Montagne : les hébergements indépendants, "grands gagnants" d’un hiver hors normes

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En parallèle aux gîtes de France, la location de particuliers à particuliers a elle aussi limité le phénomène de baisse à -19%, face à d'autres acteurs comme la location via les agences immobilières, en recul plus marqué de -43%.
En parallèle aux gîtes de France, la location de particuliers à particuliers a elle aussi limité le phénomène de baisse à -19%, face à d'autres acteurs comme la location via les agences immobilières, en recul plus marqué de -43%. (Crédits : @SavoieMontBlanc-Lesueur)
FOCUS. Des Gîtes de France qui affichent un taux d'occupation s'élevant à 80%, contre 30 % l'ensemble des hébergements en stations... La Savoie et la Haute-Savoie, qui figurent parmi les quatre départements qui proposent le plus d'hébergements labellisés Gîtes de France, ont bien tiré leur épingle du jeu, sur une saison qui a rebattu les cartes du secteur de l'hébergement touristique en montagne, consacrant également les hébergements détenus par des particuliers.

« Cet hiver, les tribus ont investi la montagne », résume Michaël Ruysschaert, le directeur de l'Agence Savoie Mont Blanc. « Avant de réserver un hébergement en stations de sports d'hiver, de nombreux touristes se sont posés la question : serai-je autonome ? L'effet Covid-19 les a incité à regarder en priorité comment ils pourraient être suffisamment isolés, en restant en famille, et en étant autonome dans leur quotidien ».

En offrant un lieu de vie et la possibilité de préparer les repas sur place, les hébergements satisfaisant à cette recherche d'autonomie, ont connu une fréquentation relativement satisfaisante, dans le contexte sanitaire.

Dans ce contexte, les logements proposés par Gîtes de France ont connu un recul très modeste (-5%) cet hiver en Savoie et en Haute-Savoie, leur taux d'occupation s'élevant à 80%... alors que le taux d'occupation moyen de l'ensemble des hébergements en stations chutait de 80% à 30 %.

« Nos hébergements sont indépendants, les gens y sont chez eux », souligne Éric Appolinari, directeur de Gîtes de France Haute-Savoie. Or, fermés par les mesures sanitaires lors du premier confinement de mars 2020, le réseau s'apprête à engranger une amélioration évidente, ce printemps, indique-t-il.

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L'hébergement en gîte correspond bien à la recherche de vacances en tribus, c'est-à-dire en famille ou entre amis. L'image champêtre des gîtes, réputés proches de la nature, rejoint également une tendance présente avant la crise sanitaire, encore renforcée par les confinements qui ont stimulé le besoin de nature. Et le souhait de prendre des vacances dans une résidence individuelle est devenu un critère déterminant des vacanciers en temps de pandémie.

Les Gîtes de France ont aussi pu compter sur leur clientèle, majoritairement française, qui a pu se rendre en montagne cet hiver, alors que les plateformes Internet de location entre particuliers reposent davantage sur une clientèle internationale, contrainte de rester dans leurs pays cet hiver.

La Savoie et la Haute-Savoie sont parmi les quatre départements qui proposent le plus d'hébergements labellisés Gîtes de France. À eux deux, ce sont 3.100 hébergements qui sont proposés à la location.

Des leçons pour l'avenir

Le réseau Gîtes de France compte capitaliser sur cet hiver, où une nouvelle clientèle est arrivée depuis l'été dernier, quand le site national a enregistré 60 à 70% de nouvelles connexions. L'organisation interne a dû travailler avec une grande réactivité pour s'ajuster à la ruée des demandes. Quand le gouvernement a annoncé des vacances sans confinement généralisé, les demandes ont afflué, indique Éric Appolinari. « Dès qu'il y a eu un peu de visibilité, les gens ont réservé », dit-il.

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Le réseau a aussi vu monter les demandes de courts séjours. Il a aussi pris conscience de la nécessité de communiquer davantage sur les autres activités que le ski alpin, y compris en stations de sports d'hiver.

D'autres types de logements ont connu un succès relatif. C'est le cas des logements détenus par des particuliers : ces résidences secondaires ont été investies par les enfants et petits-enfants des propriétaires, offrant une nouvelle vie à ces logements parfois peu occupés ces dernières années.

Ces résidences privées correspondent aux critères recherchés par les touristes de l'hiver 2020-2021 : rester en famille dans un lieu de vie où il est possible de se préparer à manger.

De manière générale, la location de particuliers à particuliers a connu une baisse de "seulement" 19%, comme la location via les agences immobilières, en recul certes plus marqué de -43%, indique l'Agence Savoie Mont Blanc. Ces reculs restent relativement modestes, au regard des chutes constatées par les villages-vacances (-81%), l'hôtellerie (-62%) et les résidences de tourisme (-57%).

Pas une "révolution" pour autant

Mais ce succès de l'hébergement en vase clos ne laisse pas pour autant présager d'une révolution, dans le secteur de l'hébergement en stations de sports d'hiver. « Il y a une clientèle qui va en montagne aussi pour rencontrer des gens, même si ce n'était pas possible cette année, empêchant leur venue ou les réorientant vers un hiver en mode tribu », explique Michaël Ruysschaert. Quand les conditions sanitaires seront revenues à la normale, cette clientèle reviendra vers ses hébergements préférés, croit-il.

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La véritable inquiétude se porte sur les colonies de vacances et les centres de loisirs, qui étaient en perte de vitesse depuis plusieurs années, et qui ont déjà subi de plein fouet l'impossibilité de recevoir son public l'été dernier. « Nous sommes très inquiets pour ce secteur déjà fragilisé, pointe le directeur de l'Agence Savoie Mont Blanc. Nous avons besoin de ces centres pour renouveler la clientèle de la montagne. »

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