Transports : Transdev conservera le marché stéphanois, tourné vers les chantiers du MaaS et de l’open-paiement

C'est un renouvellement, mais il a des allures de conquête pour Transdev. Le groupe se montre ainsi satisfait (et soulagé) d'avoir remporté la nouvelle délégation de service public (DSP) de 47,4 millions par an, concernant le réseau des transports collectifs de Saint-Etienne Métropole. Seul concurrent, il a néanmoins dû se plier à un long process de négociations et de concertations. Avec au menu, des chantiers comme celui de l'open-paiement, mais aussi la poursuite de l'expérimentation de Maas (moibility as a service) Moovizy 2.

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Outre les investissements à venir, sur plusieurs chantiers comme celui de l'open-paiement ou la poursuite de l'expérimentation Moovizy, l'enjeu de cette DSP sera celui de la reprise du trafic pour Trasdev comme pour Saint-Etienne Métropole. Car avant la crise Covid, la Stas transportait 150.000 voyageurs par jour.
Outre les investissements à venir, sur plusieurs chantiers comme celui de l'open-paiement ou la poursuite de l'expérimentation Moovizy, l'enjeu de cette DSP sera celui de la reprise du trafic pour Trasdev comme pour Saint-Etienne Métropole. Car avant la crise Covid, la Stas transportait 150.000 voyageurs par jour. (Crédits : DR)

C'est un long processus de deux ans, dont une année pleine de négociations entre les deux parties, qui vient de s'achever. Saint-Etienne Métropole vient de valider le choix de Transdev pour assurer la délégation de service public de transports urbains et des mobilités.

Une mission dont le groupe français (83.000 collaborateurs ; 7 milliards d'euros de chiffre d'affaires ; 11 millions de passagers transportés par jour dans le monde), détenu à 70% par la Caisse des Dépôts, est en charge depuis 20 ans. La DSP porte sur huit années, plus une neuvième en option. Montant du contrat : 47,4 millions par an (contre 47,8 millions par an lors de la précédente DSP signée en 2012).

Transdev était seul en lice pour sa propre succession, les autres concurrents qui avaient montré de l'intérêt pour le dossier s'étant finalement retirés de la course. "Nous étions seuls certes, mais nous nous sommes vraiment remis en cause, avec une attitude offensive, pas avec un statut de sortant", affirme Nicolas Besset, directeur général délégué de la STAS, la Société de Transports de l'Agglomération Stéphanoise.

Une offre plus dense, plus technologique et plus verte

Au menu de cette nouvelle DSP qui démarrera le 1er juillet prochain, plusieurs évolutions en matière de qualité, de quantité, d'outils technologique et de développement durable.

Les tramways rouleront ainsi jusqu'à 1h du matin, et même jusqu'à 1h30 les fins de semaine, au lieu de 23h30 actuellement. De plus, cinq lignes vont être créées ou prolongées sur le territoire de l'agglomération à titre expérimental. "Nous sommes sur une DSP évolutive. Nous lançons, nous analysons et nous adaptons", assure le directeur de la Stas. Le transport à la demande devrait également évoluer avec une simplification en ligne de mire. Idem pour le transport des personnes à mobilité réduite.

Autre évolution, concertée avec l'organisateur des transports stéphanois : le renouvellement de la billettique.

"D'ici trois ans, les tickets magnétiques seront supprimés. En parallèle, nous déploierons l'open-paiement qui permettra aux utilisateurs, les usagers occasionnels en particulier, de payer avec leur carte de crédit. Saint-Etienne sera la première ville de la région à mettre en place l'open paiement".

Une avance qui viendra renforcer le leadership technologique de la capitale ligérienne.

Son offre MaaS (Mobility as a Service), Moovizy 2, fait en effet figure de pionnière en France. Elle permet au voyageur d'utiliser tous les moyens de transport disponibles sur le territoire, avec un paiement centralisé en fin de mois, des informations délivrées en temps réel etc.

Saint-Etienne Métropole s'est d'ailleurs retrouvée, en février dernier, en finale des Awards 2022 de l'Union Internationale des Transports Publics dans la catégorie "Multimodal Intégration". Le binôme Saint-Etienne métropole/Transdev a perdu face à Moscou mais sa place de finaliste mondial représentait déjà une victoire d'image.

Un nouvelle ligne vers la Cité du Design

Autre évolution majeure à venir dans les transports en commun stéphanois, que Transdev accompagne, mais dont elle n'assure pas les investissements (puisque les véhicules et le réseau appartiennent bien à Saint-Etienne Métropole) : la création d'une ligne, la M6+.

Celle-ci reliera, d'ici trois ans, par trolleybus le campus de la Métare à la Cité du Design (en passant par Chateaucreux) afin d'assurer une desserte efficace de la plupart des sites d'enseignement supérieur et des grands équipements culturels de la ville. D'ici trois ans, une autre ligne, la M4 sera également exploitée par trolleybus.

Pour ces deux lignes, Saint-Etienne Métropole va faire l'acquisition d'une vingtaine de trolleybus supplémentaires. Soit 20 millions d'euros d'investissement (dont 1,7 million abondé par l'Etat dans le cadre de l'appel à projet national pour le développement des transports collectifs en site propre).

Cette somme viendra s'ajouter aux 17,6 millions déjà injectés depuis 2019 par la métropole stéphanoise pour 23 trolleybus nouvelle génération, utilisant la technologie IMC (In Motion Charging).

Ceux-ci sont équipés de batteries capables de se recharger lorsque le trolleybus circule sur la ligne électrique, lui permettant ainsi de rouler de manière autonome sur les portions de trajet nos câblées. Selon les estimations de la métropole, les 23 trolleybus déjà en fonctionnement permettent d'économiser 1.200 tonnes annuelles de CO2 par rapport aux trolleysbus diesel. Rappelons que Saint-Etienne est une des trois seules villes de France à n'avoir jamais abandonné le trolleybus.

D'ici 2032, l'objectif de Saint-Etienne Métropole est d'atteindre un parc de véhicules propres de 100%, avec dans cette DSP, plus de 200 véhicules renouvelés (dont 90 dans les trois prochaines années).

L'enjeu :  la reprise du trafic

Pour Transdev, comme pour Saint-Etienne Métropole, l'enjeu de cette DSP sera celui de la reprise du trafic.

"Nous sommes descendus à 70% du trafic, en moyenne annuelle. Désormais, nous sommes plutôt à 80/85% avec une belle dynamique depuis quelques semaines. Notre objectif est d'aller à 90/95% de la fréquentation pré-covid puis plus tard de retrouver les 100%", poursuit Nicolas Besset, expliquant qu'une part de la clientèle est partie, à l'occasion de la crise sanitaire, sur d'autres modes de transport comme la voiture ou le vélo.

La fréquentation est également impactée par la mise en place massive, et durable, du télétravail.

"Grace aux nouveautés mises en place dans le cadre de cette DSP et avec un plan de communication offensif, notamment en direction des étudiants et des actifs, nous ambitionnons d'avoir gagné 15 à 20% de voyageurs supplémentaires à la fin de cette DSP".

La STAS transportait, en période pré-Covid, 48 millions de voyageurs par an, soit 150.000 par jour.

Saint-Etienne, place forte de Transdev

"Cette nouvelle DSP est importante pour nous, le contrat coche beaucoup de cases du plan stratégique de Transdev", confie Ludovic Jourdain, directeur régional Transdev et ex-directeur de la Stas.

"Cette DSP prend en compte tous les enjeux de la mobilité et de ses grandes transitions, en matière numérique, environnemental et sociétal. Elle est exemplaire car elle appuie toutes les facettes de la stratégie du groupe".

Pour Transdev, le renouvellement de cette DSP était également primordial d'un point de vue business puisque Saint-Etienne représente un peu son bastion dans la région. "Saint-Etienne fait partie des plus gros réseaux urbains que Transdev exploite en France, avec 700 salariés", note Ludovic Jourdain. A tel point, que le groupe y avait déplacé l'année dernière son siège régional. Transdev y avait ouvert aussi en septembre 2020 son CFA, le premier du genre dans le secteur des transports. Depuis 8 autres CFA Transdev ont essaimé.

Le groupe compte 3.000 salariés dans la région, avec l'exploitation de transports collectifs à Saint-Etienne donc mais aussi à Valence, Roanne, Vichy, Villefranche-sur-Saône, Chamonix, une partie des cars du Rhône, Lyon avec le Rhônexpress, les dessertes interurbaines pour le compte de la Région en Savoie, Haute-Savoie, Isère et Drôme ainsi que les skibus en montagne.

Le groupe reste discret sur ses ambitions futures, plusieurs DSP étant en cours de renouvellement ou proches de l'être. Ludovic Jourdain confirme néanmoins l'intérêt de Transdev pour le réseau lyonnais.

"Le Sytral a voté récemment l'allotissement du prochain contrat qui démarrera en 2024. Nous allons nous mobiliser sur ce point. Le savoir-faire déployé à Saint-Etienne, avec le MaaS, pourrait être un point différenciant".

Transdev se dit également très attentive aux positions de la Région concernant le sujet du marché ferroviaire. Rappelons que le groupe a remporté, fin 2021, le premier appel d'offres ferroviaire régional français pour les dessertes TER Marseille-Toulon-Nice.

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