Après les mesures d’urgence, place au « France Relance » de la montagne française ?

DECRYPTAGE. Il l’avait promis en février dernier : son plan est désormais bouclé. Le premier ministre Jean Castex se rendra, en compagnie d’une poignée de ministres, en Savoie ce jeudi afin de présenter les contours de son nouveau plan, très attendu, en faveur de la relance de l’investissement en montagne. Après les 5 milliards d’euros d’aides d’urgences décaissées jusqu’ici, à quoi faut-il s’attendre avec ce nouveau volet, Avenir Montagne, qui prévoit une enveloppe de 640 millions d’euros ?

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Ce jeudi, le gouvernement Castex se déplacera dans la Tarentaise pour défendre un nouveau plan de relance de la montagne, comme promis. Sera-t-il à la hauteur des attentes suscitées ? A l'échelle des Deux Savoies, l'ardoise affichait déjà 5 milliards d'euros de pertes pour la saison 2020/2021 fin avril.
Ce jeudi, le gouvernement Castex se déplacera dans la Tarentaise pour défendre un nouveau plan de "relance" de la montagne, comme promis. Sera-t-il à la hauteur des attentes suscitées ? A l'échelle des Deux Savoies, l'ardoise affichait déjà 5 milliards d'euros de pertes pour la saison 2020/2021 fin avril. (Crédits : DR)

C'est un déplacement très attendu qui se profile ce jeudi au sein des massifs alpins, et qui concernera, de fait, l'ensemble de la montagne française. Le premier ministre se frottera à nouveau aux professionnels de la montagne, avec une enveloppe toute neuve sous le bras.

A l'occasion de ce déplacement hautement symbolique à Bourg-Saint-Maurice, dans le massif de la Tarentaise (Savoie), Jean Castex ne sera cependant pas seul pour présenter le résultat des concertations et rencontres menées, depuis mars dernier, avec les acteurs de la montagne. Il pourra compter notamment sur la présence du ministre délégué en charge des PME, Alain Griset, du secrétaire d'État chargé du Tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, et du secrétaire d'État en charge de la Ruralité, Joël Giraud.

Un exercice qui n'en reste pas moins attendu de pied ferme par les professionnels du secteur, dont l'ensemble de la saison 2020-2021 avait été mise à l'arrêt ou presque, en même temps que leurs remontées mécaniques sur décision de l'Etat français. Selon les stations des deux Savoie, le bilan de cette saison blanche s'élève déjà à 5 milliards d'euros, selon des estimations arrêtées fin avril. Une décision qui avait donné lieu à plusieurs alertes du monde de la montagne, et même au dépôt d'un référé auprès du Conseil d'Etat, alors que la plupart des autres massifs européens avaient fini par ouvrir leurs portes avant la fin de l'hiver.

Mais ce jeudi, le climat sera placé sous le signe de la relance, laissant le premier volet « d'aides d'urgences », ayant conduit jusqu'ici à consommer une enveloppe passée de 4 à 5,4 milliards d'euros (et déjà "décaissée", d'après le gouvernement), loin derrière.

Car en parallèle à France Relance, dédié à l'économie française dans son ensemble, c'est une version spécifiquement destinée au tourisme de montagne (« Avenir montagne ») qui s'apprête à voir le jour. Avec, à la clé, une enveloppe globale de 640 millions d'euros, qui sera cofinancée pour moitié par l'Etat et les conseils régionaux des six massifs métropolitains concernés (Alpes, Corse, Jura, Massif central, Pyrénées et Vosges).

Celle-ci se déclinera en une quinzaine de mesures, réparties à la fois sous la forme de prêts et de subventions directes à des projets d'investissements, mais aussi en soutien à des dispositifs d'ingénierie de projets.

640 millions, dont 331 millions pour un nouveau fonds

Ce plan d'investissement aura la lourde tâche, selon Matignon, de relancer l'investissement et d'aider la montagne à se transformer. « Car au-delà de la question des remontées mécaniques, les massifs français ont fait face à des défis structurels », devrait rappeler le gouvernement, qui ne sont pas attribuables directement à la pandémie.

Réchauffement climatique, problématique récurrente des lits froids, transition écologique à entreprendre vers un modèle jugé plus durable pour la montagne... C'est bien l'ensemble de ces trois sujets que Jean Castex envisage de prendre à bras le corps, à travers ce nouveau plan.

Avec, pour commencer, la création d'un fonds « Avenir Montagnes », qui sera doté de 331 millions (soit 181 millions provenant de l'Etat, et 150 millions d'euros de la part des six régions françaises concernées). Avec à l'intérieur, un premier volet majoritaire (300 millions) qui sera fléché en vue d'investir au sein de différents projets touristiques en lien avec les priorités énoncées, tandis que 31 millions d'euros seront dirigés, pour leur part, vers l'accompagnement des territoires vers ces transformations, en prenant notamment en charge le volet d'ingénierie des projets.

« A l'intérieur, 10 millions seront notamment orientés vers le sujet des ascenseurs valléens et de l'accompagnement de ce type de projets, liés aux mobilités durables », affirme Matignon, notamment par le biais de l'agence France Mobilités.

En bout de ligne, le gouvernement devrait se fixer l'objectif d'accompagner une soixantaine de territoires de montagne à l'échelle nationale, sous forme de deux appels à projets qui devraient être ouverts fin 2021 et début 2022.

Objectif ? Leur proposer un accompagnement plus poussé afin d'en faire à l'avenir des territoires « pilotes », grâce au soutien de l'ANCT. « Cela permettra par exemple à ces territoires d'avoir accès à une offre de services, comme à une étude portant par exemple les perspectives d'enneigement attendues à l'échelle des 30 prochaines années sur leur propre massif, en vue d'orienter leurs décisions touristiques », nous souffle-t-on.

Récupérer les lits froids, et investir pour capter la jeunesse

Outre ce fonds, ce nouveau plan dédié au tourisme de montagne comprendra notamment une mesure destinée à réchauffer les lits froids, une problématique bien connue des opérateurs en stations.

A ce titre, le gouvernement semble avoir choisi de s'attaquer à la question de l'avenir des résidences de tourisme, soumises à un avantage fiscal, qui, une fois que celui-ci tombe, sont dans les faits souvent revendues sur le marché de l'immobilier des particuliers.

Au lieu de prévoir une réforme de ce modèle d'investissement, sujet à des questionnements de plus en plus forts au cours des derniers mois, Matignon a plutôt opté pour l'introduction d'un nouvel outil législatif qui, après concertation, devrait permettre aux gestionnaires de résidence de tourisme de transférer leur droit de préemption à des foncières.

Avec un objectif : celles-ci pourraient ensuite se charger  elles-mêmes d'assumer une gestion active de ces biens et d'investir dans leur rénovation, en vue de les remettre sur le marché de la location.

L'Etat prévoit par ailleurs que la Banque des Territoires puisse coinvestir jusqu'à 125 millions d'euros sur cinq ans aux côtés de ces foncières, dans la rénovation de ces lits froids, qui peuvent représenter jusqu'à 7.000 lits perdus à l'échelle des cinq dernières années, soit 2,5 % de la capacité d'accueil professionnelle.

Enfin, des mesures spécifiquement destinées au renouvellement du public jeune, à travers le financement de colonies et de vacances apprenantes, de tarifs préférentiels négociés pour les séjours en montagne des enfants, ou encore d'initiatives de jumelages avec des classes situées en altitude feront partie de l'arsenal proposé par Jean Castex et notamment Jean-Baptiste Lemoyne.

« L'idée étant d'aider les jeunes à partir à la montagne et au ski, afin qu'ils puissent ensuite y retourner lorsqu'ils sont adultes », évoque leurs ministères.

Par ailleurs, une enveloppe supplémentaire de 2 millions d'euros par année sera accordée à Atout France, afin de réaliser la promotion de la destination montagne, « en France comme à l'étranger », et « été comme hiver ».

Jusqu'à 1,8 milliard d'effet levier, et des questions qui restent à trancher

Matignon précise à ce stade que, si l'ensemble de ce plan sera doté de crédits nouvellement fléchés en direction de la montagne, ceux-ci pourraient en réalité faire l'objet de « réorientation » de certaines poches de financements, issues notamment du plan France Relance, et qui auraient été à ce stade sous-utilisées.

À travers Avenir Montagne, le gouvernement s'attend à générer jusqu'à 1,8 milliard d'euros « d'effet levier » à l'échelle nationale, que ce soit par le biais d'investissement privés ou publics (départements, villes et EPCI, etc) qui pourront venir abonder le financement des projets retenus.

« Ces mesures font l'objet d'un soutien à l'investissement allant dans le sens du développement d'une offre touristique durable et résiliente, en vue de penser l'avenir de ce territoire face à des contraintes comme les changements climatiques. Car la crise a aussi révélé une forte dépendance à un type d'activité, qui est la neige. Il était donc important de pouvoir accompagner aussi ces territoires dans une stratégie globale de reconversion touristique », justifiait Matignon.

Si la philosophie de ce plan se veut donc résolument tournée vers la transition écologique et les nouveaux modes de mobilité durables, la mise en œuvre de ces nouveaux crédits sur le terrain pourrait laisser place à quelques questionnements et appréciations.

Quid en effet des investissements qui pourraient déboucher sur l'extension d'un domaine skiable, comme cela peut être le cas dans certains projets de diversification ou de création d'ascenseurs valléens ? Ou du renouvellement d'équipements jugés peu écologiques comme les canons à neige, ou encore les projets de remontées mécaniques destinées uniquement à la neige...

A ce titre, si la volonté affichée est bien de se référer aux trois priorités gouvernementales (que sont la diversification touristique, la transition écologique, et la dynamisation de l'immobilier de tourisme), « tout dépendra de la logique et de la construction du projet concerné », nous glisse-t-on dans l'entourage des ministres concernés.

En cela, la gestion de ces enveloppes sera confiée aux commissariats de massifs, ces antennes du CGET,  déjà existantes et placées sous l'autorité des préfets de région, en vertu de l'article 6 de la Loi Montagne.

Une chose est cependant certaine : ce jeudi, le chef du gouvernement, accompagné de ses ministres, ne sera pas là pour trancher sur les débats entourant l'avenir de la montagne de demain.

« La stratégie du gouvernement repose plutôt sur des incitatifs financiers, en vue d'orienter les futurs projets, dans la logique des trois axes prioritaires évoqués », nous précise-t-on. Avec, pour unique objectif chiffré, celui de réchauffer jusqu'à 5.000 logements froids en montagne.

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