Pourquoi le lyonnais Rebooteille croit au retour de la consigne du verre

Pour le lyonnais Rebooteille, le retour de la consigne des bouteilles en verre ne fait plus de doute, mais à l'aide d'un processus industrialisé et d'une bonne coordination entre l'ensemble des maillons de la chaîne. Et à l'issue d'une première année d'existence, la nouvelle SCIC s'est fixée un objectif ambitieux : atteindre les 38 producteurs et 100 points de collectes partenaires dans le Rhône, l'Ain et la Loire, d'ici la fin de l'année.

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En mars 2020, date de son lancement, Rebooteille travaillait avec un producteur et cinq point de collectes. Aujourd'hui, ce sont 15 producteurs et 43 points de collecte qui font déjà confiance à la jeune entreprise, en cours de constitution en SCIC.
En mars 2020, date de son lancement, Rebooteille travaillait avec un producteur et cinq point de collectes. Aujourd'hui, ce sont 15 producteurs et 43 points de collecte qui font déjà confiance à la jeune entreprise, en cours de constitution en SCIC. (Crédits : DR Zoé Favre d'Anne)

Ramener sa bouteille en verre chez le commerçant une fois son contenu consommé. Une habitude qui s'est perdue, mais qui commencerait à faire un retour en force. Du moins au sein des esprits, qui sont nombreux à s'intéresser à la question.

Certaines enseignes ou des professionnels de la restauration ont déjà recours au système de consigne, mais les consommateurs "lambdas" ont encore le réflexe d'aller jeter leurs déchets en verre, au sein des silos dédiés.

C'est là que Rebooteille, basé à Vaulx-en-Velin, souhaite s'inscrire :

"Aujourd'hui, avec la filière du recyclage en place, une fois que le verre est mis dans les silos, il est cassé, puis refabriqué. Nous avons fait le constat que le réemploi d'un bouteille consomme moins d'eau et d'électricité que le recyclage. Les études dans ce sens montrent que le réemploi consomme 33% d'eau et 76% d'énergie en moins", explique en effet Stéphane Robert, un des fondateurs.

Une bouteille en verre n'étant pas réutilisable à l'infini, le but est "de faire une boucle de réemploi, complémentaire au recyclage."

"Une solution clé en main" pour les producteurs et les points de vente

Au début de la chaîne du système que propose Rebooteille, on retrouve en effet en premier lieu un producteur (de bières, de vins, jus de fruits...). Ce dernier peut vendre ainsi ses produits en points de collecte et appliquer le système de consigne, afin que ses clients soient incités à lui ramener ensuite les bouteilles vides.

Charge à Rebooteille de les récupérer ensuite pour les laver, puis de les revendre au même producteur, à un prix inférieur ou équivalent à celui d'une bouteille neuve.

En mars 2020, date de son lancement, Rebooteille travaillait ainsi selon ce principe avec un producteur et cinq points de collectes. Aujourd'hui, 15 producteurs et 43 points de collecte font déjà confiance à la jeune entreprise.

L'objectif étant d'atteindre 38 producteurs et 100 points de collecte dans le Rhône, l'Ain et la Loire, d'ici la fin de l'année. En 2021, l'équipe de Rebooteille souhaite atteindre les 80.000 bouteilles lavées, puis 200.000 à compter de 2022.

Pour arriver à bien faire fonctionner cette boucle, il aura cependant fallu lever un certain nombre de leviers.

Premier enjeu : la standardisation des bouteilles

Retour en 2017, Stéphane Robert et Nils Svahnström se sont rencontrés dans une association, qui organisait alors un service de consignes de bouteilles. L'idée leur a plu, "mais on voulait faire quelque chose de plus conséquent et industriel." Ils ont ensuite lancé le projet Rebooteille et ont été incubés durant 18 mois.

La standardisation des bouteilles est la première étape pour que la consigne fonctionne.

Les producteurs contactent ainsi Rebooteille, qui les aide en retour à se procurer le format de bouteille adapté. Ils achètent ensuite eux-mêmes le lot de bouteilles neuves, qui vont ensuite être insérées au sein de la boucle du réemploi.

Rebooteille conseille aussi les producteurs sur le choix des étiquettes et des colles, qui doivent pouvoir partir au lavage.

"Cette transition en matière d'emballages peut prendre entre trois mois et un an aux producteurs", détaille Stéphane Robert.

Une fois cette étape passée, le producteurs pourra vendre ses bouteilles dans ses points de vente habituels. Ces derniers feront ensuite payer aux clients une consigne de 50 centimes sur chaque de ces bouteilles, qu'ils récupéreront quand ils ramèneront leurs bouteilles.

Second impératif : simplifier le processus

A noter qu'un client peut choisir de ramener sa consigne au sein de n'importe quel point de collecte travaillant avec Rebooteille, et non pas pas forcément celui où il a acheté son produit. "Le taux de retour en magasins est entre 40% et 60%, l'objectif est d'atteindre les 80%."

L'entreprise fournit aussi les étiquettes et supports de communication aux points de ventes et assure une formation au personnel des magasins, tandis que les bouteilles sont ensuite récupérées, lavées puis revendues aux producteurs.

"C'est une solution clé en main pour les producteurs et les points de vente". Un aspect essentiel pour que la consigne prenne et se démocratise.

"Les gens qu'on avait rencontré lors de l'étude de marché avaient essayé la consigne, mais ils avaient arrêté car c'est trop compliqué pour eux à mettre en place, ou ils ne savaient pas comment faire car ils n'avaient pas l'expertise ou l'énergie."

Vers la naissance d'une SCIC

Si Rebooteille était encore jusqu'ici une association, elle se préparait à devenir, à compter de début juillet, une société coopérative d'intérêt collectif (SCIC). Et pour cela, elle compte s'ouvrir à de nombreux acteurs pour partager son aventure.

"Les sociétaires ne seront pas uniquement des salariés : on peut également accueillir l'ensemble des acteurs qui participent à la boucle, ainsi que des collectivités locales ou d'autres soutiens", annonce Stéphane Robert.

Les collectivités locales, qui ont la compétence traitement de déchets, pourraient notamment constituer un acteur essentiel à impliquer dans cette boucle de réemploi.

"D'autant plus qu'en réalité, le recyclage du verre tel qu'on le réalise actuellement coûte cher aux collectivités et aux consommateurs, car en achetant une bouteille, on paie aussi ce traitement. Avec le réemploi, on parvient à alléger ce coût", avance Stéphane Robert.

Investir dans une station de lavage

Si le lavage est pour le moment externalisé à une autre société (Ma Bouteille s'appelle revient), Rebooteille devrait elle aussi disposer de son propre système de lavage début 2023 (montant : NC).

C'est aussi l'équipe de Rebooteille, composée de quatre personnes, qui s'occupe de la partie logistique, mais le but à terme sera de travailler avec un prestataire externe, "mais toujours dans nos valeurs", ajoute Stéphane Robert.

Bien que ces deux étapes représenteront des leviers clés pour passer à un stade professionnel et proposer ainsi un service efficace, l'expansion en elle-même n'est pas la raison d'être de Rebooteille.

"C'est un outil partagé pour tous les acteurs et la notion de localité est très importante", souligne Stéphane Robert. Aussi, 100% des bénéfices seront réinvestis, il n'y aura pas de dividendes. "Il y a plusieurs entrées à la consigne : l'ancrage territorial, le circuit court, l'écologie, la réduction des déchets...", poursuit-il.

Son ambition est aussi de conquérir les grandes et petites surfaces, pour avoir des chances d'augmenter le taux de retour, et par conséquent, de toucher un public plus large.

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