Après Solar Impulse, André Borschberg pilote la startup H55

Après le succès médiatique et technologique de Solar Impulse, André Borschberg pilote une nouveau projet ambitieux, H55. Son but, développer une propulsion électrique viable pour l'aviation de demain.

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(Crédits : DR)

Avec son acolyte Bertrand Piccard, André Borschberg a marqué l'histoire de l'aéronautique en menant à terme un projet hautement innovant, l'avion solaire électrique Solar Impulse. Peut-être moins médiatique que Piccard, Borschberg a été un élément clé de la réussite de cette aventure hors normes. Cofondateur du programme Solar Impulse, responsable de la conception des deux avions du team Suisse, Borschberg s'est adjugé pas moins de 14 records du monde à bord de ses oiseaux uniques. On retiendra notamment le record du plus long vol sans escale de l'histoire, 117 heures et 52 minutes soit cinq jours et cinq nuits consécutives passées aux commandes de son appareil.

Nouveau projet

Ingénieur, entrepreneur, ex-pilote de chasse, Borschberg a tiré de cette expérience une foule d'enseignements technologiques et humains qu'il met en application à travers la startup H55. Cette société anonyme suisse, il l'a co-fondée avec d'anciens "compagnons d'armes" du team Solar Impulse. Sa raison d'être : concevoir une chaîne de propulsion électrique certifiable et commercialisable, d'abord pour l'aviation générale puis pour l'aviation commerciale.

"Cet avion que nous avons baptisé aERO1 a décollé avec la quatrième génération de notre propulsion. En tenant compte des temps de recharge des batteries, il permet déjà de réaliser jusqu'à huit vols par jour. Il sera très prochainement remplacé par un nouvel appareil biplace cette fois. Le but de cet aERO2 est de développer un appareil commercialisable offrant deux heures d'autonomie moteur. C'est un point de départ avec, comme objectif, le développement à plus long terme d'une technologie répondant aux besoins de l'aviation commerciale. En cela, nous ne nous interdisons pas la possibilité de considérer d'autres technologies complémentaires à l'électrique comme l'hydrogène", précise André Borschberg.

Ce projet ambitieux, le pilote et ses associés le mènent grâce à un vivier d'une dizaine d'experts, anciens membres de l'équipe Solar Impulse.

"Solar Impulse nous a permis d'acquérir un ensemble de connaissances unique en termes de propulsion électrique en faveur de l'aérien. Le sérieux du projet et la compétence de nos ingénieurs ont par exemple permis à nos prototypes de survoler l'hypercentre des plus grandes villes du monde comme Shanghai, ce qui est interdit à l'aviation commerciale traditionnelle. L'expérience que nous avions acquise ne se limite pas au moteur. Elle s'étend notamment aux batteries, à l'électronique qui gère l'ensemble de la chaîne de traction pour améliorer l'efficacité énergétique globale du système... À titre d'exemple, les batteries que vous retrouvez aujourd'hui sur les plus performantes des Tesla, nous les utilisions il y a près de quatre ans."

H55 finance ses travaux grâce à des apports de fonds provenant de sociétés à capital-risque. Depuis près d'un an et demi, la startup dispose d'un banc d'essais volant, un avion monoplace dont la motorisation traditionnelle thermique a été remplacée par un ensemble 100% électrique conçu par H55.

Conservatisme

L'aventurier suisse, qui ne manque pas de souligner un certain conservatisme du milieu aéronautique envers l'électrique, croit fermement au développement de cette technologie. "C'est incontournable. Il y a quinze ans, l'électrique était catalogué 'sans avenir' par le secteur automobile. Aujourd'hui, c'est un axe de développement prioritaire pour toute cette industrie. À l'époque de Solar Impulse, le milieu aéronautique n'a d'abord pas cru à la viabilité du projet. Sortir des schémas de réflexion traditionnels a été difficile. Si bien que c'est une société travaillant dans le nautisme qui a créé les fuselages de nos avions."

Convaincu, Borschberg ne manque pas d'arguments chocs pour définir sur la révolution technologique en cours selon lui:

"Un drone électrique est aujourd'hui plus stable qu'un hélicoptère à 10 millions d'euros. Cela ne signifie pas que l'hélicoptère n'a plus d'intérêt. Il permet d'exécuter des tâches qui sont aujourd'hui inenvisageables avec un drone. Ce constat posé, il faut se préparer à une évolution significative de notre façon de voler. On le voit avec le nombre croissant de projet d'appareils à décollage et atterrissage vertical électriques destinés au transport urbain par exemple (les eVTOL, NDLR)."

Cette approche innovante des modes de déplacement sous-entend l'usage et donc le développement d'une technologie disruptive, complexe qui va demander le travail d'experts pour la fiabiliser et la faire évoluer. "Il y a aujourd'hui un éventail de possibilités à explorer. C'est pour cela que H55 travaille au développement d'une solution hardware et software qui permette la conversion d'avions actuels à l'aide de motorisations électriques et le développement de machines innovantes comme les eVTOL."

Alors que H55 ne cache pas la nécessité de lever des fonds dans le futur pour poursuivre ses recherches, la startup est pour l'heure focalisée sur le premier vol de son aERO2, la commercialisation de l'appareil étant espérée par André Borschberg et son équipe à l'horizon 2020.

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