Seqens : l’option d’une vente se confirme, avec l’entrée en négociations exclusives d’Eurazeo

Un temps écartée, la rumeur d’une cession du chimiste lyonnais Seqens, dont les activités ont le vent en poupe, se précise. Son actionnaire majoritaire, le fonds français Eurazeo, vient d'annoncer son entrée en négociations exclusives avec un nouvel acteur : l’américain SK Capital, qui, associé aux actionnaires français existants du groupe, pourrait reprendre les rênes d'ici fin 2021. Et ce, alors que Seqens a annoncé au cours des derniers mois d'importants investissements, en faveur de la relocalisation d'une unité de paracétamol d'ici 2023 en particulier.

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Le site de Roussillon du chimiste lyonnais Seqens, qui emploie déjà 200 personnes afin de produire près de 70.000 tonnes d'alcool isopropylique, nécessaire entre autres à la composition des gels hydroalcooliques et désinfectants, devait également accueillir d'ici 2023 une nouvelle unité de production de paracétamol, destinée au marché européen. Un projet déjà acté selon le groupe, et qui ne serait pas menacé par le changement de propriétaire.
Le site de Roussillon du chimiste lyonnais Seqens, qui emploie déjà 200 personnes afin de produire près de 70.000 tonnes d'alcool isopropylique, nécessaire entre autres à la composition des gels hydroalcooliques et désinfectants, devait également accueillir d'ici 2023 une nouvelle unité de production de paracétamol, destinée au marché européen. Un projet "déjà acté" selon le groupe, et qui ne serait pas menacé par le changement de propriétaire. (Crédits : DR)

Quelques semaines après l'annonce de la relocalisation en Auvergne Rhône-Alpes des capacités de production du paracétamol du chimiste Seqens (ex-Novacap) son principal actionnaire, le fonds français Eurazeo, a finalement officialiser sa volonté de quitter l'aventure et de céder ses parts.

En février dernier déjà, de premières sources évoquaient le fait qu'Eurazeo avait mandaté le cabinet JPMorgan afin de trouver un acquéreur pour Seqens, dont le siège est situé à Ecully (Rhône) en région lyonnaise. Une information qui avait été à l'époque démentie à la fois par le groupe, mais également par Bercy, qui évoquait uniquement des "rumeurs" non fondées.

Mais cette fois, Eurazeo a ainsi confirmé ce jeudi 26 août l'entrée en négociations exclusives en vue de céder ses parts, par ces mots : « Depuis 5 ans, avec le support d'Eurazeo et de l'ensemble de nos actionnaires, le groupe s'est hissé au rang des leaders mondiaux de la synthèse pharmaceutique et des ingrédients de spécialité. Les investissements importants réalisées au cours des cinq dernières années dans nos usines, en R&D ainsi qu'en innovations de rupture nous permettent aujourd'hui d'offrir la plus large gamme de services et de produits du marché au profit de nos clients ».

Les heureux élus seraient en premier lieu un fonds américain, SK Capital Partners, une société d'investissement spécialisée dans les matériaux de spécialités (minéraux fonctionnels pour des applications spécifiques), la chimie et la pharmacie. Elle vient par ailleurs d'annoncer un autre investissement en France, à travers la prise de participation majoritaire au sein du fabricant français de bidons plastiques rigides de haute performance IpackChem.

Basé à lui aussi en région Auvergne Rhône-Alpes, et plus précisément à Saint-Etienne (Loire), cette autre transaction devait se conclure au premier semestre 2021.

Les discussions menées par Eurazeo se feront également aux côtés des actionnaires historiques (et pour certains d'entre eux, locaux), à commencer par le fonds de LBO français Ardian, mais également l'outil de capital investissement du groupe lyonnais Mérieux, Mérieux Equity Partners ainsi que la holding d'investissement drômoise créée par Michel Baulé, Eximium.

Le fonds NovSanté Actions Non Cotées, lancé par la Fédération Française de l'Assurance et la Caisse des Dépôts et géré lui-même par Eurazeo, pourrait également faire partie de ce nouveau tour de table, tandis que Bpifrance examinerait également la possibilité de coinvestir lors de cette nouvelle remise à plat du capital.

Une sortie d'ici la fin de l'année pour l'actionnaire majoritaire

La société Eurazeo précise que la réalisation de l'opération devrait intervenir « d'ici la fin de l'année 2021 », sous réserve de conditions suspensives usuelles.

Selon l'actuel propriétaire de Seqens, « l'entrée potentielle de SK Capital devrait permettre au groupe d'accélérer sa croissance et de consolider son positionnement de leader dans le développement et la production de principes actifs, d'intermédiaires pharmaceutiques et d'ingrédients de spécialité ».

Selon Eurazeo toujours, « le groupe Seqens pourrait s'appuyer sur les connaissances de SK Capital dans le secteur des produits pharmaceutiques et bénéficier d'un rapprochement éventuel avec Wavelength Pharmaceuticals (« Wavelength ») ». Cette société israélienne, détenue par SK Capital depuis 2017, se positionne elle-même comme « un acteur clé dans le développement et la production d'intermédiaires pharmaceutiques et de principes actifs génériques ».

Un tel rapprochement des activités des deux sociétés pourrait ainsi permettre « d'accroître l'empreinte industrielle du groupe, son portefeuille de produits et de technologies, tout en préservant les savoir-faire et compétences des deux sociétés au bénéfice de leurs clients respectifs. »

Pour autant, une source interne au groupe Seqens précise à La Tribune que cette opération ne menacera ni la production, ni les effectifs des sites comme Roussillon : « Les deux activités de Wavelenght et Seqens seraient complémentaires, puisque nous ne produisons pas le même portefeuille de produits. Une arrivée de SK Capital permettrait potentiellement d'intégrer même de nouveaux principes actifs génériques au portefeuille ».

Un calendrier plutôt avantageux

Le timing de cette opération survient également à un moment clé pour Seqens, dont les activités ont le vent en poupe depuis quelques mois.

Car depuis l'arrivée du fonds français au sein du capital en 2016, le chimiste (ex-Novacap) a renforcé ses positions sur le marché mondial intégré de solutions pharmaceutiques et ingrédients de spécialité. Il produit entre autres de l'aspirine, du paracétamol, ainsi que des cosmétiques, pour le compte de grands noms de l'industrie pharmaceutique (parmi lesquels on retrouve Sanofi, Upsa, etc), pour un chiffre d'affaires qui atteint désormais un milliard d'euros. Et emploie près de 3.000 personnes sur 19 sites industriels et 7 centres de R&D.

La cession du groupe pourrait s'avérer particulièrement avantageuse à ce stade pour le fonds Eurazeo, puisqu'elle lui permettrait de réaliser un retour de 1,8 fois son investissement initial (et ou des compléments de prix pourra lui permettre encore d'attendre davantage en fonction de la performance à venir de la société).

Des investissements massifs déjà annoncés

Lauréat du dispositif de relance, Seqens venait d'ailleurs d'annoncer il y a quelques semaines d'importants investissements au sein du groupe : avec tout d'abord, un grand projet de relocalisation du paracétamol en Auvergne Rhône-Alpes, sur son site de Roussillon (Nord-Isère).

Avec, dans le viseur, la volonté de répondre à la demande du marché européen à compter de 2025 (avec 2023 comme horizon pour la qualification des premiers lots de production). Et ce afin d'atteindre à terme une capacité de 10.000 tonnes par année (soit 30% du marché européen).

Un projet qui nécessitera un investissement de 100 millions d'euros, et dont une partie sera cofinancée par le plan France Relance (mais dont le montant n'a pas été précisé).

Hors paracétamol, en décembre dernier, Seqens avait lui-même annoncé son intention d'investir un total de 65 millions d'euros sur trois ans, à l'échelle de ses cinq sites français (Auvergne Rhône-Alpes, Normandie, Occitanie et Île-de-France). Avec un objectif affiché de créer « pas moins de 200 emplois en phase projet et de 80 à 100 emplois directs en phase opérationnelle sur les sites industriels concernés.

Seqens avait par ailleurs reçu le soutien de France Relance pour deux autres projets d'investissements, dont la création d'une unité de production d'antiviraux et d'anticancéreux sur son site situé à Aramon (Gard) ainsi qu'un autre projet de relocalisation, concernant la fabrication de principes actifs clés de 12 médicaments.

« L'ensemble de ces projets ont déjà été actés et vont se poursuivre », selon une source interne, qui affirme même que la candidature de SK Capital pourrait se traduire par un « renforcement des projets de développement », et donc, d'investissements supplémentaires.

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Commentaire 1
à écrit le 27/08/2021 à 9:29
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La souveraineté économique à la Macron ! 😁. Au moins les autres assumaient peu ou prou les délocalisations ...

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