Stations de ski : des pistes d’avenir explorées pour voir au-delà des pertes records de février

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À La Clusaz (Haute-Savoie), au coeur du massif des Aravis, le taux d'occupation a oscillé entre 60% et 73% durant les vacances scolaires de février, au lieu de 80 à 90% les hivers précédents.
À La Clusaz (Haute-Savoie), au coeur du massif des Aravis, le taux d'occupation a oscillé entre 60% et 73% durant les vacances scolaires de février, au lieu de 80 à 90% les hivers précédents. (Crédits : @ Savoie Mont Blanc-Bertrand)
Lors d'une visite en Savoie ce jeudi, le ministre des PME Alain Griset s'est rendu au chevet des acteurs de la montagne, mais sans abonder pour autant son plan d'aides à la filière, déjà chiffré à 5 milliards. Alors que les derniers chiffres publiés ce matin font état d'un taux de fréquentation qui ne dépasse pas les 30%, l’hiver 2020-2021 pourrait accélérer une diversification amorcée, sans remettre toutefois en cause le ski alpin.

"Les entreprises de remontées mécaniques pourront être indemnisées jusqu'à 70% du montant de leurs charges fixes", a indiqué Alain Griset, qui était en déplacement en Savoie, ce jeudi. Une mesure déjà proposée il y a quelques semaines aux acteurs de la montagne, mais qui attend en réalité toujours l'aval de Bruxelles. "Cette aide sera déployée dans les prochains jours, sous réserve de sa validation par la Commission européenne", a-t-il précisé.

Reste que dans les faits, le ministre délégué aux Petites et moyennes entreprises a exclu pour l'heure tout renforcement son plan d'aide à la montagne, qui atteint désormais près de 5 milliards d'euros pour l'ensemble de la filière. Un montant que jugeaient pourtant insuffisant plusieurs représentants de l'économie de montagne face à une saison blanche, où les remontées mécaniques n'auront pas pu ouvrir leurs portes de l'hiver.

Jean-Luc Bloch, maire de la Plagne et président de l'ANMSM avait déjà jugé à plusieurs reprises que cela serait insuffisant. "Il faut au moins le double", précisait-il il y a quelques jours à La Tribune.

Fréquentation en chute

Car du fait de la fermeture des remontées mécaniques pour raisons sanitaires, c'est toute l'économie des stations de sports d'hiver qui a souffert cet hiver. Selon les derniers chiffres communiqués ce vendredi 5 mars par Savoie Mont Blanc Tourisme, la fréquentation du mois de février, traditionnellement boostée par les vacances scolaires, est désespéremment en berne, à seulement 30%, contre 80% habituellement, tandis que les pertes financières du secteur touristique se monteront à 6 milliards d'euros à mi-avril, selon l'Agence Savoie Mont-Blanc, qui coordonne l'offre touristique des deux départements.

Ces chiffres cachent cependant en réalité une grande disparité de situations, puisque le taux d'occupation va de 15% à 77% selon les stations. Pour certains, cette situation marque une césure entre les stations d'altitude, fortement tournées vers le ski alpin, et les stations de moyenne montagne, plus familiales et multi-activités. Car le ski alpin est en effet pratiqué par 80% des vacanciers des stations de sports d'hiver.

« Il est certain que les stations axées sur le tout ski sont plus en difficulté que les stations villages et les stations proposant des activités outdoor complémentaires de l'offre de ski alpin », explique Michaël Ruysschaert, le directeur de l'Agence Savoie Mont Blanc.

Et quand une station offre à la fois une vie à l'année et des activités ne nécessitant pas de remontées mécaniques, la perte de fréquentation s'avère limitée cet hiver. A l'image de La Clusez.

Cette station haut-savoyarde de moyenne montagne, située au coeur du massif des Aravis, a vu son taux d'occupation osciller entre 60% et 73% durant les vacances scolaires de février, au lieu de 80 à 90% les hivers précédents, précise Jean-Philippe Monfort, le directeur de l'Office de tourisme de La Clusaz, qui qualifie ces chiffres de « bons taux d'occupation dans ce contexte ».

Le relatif succès de la Clusaz

La station haut-savoyarde a même accueilli 15% de nouveaux clients français. « Ces nouveaux clients sont venus sachant que ce serait sans ski alpin, sans bar ni restaurant, et avec le couvre-feu à 18 heures, salue Jean-Philippe Monfort. Ils ont fait le choix de passer une semaine de vacances en montagne, ce qui est de bon augure pour la suite. »

Ce n'est pas forcément un hasard si ces clients novices sont venus à la montagne au moment où celle-ci est contrainte dans sa principale activité, le ski alpin.

Les images de skieurs confirmés dévalant les pistes peuvent complexer un public novice en terme de culture de la montagne, estime Michaël Ruysschaert. « Nous devrons fidéliser cette clientèle en lui montrant que la montagne peut être plus accessible qu'ils le pensent, comme ils ont pu le constater cet hiver », affirme-t-il.

Si La Clusaz a tiré son épingle du jeu, c'est que la station bénéficie de caractéristiques qui se sont révélées de véritables atouts en cet hiver pandémique.

D'abord, sa clientèle était déjà jusqu'ici essentiellement française : les touristes qui le souhaitaient ont donc pu venir, contrairement aux grandes stations tournées vers la clientèle internationale, dont certaines ont ainsi vu leur taux d'occupation tomber à 15%.

Aussi, La Clusaz n'est pas uniquement une station de sports d'hiver. C'est aussi un village de montagne, avec une vie à l'année. Elle peut donc offrir un dépaysement complet à ses visiteurs, en s'appuyant sur un rapport authentique avec la nature et avec les acteurs locaux.

Une réinvention qui prépare l'avenir

Mais il a bien fallu proposer des activités à ces touristes venus en relativement grand nombre. « Nous avons été obligés de nous réinventer », résume Jean-Philippe Monfort. C'est que La Clusaz, comme la plupart des stations de sports d'hiver, petites et grandes, a un modèle qui repose à 70% sur le ski alpin.

La réinvention a consisté à proposer de nouvelles activités aux touristes. Concrètement, les acteurs locaux se sont mobilisés pour élaborer des jeux de neige sur le bas des pistes: un labyrinthe de neige, des pistes de luges redessinées, des toboggans de neige, un village d'igloos... Et c'est sans comptrer sur la découverte - ou la redécouverte - d'activités comme le ski de randonnée, le ski nordique et les raquettes, qui ont séduit nombre de touristes.

Cette réinvention a été un double succès. « Les gens nous ont dit qu'à l'avenir, ils reviendront au ski alpin, mais qu'ils garderont un tiers de leur temps pour d'autres activités », indique Jean-Philippe Monfort. De son côté, la station en tire une expérience enrichissante pour l'avenir. « Nous devons capitaliser sur cet hiver, parce que la diversification a commencé : on se doit de développer un nouveau modèle économique qui ne dépend plus totalement du ski alpin. » Mais cela prendra du temps.

« Ces activités peuvent nous permettre, sur plusieurs décennies, de générer les mêmes retombées économiques (que le ski alpin, ndlr) par différents moyens à développer, d'année en année », dit-il.

Si l'hiver 2020-2021 aura permis de développer la prise de conscience des possibilités de diversification, la médaille a son revers. « Cet hiver aura fait perdre des années à la montagne française », craint Michaël Ruysschaert, à Savoie Mont Blanc, en expliquant que ce sont les recettes directes et indirectes des remontées mécaniques qui financent la recherche et développement de la montagne, et les innovations qu'elle sera en mesure de proposer à l'avenir.

(avec ML)

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a écrit le 05/03/2021 à 16:15 :
S'il faut indemniser toute la chaîne économique de l'activité "ski", ce n'est pas 5, mais plusieurs dizaines de milliards qu'il faudrait engager.
Les remontées mécaniques sont une goutte d'eau dans un océan de pertes abyssales. Faillites et chômage en hausse d'ici le mois de Juin.
a écrit le 05/03/2021 à 12:55 :
Les gens qui ont les moyens financiers de partir en vacances dans les alpes, surtout la clusaz que l'on voit sur cette magnifique photographie, ne sont que des grosses feignasses qui préfèreront toujours le ski alpin au ski de randonnée bien plus fatiguant. Ils se croient vivre plus fort comme ça certainement mais bon on voit mal comment ces stations pourraient faire le plein sans le ski alpin du coup, avec ces tarifs exhorbitants là bien sûr.
Réponse de le 06/03/2021 à 17:53 :
@ citoyen blasé
??? On peut faire les 2, du ski de piste à La Clusaz et du ski de randonnée dans les Aravis, du ski de fond et de la raquette au Grand Bornand sans être automatiquement tous des grosses feignasses.
Réponse de le 06/03/2021 à 20:21 :
Tu sais bien que c'est faux, la plupart y vont pour le ski alpin pas pour la balade, pour se sentir exister du fait de la vitesse, pour aller chercher ce petit frisson éphémère, on est un peu dans le même phénomène avec la bagnole d'ailleurs de façon plus dangereuse.

Les cas exceptionnels existent toujours, tu es capable de monter à pied une montagne pour descendre ensuite à skis, vous devez être un pour mille à être assez passionnés pour cela et encore mes félicitations ! :-)
Réponse de le 07/03/2021 à 23:48 :
Vous m'avez l'air d'avoir parfaitement identifié la station de La Clusaz.
Vous la fréquentez beaucoup ?
Réponse de le 08/03/2021 à 9:02 :
Disons que j'ai de la famille qui y travaille, faut bien que ça serve une grande famille autrement qu'à désespérer.

Donc je connais plutôt bien oui.
a écrit le 05/03/2021 à 11:42 :
Les français s'entassent sur les quais de la Seine et les remontées mécaniques sont interdites, avec des dirigeants de cette trempe, pas étonnant que la France régresse.

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