Deux sites Ferropem (et 357 emplois) menacés en AuRA : une stratégie de la terre brûlée ?

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Les salariés de Ferropem ont manifesté devant le palais de justice de Chambéry.
Les salariés de Ferropem ont manifesté devant le palais de justice de Chambéry. (Crédits : DR)
Le groupe espagnol Ferroglobe, qui emploie près de 1.000 personnes en France, annonce l'arrêt de sa production de silicium et de ferroalliages sur ses deux sites industriels en Savoie et en Isère, signant ainsi la suppression de 357 postes. Ces fermetures posent la question de la stratégie industrielle d’un groupe, aujourd’hui acculé par son endettement, mais qui avait également bénéficié en 2019 des aides de l'Etat français.

Alors que le silicium et les ferroalliages sont des composants clés pour les nouvelles technologies, comme les batteries des véhicules électriques, et que les sites Ferropem de La Léchère (Savoie) et de Livet-et-Gavet (Isère) figurent parmi les seuls en Europe face à la domination industrielle de l'Asie, ce sont bien ces deux sites que le groupe espagnol Ferroglobe a décidé de mettre à l'arrêt.

C'est dans le cadre d' « un programme d'optimisation des actifs » que Ferroglobe a pris cette décision, explique le communiqué de l'entreprise, qui a refusé de répondre aux questions de la Tribune. Le site de Montricher-Albanne, situé à proximité de ces deux usines, en Maurienne, ne serait cependant pas concerné par ce plan de restructuration.

Ferroglobe, qui emploie près de 1.000 salariés en France, dont un peu plus de la moitié en Auvergne Rhône-Alpes, et notamment à Livet-Gavet (Isère), La Léchère (Savoie) et le Montricher-Albanne (Savoie) entend « se concentrer sur les sites les plus avancés techniquement, les plus flexibles opérationnellement et les plus compétitifs financièrement », ajoute le communiqué.

Ces critères de choix font bondir Walter Wlodarczyk, délégué syndicat CGT et ouvrier sur le site de La Léchère. Car selon lui, non seulement ces sites sont viables, mais des projets de reprises existants auraient été ignorés par la direction du groupe, qui refuse de céder des usines à d'éventuels concurrents, pointe Walter Wlodarczyk, en soulignant les savoir-faire de ces sites centenaires.

« Cela fait cent ans qu'on fait des ferroalliages, et qu'on a progressivement muté vers le silicium de qualité à fort potentiel et avec des débouchés importants », affirme le délégué syndical.

Endettement et sous-investissement

Ces sites paient aujourd'hui une stratégie de groupe, basée sur des acquisitions jugées démesurées - ayant suscité un endettement considérable - et des frais de gestion "disproportionnés", "qui ont ponctionné la rentabilité des usines", souligne Walter Wlodarczyk. À cela se sont ajoutées des décisions industrielles, que les représentants des salariés estiment discutables.

En 2018, la marge nette du site de La Léchère était encore confortable, mais la décision de supprimer les fours à silicium a déséquilibré la structure des coûts de revient. « Nous n'étions plus éligibles aux tarifs préférentiels d'EDF alors que nous sommes électro-intensifs », explique-t-il.

Avec la pandémie, l'entreprise s'est trouvée dans le "creux" d'un cycle :

« Mais notre activité a toujours été très cyclique, relève le délégué syndical. La direction a dépensé les gains durant les cycles hauts par des acquisitions, qui ont épuisé le fonds de roulement et la trésorerie. »

L'endettement structurel du groupe l'a conduit à céder des usines en Espagne, en Franc et aux États-Unis... avant de décider cette année un « plan massif de repli sur soi », mettant ainsi fin à la production de sites en Afrique du sud, en Espagne et aux États-Unis, en plus de l'annonce qui frappe les sites français.

Un groupe soutenu par l'Etat en 2019

En 2019, l'État français avait pourtant apporté un soutien aux usines françaises de Ferroglobe, en prenant des mesures de chômage partiel, où il prenait en charge 100% de l'indemnisation durant plus de six mois, et en accordant une avance de trésorerie. « Nous avions été satisfaits de ce soutien », rappelle le délégué syndical.

Et en dépit de ce soutien, le groupe chercherait aujourd'hui à passer au travers de la loi Florange, accuse le délégué syndical.

Ferroglobe a ainsi annoncé un arrêt de la production, mais pas une fermeture des sites, car une telle fermeture lui imposerait des obligations, notamment en la contraignant à dépolluer le site et à rechercher un repreneur.

« Aujourd'hui, la direction s'apprête à licencier tout le personnel, tout en feignant de chercher un repreneur », accuse-t-il. Or, le groupe ne veut pas de reprise, pour ne pas transférer ses usines à un concurrent, précise-t-il.

Du côté de la classe politique, les soutiens ont commencé à affluer, notamment du côté de plusieurs parlementaires et élus savoyards LR, qui en ont appelé, par voie de communiqué fin mars, directement au gouvernement. "Nous condamnons fortement cette décision", affirmaient le député Vincent Rolland, la sénatrice Martine Berthet, le président du Conseil départemental de Savoie Hervé Gaymard ainsi que le conseiller régional Fabrice Pannekoucke.

Ces derniers affirmaient avoir, "à maintes reprises" sollicité le gouvernement "afin que celui-ci exige que la direction prenne des engagements en matière d'activité, d'investissement et d'emplois, alors même que le groupe bénéficie des dispositifs de soutien de l'État". Et d'ajouter : "C'est un savoir-faire plus que centenaire qui est aujourd'hui menacé".

Les représentants du personnel disent être en contact avec le ministère de l'Économie. Mais Walter Wlodarczyk craint que l'attitude de Ferroglobe n'entrave un potentiel soutien de l'État, qui pourrait être échaudé par le manque d'investissement du groupe.

(avec ML)

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Commentaires
a écrit le 08/04/2021 à 19:14 :
Mais que fait le gouvernement seul capable d imposer une stratégie sur des produits indispensables à une nation voir un continent des choix supérieurs aux intérêts misérabilisme s des actionnaires...
Le maire arrête l écriture de livre t es pas bon..mets toi à ton boulot.. faire de l économie..réveillé toi
a écrit le 08/04/2021 à 15:35 :
Trés Simple ils concentrent le volume sur quelques sites qui absorberons mieux leurs coûts fixe et ainsi la marge augmentera.
Rien de nouveau sous le soleil.
a écrit le 08/04/2021 à 15:08 :
Et alors qu'on pensait qu'avec la réforme du droit du travail et des revenus du capital (sans compter la priorité enfin donner au latin comme langue de l'avenir par le plus génial de l'équipe) les investisseurs étrangers allaient se ruer sur la FRANCE.....

Evidemment, d'après super - JUPITER, ces sociétés industrielles se moquent pas mal de savoir si leurs employés travaillent bien et ont une bonne formation et ne pensent qu'à une seule chose : va -t-on pouvoir licencier ? C'est la base de l'industrie....

Grâce à JUPITER et à la mentalité qu'il insuffle, la troisième division nous tend les bras (on est déjà en bas de la seconde...)
a écrit le 08/04/2021 à 13:23 :
Ce groupe est Espagnol, il y a surement quelque chose en France menée par des Espagnols que l'on peut stopper ou bloquer jusqu'à ce qu'ils débloquent la reprise de ces 2 sites par un repreneur quelconque (sauf asiatique bien sûr)
a écrit le 08/04/2021 à 12:59 :
"Alors que le silicium et les ferroalliages sont des composants clés pour les nouvelles technologies, comme les batteries des véhicules électriques"
voire également les cellules photovoltaïques, pur silicium grande surface, le plus mince possible.

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