General Electric : un accord trouvé, après quatre semaines d’une grève éprouvante

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Depuis ce lundi, neuf salariés s'étaient même mis en grève de la faim pour dénoncer l'échec des négociations avec leur employeur, le groupe américain General Electric, et défendre un outil industriel installé à Villeurbanne depuis 1916.
Depuis ce lundi, neuf salariés s'étaient même mis en grève de la faim pour dénoncer l'échec des négociations avec leur employeur, le groupe américain General Electric, et défendre un outil industriel installé à Villeurbanne depuis 1916. (Crédits : Vincent Kessler)
Fin de mobilisation au goût amer pour les salariés du site General Electric de Villeurbanne. Après près de quatre semaines de mobilisation, ayant débouché sur quatre jours de grève de la faim pour plusieurs salariés, un accord a été signé entre les syndicats et la direction du groupe américain. Ce dernier avait annoncé, en septembre dernier, un plan de restructuration de ses activités Grid, menaçant tout particulièrement l’avenir des sites de Villeurbanne et Saint-Priest.

Quatre semaines, moins un jour. A la veille des fêtes, l'engagement des salariés du site de Villeurbanne de General Electric aura finalement trouvé une issue favorable. Ce vendredi matin, la branche CGT de Grid Solutions ainsi que la direction du groupe américain GE confirment qu'un accord a finalement été trouvé avec la direction, conduisant au retrait du piquet de grève, amorcé depuis le 15 novembre dernier.

Engagés depuis près de quatre semaines dans une grève reconductible sur site  à l'appel de l'intersyndicale CGT/CFDT/CFE-CGC, les syndicats demandaient à leur direction la révision d'un nouveau plan social annoncé en septembre dernier.

Ce second plan en l'espace de 18 mois devait à l'origine impacter 634 salariés français de la branche Grid du groupe, qui compte elle-même 2.000 salariés, dont 350 sur le site de Villeurbanne -rapportés dans un second temps à 285-. Cette usine, centenaire et centre de compétences mondial du groupe américain dans son domaine, s'était élevée depuis quelques semaines au rang du symbole.

C'est là que la mobilisation des salariés y avait été la plus forte. « D'autres sites nous ont suivi et soutenus, comme le site de Saint-Priest en lançant plusieurs appels à la grève sur cette période, ou encore Montpellier, qui possède une division automation qui s'est elle aussi arrêtée durant une journée. Mais la complexité, c'est que chaque site n'était pas touché de la même façon », explique Serge Paolozzi, délégué syndical central CGT basé à Villeurbanne.

Mais alors que plus aucune production ne sortait des ateliers de Villeurbanne depuis près d'un mois, la situation, qui semblait au point mort, s'était durcie il y a quelques heures, débouchant lundi sur un mouvement de grève de la faim, amorcé par une dizaine de salariés.

« Nous avons réussi à en convaincre certains, pour des raisons de santé, de ne pas poursuivre », indique l'élu CGT. Mais neuf d'entre eux auront tout de même tenu quatre jours sur site, hébergés à l'infirmerie de l'établissement dans un conflit qui semblait s'enliser. « Ce sont nos organisations syndicales qui ont dû aller leur chercher des couvertures, duvets et oreillers ».

100 postes supplémentaires de « sauvés »

Mais lors d'une visite sur site ayant eu lieu ce jeudi soir jusqu'en début de soirée, plusieurs membres de la direction auraient finalement accepté de coucher sur papier avec les syndicats certains points de négociations, que ces derniers estimaient essentiels.

Avec au menu, des garanties sur le maintien de l'une des deux principales productions du site de Villeurbanne - soit le volet disjoncteurs de générateurs- ainsi que le maintien du site dédié aux disjoncteurs de ligne, sur des activités de prototypage, qui permet de sauver 10 postes.

Huit postes supplémentaires pourraient aussi être conservés sur la branche dédiée aux services liés au client RTE de GE. Ce qui aboutirait, au final selon les syndicats, à près de 80 postes sauvés à Villeurbanne et une vingtaine sur le site de Saint-Priest, sur un total de 350 suppressions emplois envisagées au démarrage de ces actions.

« Nous avons encore beaucoup de propositions que nous souhaitons discuter, que nous avions soumis à la direction d'un certain nombre d'alternatives industrielles, qui permettait d'assurer la pérennité de la production et du site. Nous espérons encore sauver des emplois en R&D », souligne Serge Paolozzi.

Les conditions « plancher » encadrant le départ des salariés auraient elles-mêmes été discutées ce jeudi soir en vue de garantir notamment l'inclusion de "mesures d'âge" au sein du livre I du PSE, avec des mesures de portage allant jusqu'à 24 mois notamment. Mais également des primes de départ volontaire de 25.000 euros, ainsi que des indemnités de licenciements minimales de 12.000 euros.

« Ce nouvel accord bénéficiera à l'ensemble de la branche Grid. Avec lui, nous revenons quasiment au niveau de l'accord majoritaire signé il y a six mois... En gros, on est repartis de zéro, pour avoir ce que l'on avait la dernière fois », regrette l'élu CGT.

Genèse d'une lutte

General Electric grève mobilisation

Car ce qui a mis le feu aux poudres, c'est tout d'abord l'annonce d'un nouveau plan, le deuxième en l'espace de 18 mois, alors que le premier n'avait pas été clôturé ni même conduit à son terme. « Dans ce premier plan, nous avions négocié des les conditions avec la direction, une vingtaine de salariés avaient commencé à partir et d'autres s'y étaient préparés, quand on leur a finalement dit que tout était stoppé », indique Serge Paolozzi.

Mais dans le cas du second, les salariés ont eu la surprise de constater que l'ensemble des conditions jugées acquises 18 mois auparavant ne l'étaient plus, pour un projet de plus grande ampleur, qui concernait désormais 350 salariés. « Le site compte près de 60% d'ouvriers, et il ne faut pas oublier que la plupart sont des anciens d'Alstom, une entreprise industrielle centenaire à laquelle ils étaient attachés », reprend-t-il.

Une urgence sociale et un symbole fort

Face à l'urgence sociale et aux conséquences psychologiques de ce conflit, sur lesquelles les organisations syndicales alertaient depuis plusieurs jours, des discussions concernant les conclusions d'un rapport intermédiaire d'expertise sur le volet industriel de GE auraient même été contraintes d'être suspendues afin de traiter le cas de Villeurbanne.

« Nous n'avions jamais vu une telle situation, en quarante ans de militantisme », adresse l'élu CGT. Fin novembre, une délégation composée d'élus de l'intersyndicale avait été reçue par Bruno Le Maire à Bercy, en vue de faire part de la situation.

Malgré cette issue désormais favorable, les représentants des salariés demeurent amers : « Il aura fallu aller jusqu'à la grève de la faim pour que l'on nous entende, ce qui est très inquiétant. Des collègues, qui étaient présents, ce sont demandé si cela allait devoir devenir une nouvelle manière de lutter demain dans le monde du travail, face à la position très dure de certaines entreprises », relaie Serge Paolozzi.

La direction, qui parle dans son cas de huit salariés, rappelait pour sa part : « la santé de nos salariés demeure notre priorité numéro 1 et c'est dans ce contexte que nous avons signé un protocole de sortie de conflit avec les organisations syndicales représentatives de Grid Solutions SAS ».

Ce vendredi, le piquet de grève situé à l'entrée du bâtiment est donc symboliquement tombé. Mais les salariés demeurent prudents : un nouveau cycle de consultations s'ouvrira dès le 5 janvier prochain entre la direction et les salariés, sur le site d'Aix-les-Bains.

« Cette période a fait du mal, l'état des troupes va être à reconstruire, reprend l'élu CGT. Les gens sont fatigués, beaucoup sont en arrêt maladie aujourd'hui ». Et d'ajouter : « J'espère que la direction aura tiré des enseignements de tout ça au cours des trois mois de négociations à venir, car les gens seraient prêts à repartir au combat ».

De son côté, la direction du groupe a publié un courte déclaration, affirmant notamment sa volonté de reprendre, « dès janvier 2021, les négociations avec nos partenaires sociaux, dans un esprit de dialogue social ouvert et apaisé, afin de permettre l'évolution des mesures sociales d'accompagnement du plan de sauvegarde de l'emploi dans l'intérêt de tous nos salariés. »

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a écrit le 19/12/2020 à 12:45 :
Une telle situation est aberrante dans la mesure où le groupe GE a d'autres usines en pleine expansion. Par exemple, celles de Cherbourg et Saint-Nazaire qui fabriquent les éoliennes Haliade-X dont un seul tour d'hélice fournit une maison en électricité pendant 2 jours.
Si l'État français voulait vraiment respecter l'accord de la COP21, il commanderait ces éoliennes 100% fabriquées en France à des centaines ou milliers d'exemplaires. Une seule ferme éolienne britannique vient d'en commander 190 de 13 et 14 MW, par exemple. Les États-Unis aussi. La France, zéro, un comble, alors que ça permettrait de recaser les employés GE et même de créer de nouvelles usines dans ce secteur d'avenir.
Rien que la façade atlantique permettrait de produire bien plus d'électricité 100 % renouvelable que nos besoins, puisqu'on ne peut pas trop développer l'éolien ou le photovoltaïque dans les terres du fait de la densité de peuplement.
Réponse de le 19/12/2020 à 16:29 :
General Electric est criblé de dettes et l'entreprise doit nécessairement trouver du cash en s'amputant des activités les moins performantes ou déficitaires pour honorer ses échéances obligataires au risque du subir un cancer généralisé.

Par ailleurs, subventionner ses activités déficitaires par des activités bénéficiaires est une aberration économique et signe de mauvaise gestion ou de concurrence déloyale (e.g. Android by Google).
a écrit le 18/12/2020 à 13:24 :
ben si les sites ferment, c'est ecolo, c'est bon pour la decroissance
ca lutte contre le rechauffement capitaliste de la planete
pourquoi la cgt protetste, elle veut tuer des ours blancs ou quoi? elle veut que duflot vienne lui donner une bonne lecon de morale?

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