Auvergne-Rhône-Alpes lorgne le Pôle nucléaire Bourgogne

En changeant de nom, le pôle de compétitivité nucléaire Bourgogne (PNB) sanctuarise sa volonté d'agrandissement. Sis en Bourgogne et focalisée sur le gros oeuvre de la fabrication, la structure renforce sa présence le long de la vallée du Rhône, épousant ainsi toute la chaîne de valeur de la filière nucléaire, et affirmant son ambition internationale. Une implantation qui se dessine en Auvergne-Rhône-Alpes, caractérisée par l'ouverture d'un bureau à Lyon, sous le regard complaisant d'acteurs de la filière, et de celui intéressé de l’exécutif régional, qui réfléchit activement à une politique de soutien à ce secteur en pleine transformation.

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(Crédits : DR)

Unique pôle de compétitivité dédié au nucléaire civil, le Pôle Nucléaire Bourgogne change de nom. En devenant Nuclear valley, la structure entend donner un coup de boost à son activité, qui fédère aujourd'hui environ de 200 membres (entreprises, centres de recherche et innovation, ainsi que des établissements universitaires). Un toilettage d'identité - annoncé le 30 mars sur son site internet, et acté lors du conseil d'administration du 7 mars - qui revêt surtout plusieurs caractéristiques stratégiques, comme l'international, et qui renforce l'ancrage de l'organisation sur le territoire Auvergne-Rhône-Alpes, avec l'ouverture d'un bureau permanent à Lyon. "Le B du Pôle nucléaire était devenu trop pénalisant", lâche un membre du bureau. Une réflexion sur le nom qui était déjà dans les cartons depuis plusieurs mois.

Expertise en Auvergne-Rhône-Alpes

Créé en 2005 à Chalon-sur-Saône autour de la fabrication de gros oeuvre nucléaire (fonderie, chaudronnerie) et portés par les acteurs historiques de la filière, le pôle de compétitivité - labellisé par l'Etat dès sa fondation et soutenu par la région Bourgogne - se devait de s'adapter à plusieurs facteurs : la fusion des régions d'une part (Bourgogne-Franche-Comté) ; le changement de typologie de ses adhérents d'autre part - ces derniers étant de plus en plus issus d'Auvergne-Rhône-Alpes. Une mutation en lien avec le renforcement de la chaîne de valeur du nucléaire, qui s'est, au cours des années, affirmée en Rhône-Alpes, notamment dans le domaine de l'ingénierie de conception et d'exploitation.

"Auvergne-Rhône-Alpes est aujourd'hui le pivot du nucléaire français", assure un expert. Avec quatre centrales, des centres de recherche et innovation de renommée mondiale, des activités de maintenance et de construction, la filière représente sur le territoire au minimum 35 000 emplois, englobant quasiment tous les métiers. Le "grand carénage" du parc nucléaire français devrait également soutenir l'activité en concernant plusieurs tranches de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Le pôle ne pouvait donc pas rester cantonner à son espace de rayonnement initial, alors qu'un quart de ses adhérents est désormais le long de la vallée du Rhône.

Après avoir ouvert une antenne à Montélimar en 2015, l'ex PNB se renforce donc dans la région, avec l'installation d'un site à Lyon, effectif depuis le 1er décembre 2016, situé dans les locaux de la direction régionale d'EDF Auvergne-Rhône-Alpes.

Monter en compétence de toute la filière

"L'élargissement du pôle répond à un grand enjeu : le renforcement de l'ensemble de la filière, afin que les PME-ETI sous-traitantes puissent être capables de monter en gamme pour répondre aux besoins des grands donneurs d'ordre", explique François Bugaut, membre du conseil d'administration et du bureau du pôle et directeur du CEA de Valduc.

Le pôle de compétitivité est notamment sollicité par EDF et Areva NP pour le suivi de l'exigeant dispositif ESPN, qui concerne le contrôle des équipements sous pression nucléaires. De nombreuses entreprises de la filière sont concernées par ce projet supervisé par l'Autorité de sûreté nucléaire. Le pôle, ainsi que de nombreux acteurs du secteur y voient une opportunité pour monter en gamme.

Parmi les autres actions, plus traditionnelle pour un pôle de compétitivité, il participera aux renforcement des relations business entre les entreprises du territoire, mais aussi avec la volonté des les fédérer encore davantage dans un objectif de compétitivité au niveau international. C'est aussi dans ce dessein que le pôle a adopté son nouveau nom.

L'organisation d'une conférence d'affaires, qui se déroulerait une année sur deux sur le territoire est en réflexion. Un renforcement du volet recherche et innovation est également abordé. Quant à la formation, elle est déjà un enjeu majeur mais le sera davantage dans les prochaines années afin de relever les grands défis du secteur de demain : expertise de démantèlement, transition numérique.

Le pôle devrait justement exercer un rôle dans la transition digitale du secteur, vitale pour la compétitivité de la filière. Pilotée par EDF, la structure est associée à cette démarche. "L'expertise lyonnaise dans le domaine du numérique, notamment son expertise dans la cyber-sécurité, justifie aussi le renforcement du pôle dans la région", estime Jean-Luc Allouche, responsable développement Auvergne-Rhône-Alpes du pôle.

La région Auvergne-Rhône-Alpes intéressée ?

Si le renforcement du pôle en Auvergne-Rhône-Alpes est donc lié à des raisons stratégiques et à l'évolution de la filière, les changements politiques intervenus en 2015 ont également accéléré le processus, selon plusieurs sources. Le nouvel exécutif aurait vu d'un œil très favorable cette implantation. Longtemps sujet sensible sous le mandat du socialiste Jean-Jack Queyranne, qui devait composer dans sa majorité avec les élus verts-écologistes, le nucléaire n'avait pas droit de cité dans la stratégie économique de la collectivité régionale. Le nouvel édile, Laurent Wauquiez, réfléchirait activement à une stratégie dans le domaine, qui pourrait éclore entre fin juin et début septembre. Nul doute qu'une relation forte avec le pôle Nuclear valley peut s'avérer importante dans cette démarche.

Pour preuve, et selon nos informations, la Région pourrait envisager de soutenir financièrement le pôle de compétitivité. Si les montants n'ont pas encore filtré (l'enveloppe devrait être votée lors d'une prochaine commission permanente), certaines sources affirment que la participation de l'exécutif pourrait être "au moins égale à celle de la région Bourgogne Franche-Comté", nous explique-t-on. Le budget de Nuclear valley s'élève actuellement à un peu moins d'un million d'euros. Il est financé à hauteur de 50 % par les acteurs privés, et 50 % par les collectivités locales. Ce budget pourrait sensiblement augmenter pour répondre aux besoins d'accompagnement liés à ce nouvel ancrage et à l'approche internationale.

"De façon générale, au niveau national comme local, le financement public est important, mais ce n'est pas la priorité. Le soutien politique est avant tout le plus important, et permet de construire une dynamique", assure le président du pôle. Questionné au sujet d'une possible aide de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Jean-Claude Lenain refuse catégoriquement d'aborder l'enveloppe potentielle. Du côté de la Région, la collaboration n'est pas actée, l'institution se contentant d'affirmer que "le processus de réflexion est actuellement en cours et qu'aucune décision politique n'a été décidée".

Des questions restent également en suspend : notamment sur la gouvernance, si la région Auvergne-Rhône-Alpes faisait effectivement son entrée dans la structure. Contactée, la région Bourgogne-Franche-Comté n'a pas encore donnée suite à nos sollicitations. L'Etat devrait également avoir un droit de regard. Autre question, le nom voté en conseil d'administration en amont, satisfera-t-il toutes les parties ?

Au vu de la typologie de la filière et des fortes évolutions à venir, du support éventuel de la Région, le pôle pourrait-il basculer son siège à Lyon ? Un fin connaisseur assure que l'idée n'est pas si farfelue - "le centre de gravité est en train de bouger vers Lyon -", même si le président du pôle assure, pour sa part, que le siège de Nuclear Valley a vocation à rester en Bourgogne Franche-Comté. "La complémentarité des deux régions serait un atout non négligeable pour l'ensemble de la filière. La fabrication en Bourgogne-Franche-Comté, l'ingénierie de conception et d'exploitation en Auvergne-Rhône-Alpes porterait la filière", souligne Jean-Claude Lenain.

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