Laurent Duc (UMIH Rhône) : « J’appelle les hôtels à ouvrir leurs restaurants mi-décembre »

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Laurent Duc, il est impensable que les cantines et restaurants d'entreprises puissent servir, mais pas les restaurants, auxquels des efforts importants ont déjà été demandés au cours des dernières semaines de fermeture.
Laurent Duc, il est impensable que les cantines et restaurants d'entreprises puissent servir, mais pas les restaurants, auxquels des efforts importants ont déjà été demandés au cours des dernières semaines de fermeture. (Crédits : DR)
COUP DE GUEULE. Le président de l’Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie (UMIH) du Rhône ne décolère pas. Après les quatre manifestations organisées au cours des dernières semaines à Lyon, Laurent Duc, propriétaire et exploitant de l'hôtel Ariana à Lyon, a lui aussi écouté les annonces d'Emmanuel Macron, ce mardi soir. Furieux que le secteur de la restauration soit contraint de demeurer à l’arrêt jusqu’au 20 janvier au plus tôt malgré les propositions faites au gouvernement, il en appelle désormais « à la désobéissance ».

LA TRIBUNE AUVERGNE-RHONE-ALPES - Comment recevez-vous les annonces d'Emmanuel Macron, évoquant une fermeture jusqu'à la mi-janvier de votre secteur, qui rassemble 12.000 entreprises en Auvergne Rhône-Alpes (dont environ 2.500 sur la métropole de Lyon) ?

LAURENT DUC - « Je ne suis pas vraiment surpris, car je n'attends plus rien du gouvernement, qui ne fait rien pour notre secteur. Nous sommes une variable d'ajustement, et cette situation est devenue insupportable, d'autant plus qu'elle n'est pas justifiée. Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, est devenu la voiture balai du Ministère de la Santé, qui essaie de ramasser les miettes laissées dans son sillage...

Or, il n'est toujours pas prouvé qu'il existait des cas de Covid provoqués durant l'ouverture de nos établissements...

Rien n'est cohérent : on a laissé les hôtels ouvrir, alors que les restaurants sont fermés. Or, il n'y a pas de raison que les internats et que les cantines puissent continuer à fonctionner et à faire à manger, dans des conditions même bien plus flexibles que celles fixée dans nos établissements... C'est incompréhensible. »

Ce matin, le sort des stations de sport d'hiver, que le président Emmanuel Macron estime devoir fermer jusqu'à la mi-janvier, cristallise désormais la colère...

« Les stations sont désormais vent debout et ne vont pas pouvoir ouvrir pour la période des fêtes, alors que les gens ne seront pas empêchés d'aller dans leur résidence secondaire pour se retrouver et y faire la fête. Et il ne faut pas croire qu'ils observeront auront un meilleur protocole sanitaire que dans nos établissements... D'autant plus que les services de police en montagne n'auront pas les mêmes effectifs que ceux des villes pour surveiller ces secteurs.

Plutôt que de contrôler et de mettre en place des protocoles, on fait tout à l'envers. On parle de stations qui restent fermées, mais en réalité, ce qui ne va pas rouvrir, ce sont surtout les remontées mécaniques.

Or, on sait très bien que la totalité des touristes qui viennent en montagne ne sont pas du ski : certains profitent de leur séjour pour se balader en montagne ou faire d'autres activités comme de la luge ou de la randonnée... Ce n'est pas parce qu'il n'y aura pas de remontées mécaniques que les gens ne pourront pas se rendre dans leurs chalets ou leurs appartements. C'est encore une décision à la Pyrrhus ».

Depuis hier soir, vous vous êtes positionné dans un appel « à la désobéissance » à l'égard des restaurateurs. De quoi s'agit-il exactement ?

« C'est simple : j'appelle l'ensemble des hôtels à réouvrir leurs restaurants à la mi-décembre, car il faut bien que les clients se nourrissent. Vous croyez que les députés, sénateurs ainsi que les collaborateurs de l'Elysée ne mangent pas en collectivité ?

Car aujourd'hui, manger en tête-à-tête dans une salle de restaurant n'est pas très différent de dormir dans le même lit. Je dis donc qu'il faut ouvrir les restaurants à partir du 15 décembre, date annoncée pour le début du déconfinement par le président de la république, et proposer un service le midi uniquement, et avec du click and collect le reste du temps. Et cela partout à l'échelon national. »

Faut-il en arriver à désobéir ?

« J'appelle les gens à descendre dans la rue puisque le lobbyisme et l'intelligence ne marchent plus. Dans mon coup de gueule, je parle de mi-décembre, et nous n'y sommes pas encore.

Nous allons attendre bien entendu d'être déconfinés, et de retrouver les conditions que nous avions avant ce second reconfinement. Nous nous donnons jusque-là pour essayer de faire changer la position de l'État, et que l'on puisse retrouver au minimum le même cadre que nous avions lorsque nous étions en couvre-feu.

À savoir une ouverture le midi, avec une fermeture à 21h. »

Depuis quelques semaines, le chiffre de 30 % de faillites revient régulièrement comme une épée de Damoclès pour alerter sur les conséquences économiques à venir de cette crise sanitaire. Selon vous, ces précisions seront-elles encore alourdies par le nouveau calendrier annoncé hier ?

« Aujourd'hui, les entreprises sont tenues par des "aidettes". Et on ne parle pas des assureurs, ni des banques qui vous demandent aujourd'hui des garanties énormes pour octroyer un PGE... Mais à quoi sert le PGE, si ce n'est à reconstruire les capitaux propres balayés par la crise ?

Personnellement, je me considère comme un entrepreneur responsable qui n'emprunte pas d'argent qui ne saurait être remboursé. J'ai donc attendu d'entamer près de 80 % de mes réserves, avant d'envisager un recours au PGE. Résultat ? On vous répond ensuite que cela est impossible car vous n'avez plus de réserves... C'est honteux ».

Prévoyez-vous de nouvelles manifestations, comme c'était déjà le cas au cours des trois dernières semaines à Lyon, et en région AuRA ? Et qu'en est-il plus largement de vos relations avec les élus locaux, en première ligne sur votre territoire ?

« Nous allons laisser les petits commerces ouvrir ce samedi et travailler correctement en début de semaine, mais nous reviendrons le lundi suivant, en terminant notre marche devant l'hôtel de Région de Laurent Wauquiez.

Sur la scène locale, les élus nous soutiennent, mais nous attendons encore des mesures concrètes, même s'il faut noter que le maire de Lyon Grégory Doucet a adressé, ce lundi, une lettre au président de la République pour lui demander la réouverture des petits commerces.

Mais je crois qu'il faut aller plus loin et faire du « outing » législatif : nous allons poser des questions à chaque député pour connaître leur position, et s'ils votent l'inverse de ce qu'ils disent, nous le publierons sur les réseaux sociaux ! A un moment, la théorie n'est plus suffisante. »

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Commentaires
a écrit le 26/11/2020 à 4:49 :
Voila un homme courageux. La plupart des francais sont des couards.
a écrit le 26/11/2020 à 0:17 :
qui craint le coronavirus sinon le ponctionnaire qui est déjà gavé à vie ??? Les restaurateurs eux, en crèvent dans l'indifférence générale !!!!
Réponse de le 26/11/2020 à 11:44 :
Il faut laisser se battre ceux qui veulent se battre et laisser mourir ceux qui ne veulent pas se battre.
Ils est illusoire d attendre que les autres se battent pour vous.
Bon courage
a écrit le 25/11/2020 à 18:38 :
A Geneve , qui est quasi en France , les restos rouvrent le 10 décembre . Quant aux coiffeurs ils le sont depuis déjà 1 semaine . Ou est la cohérence ?
Réponse de le 25/11/2020 à 22:29 :
La cohérence est en Suisse ... certainement pas en France, où Macron est plus occupé à instaurer une dictature qu'à lutter efficacement contre la pandémie.

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