Densification démographique et économique : l'agglomération lyonnaise revoit son schéma de cohérence territorial en avance

Environ 15.000 personnes par an arrivent en plus dans la Métropole de Lyon. A ce rythme, les prévisions du Scot (Schéma de cohérence territorial) de l'agglomération lyonnaise sont dépassées. Il a été décidé de le revoir avant son terme, initialement prévu dans une dizaine d'années. Ce nouveau document d'urbanisme visant à aménager le territoire devrait ainsi freiner la densification de Lyon et répartir les pôles d'activités plus équitablement sur son territoire.

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L'agglomération de Lyon a accueilli 83% des créations d'emplois alors qu'elle ne concentre que la moitié des emplois du Scot.
L'agglomération de Lyon a accueilli 83% des créations d'emplois alors qu'elle ne concentre que la moitié des emplois du Scot. (Crédits : DR/ML)

En 2010, était voté le Schéma de cohérence territoriale (Scot) de l'agglomération lyonnaise qui comprend la Métropole de Lyon, la Communauté de Communes de l'Est Lyonnais ainsi que la Communauté de Communes du Pays de l'Ozon, ce qui englobe en tout 74 communes et 1,48 million d'habitants.

Ce document d'urbanisme régit - entre autres - les PLU-H et donc l'organisation du territoire qu'il recouvre. Un Scot, en temps normal, est conçu pour durer environ vingt ans. Pourtant, ce Scot de l'agglomération lyonnais va être revu bien avant son terme. C'est le Sepal (Syndicat Mixte d'études et de programmation de l'agglomération lyonnaise) qui est en charge de modifier et veiller à l'application du Scot.

Chaque année, la Métropole de Lyon seul accueille environ 15.000 habitants supplémentaires, de quoi perturber les prévisions. "Le Scot a été approuvé en 2010 et nous avons dépassé les objectifs démographiques prévus en 2030. On se réinterroge sur le développement de Lyon, les enjeux climatiques, la sobriété foncière, la qualité de vie, la mobilité et la solidarité" explique, pour La Tribune, Béatrice Vessilier, vice-président à la Métropole de Lyon déléguée à l'urbanisme.

Ce nouveau Scot, en début de réflexion, devrait être approuvé en 2026, après une série d'enquêtes, de diagnostics et de consultations publiques.

83% des créations d'emploi dans la métropole

"L'agglomération lyonnaise concentre 43% de la population et 52 % des emplois de l'aire métropolitaine Lyon Saint-Étienne. Pourtant, entre 2010 et 2018, elle a accueilli 55% de la croissance démographique et 83 % de la croissance des emplois de ce périmètre", souligne le SEPAL. En conséquence,"il faut réinterroger le développement", affirme Béatrice Vessilier.

Tout autant d'emplois qui génèrent des mouvement de population et impliquent donc une évolution des problématiques de transport et de mobilité.

Les zones commerciales ont quant à elles été multipliées par trois, "elles ont explosé en périphérie. Elle se sont multipliées plus vite que la croissance démographique alors que les consommateurs tendent à s'en détourner", constate Béatrice Vessilier.

Le nouveau Scot vise à favoriser le développement des plus petits commerces, qui manquent de foncier abordable. "En tertiaire, nous avons ce qu'il faut, mais il faut aussi développer l'artisanat, le recyclage, l'ESS..." , selon Béatrice Vessilier.

Ce document s'avère être un levier utile pour freiner l'implantation de ces zones, "le Scot s'impose dans l'aménagement commercial pour les surfaces de plus de 1.000 m2 et toutes les surfaces de plus de 5.000 m2 doivent être compatibles avec le Scot", affirme Laurine Colin, directrice du SEPAL. Elle rappelle aussi le cas d'une ZAC de plus de cinq hectares dont le permis de construire a été annulé car il ne correspondait pas au corridor écologique identifié par le Scot.

 Dans ce nouveau document, le Sepal espère aussi déconcentrer l'activité de Lyon et faire un territoire plus multipolaire. Sur le logement par exemple, le Scot actuel prévoit 50% de logements à Lyon et Villeurbanne, contre 25% dans l'Est lyonnais. Le Scot peut ainsi rééquilibrer ces proportions pour qu'elles se répercutent dans les PLU.

Ralentir les inégalités de logement et l'expansion foncière

A Lyon et dans la Métropole, les prix du logement sont en constante augmentation depuis l'instauration du précédent Scot. Une augmentation qui commence aussi à se faire sentir en périphérie, surtout depuis la pandémie ou les professionnels de l'immobilier constatent une fuite vers les extérieurs.

"Depuis 2010, les prix ont augmenté de 30% et il y a toujours des poches de pauvreté et une augmentation des inégalités", note Béatrice Vessilier. Pour lutter contre ces inégalités, la Métropole de Lyon a déjà mis en place l'encadrement des loyers et augmenté ses objectifs de construction de logements sociaux.

A noter que 15% de la population du territoire vit sous le seuil de pauvreté. "La fracture Est-Ouest, nous n'avons pas réussi à la résorber", déplore Béatrice Vessilier. Le Scot n'est pas la solution, mais plutôt un outil supplémentaire.

Accueillir oui, mais sans ronger les terres et préserver la ressource. Ce sera un des défis de ce nouveau Scot. Car 1.150 hectares d'espaces naturels et agricoles ont été consommés pour l'urbanisation entre 2010 et 2020, dont 1.000 sont étaient des hectares agricoles. Une attention particulière est aussi portée à la préservation de l'eau, dont l'Est lyonnais est un réservoir, avec un accent sur la désimperméabilisation des sols à répercuter "dans la façon dont on construit". Des mesures qui vont avoir un effet direct sur la qualité de vie en ville, quand on sait que "Lyon est une des métropoles qui enregistre les plus gros pics de chaleurs", d'après la vice-présidente.

 Mais pour ne pas reproduire ce schéma, il faut accepter de ne pas croître. Un casse tête pas encore résolu, de sobriété foncière, tout en accueillant dignement la population. "Nous avons surdensifié notre accueil, Il va falloir trouver une densité acceptable", annonce Nicolas Varigny, vice-président de la communauté de communes des Pays de l'Ozon.

Il affirme également "ne pas vouloir du modèle parisien", sans espaces de respiration et empilé. Une prise de position qui va à l'inverse de ce qu'avait défendu Bruno Bernard au Mipim cette année, appelant à "reconstruire une ville sur la ville". A voir ce qui sera retenu lors de la mise en œuvre de ce Scot.

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