons qu'il est moins couteux énergétiquement de chauffer l'eau des bassins plutôt que de les refroidir jusqu'aux 14 degrés nécessaires aux saumons et truites. D'autre part, le sandre est un poisson reconnu pour sa qualité gustative mais finalement peu produit en France. Nous serons les premiers à produire des sandres en aquaponie", affirme Gabriel Faysse, associé et à l'initiative du projet de la Ferme Intégrale.

Objectif : 40 tonnes de poissons par an

Créée il y a deux ans, La Ferme Intégrale a déjà franchi plusieurs étapes. Notamment celle de la preuve de concept technique. Une première marche financée par le programme Apiva, programme de R&D en aquaponie porté notamment par l'ITAVI (Institut technique des filières avicoles, cunicole et aquacole) et l'INRA, le lycée aquacole de la Canourgue (Lozère), le CIRAD et la station horticole RATHO (Rhône-Alpes Techniques Horticoles). 14 bassins hydroponiques de 1m² et plusieurs bassins piscicoles de 3m3 avaient été installés en Lyon et mis en fonctionnement durant l'année 2020.

Ce POC validé, la startup passe désormais au niveau suivant : le démonstrateur commercial. Il est en cours de mise en route ces jours-ci à la Baume d'Hostun dans la Drôme. Grâce à un investissement de 700.000 euros, financé en partie par l'opération de crowdfunding, ce démonstrateur doit permettre d'éprouver la robustesse des hypothèses commerciales et opérationnelles avant un déploiement à plus grande échelle. Les ambitions de ce démonstrateur : produire cette année 10 tonnes de plantes (légumes à feuilles) et deux tonnes de sandres, pour un chiffre d'affaires de 100.000 euros.

"Nous espérons valider cette étape rapidement pour agrandir la ferme dès la fin 2022 et produire, à partir de 2023, 40 tonnes de poissons et 60 tonnes de légumes. Cette unité sera capable d'approvisionner 200.000 repas par an, dans un périmètre cible de 80 kilomètres environ", commente Gabriel Faysse.

Pour porter cet agrandissement, un nouvel investissement de 700.000 euros sera nécessaire, financé par un deuxième tour de table. Chiffre d'affaires envisagé : un million d'euros.

Un développement multilocal

La Ferme Intégrale anticipe d'ores et déjà l'étape d'après. Pour rester dans un schéma de circuit court, l'entreprise souhaite dupliquer son exploitation sur d'autres territoires. En mode franchise, pour aller plus vite.

"Nous sommes sur un marché de l'aquaponie en plein essor. Beaucoup d'entrepreneurs veulent se lancer sur ce sujet mais la filière a encore peu d'expérience. C'est une vraie opportunité pour nous de dupliquer notre modèle et notre savoir-faire", sourit Manuel Perez, qui annonce les premières franchises pour, au plus tard, 2024.

"Idéalement, il faut en effet attendre au moins un an d'exploitation de la ferme pour pouvoir transmettre un cahier des charges finalisé mais nous avons déjà énormément de demandes. Il faudra bien placer le curseur entre ces deux données".

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Commentaires 2
à écrit le 10/12/2021 à 16:04
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Aquaponie !? HI HI HI HI HI ! HU HU HU HU HU ! HA HA HA HA HA ! HO HO HO HO HO ! HE HE HE HE HE ! Pardon mais je ne peux plus m'empêcher de rie parce que ça me fait penser à poney ! HI HI HI HI HI ! Et-c... Une élue LREM en direct lors d'un conseil q...

le 11/12/2021 à 12:12
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Si encore les remarques, toujours péjoratives, de Citoyen blasé faisaient rire, au moins un peu, cela enlèverait de leur pesanteur toujours si catatonique.

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