Après Dunkerque, Verkor revoit sa copie en donnant plus de poids à Grenoble avec (entre autres) une mégafactory

Après l’annonce de sa gigafactory à Dunkerque et une certaine déception enregistrée à demi-mots sur la scène locale, la pépite iséroise Verkor a adressé cette semaine une forme de « compensation » aux pouvoirs publics de son berceau local. En dévoilant son installation sur un ancien site industriel de Schneider Electric, où les travaux ont déjà démarré, Verkor a revu sa copie en donnant plus de poids à cette unité, qui comprendra également une unité de « méga-production » de batteries, ainsi qu'un campus de formation dédié à la filière. De quoi relancer le dialogue avec les collectivités sur place, dont la Région, qui avait à l'époque proposé une aide pouvant allant jusqu'à 7 millions d'euros.

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C'est désormais une forme de 3 en 1 que propose finalement Verkor, sur le site grenoblois de la Presqu'île scientifique, qu'il vient de choisir pour accueillir son siège : car si Grenoble n'aura pas sa gigafactory, la jeune pousse industrielle prévoit l'installation d'ici l'an prochain d'un centre de R&D, mais aussi d'une ligne pilote pouvant s'apparenter à une méga factory, ainsi que d'un projet de Campus de la batterie.
C'est désormais une forme de "3 en 1" que propose finalement Verkor, sur le site grenoblois de la Presqu'île scientifique, qu'il vient de choisir pour accueillir son siège : car si Grenoble n'aura pas sa gigafactory, la jeune pousse industrielle prévoit l'installation d'ici l'an prochain d'un centre de R&D, mais aussi d'une ligne pilote pouvant s'apparenter à une "méga factory", ainsi que d'un projet de Campus de la batterie. (Crédits : DR/Verkor)

« C'est une première étape importante et concrète dans la production de cellules de batteries bas carbone pour véhicules électriques et stockage d'énergie pour les marchés français et européens », affirme la pépite Verkor, qui rappelle qu'elle « a voulu rester en région Auvergne Rhône- Alpes, berceau de sa création en juillet 2020, pour implanter son siège social au sein de sa factory : le Verkor Innovation Centre ».

Car après avoir fait quelques déçus en annonçant l'implantation de sa gigafactory de batteries électriques à Dunkerque (Hauts-de-France), ce n'en est toutefois pas complètement fini avec Grenoble... c'est même le contraire que veut démontrer la startup industrielle.

Cette semaine, la pépite très convoitée de par ses ambitions XXL a dévoilé le futur site d'implantation de son Verkor Innovation Center (VIC), qui représente lui aussi une carte maîtresse de son projet. Celui-ci pourrait même prendre plus de place que prévu au sein de la stratégie de la jeune pousse, qui se rêve déjà comme une future tête de pont de l'Europe des batteries.

Car en choisissent de « donner un nouvel élan à un site industriel historique à Grenoble », occupé successivement par Merlin Gerin, Schneider Electric et jusqu'ici Siemens, Verkor a souhaité s'inscrire dans la longue tradition industrielle grenobloise, mais aussi capitaliser sur des actifs industriels qui présentaient certains atouts. « Fondé en 1920, Merlin Gerin s'y installe pour le déploiement de son "révolutionnaire" disjoncteur haute tension, qui fera la réputation de l'entreprise, et deviendra plus tard, Schneider Electric », rappelle Verkor.

Le tout, avec un site de 15.000 m2 qui demeure à proximité de ses partenaires stratégiques grenoblois de la Presqu'îe scientifique, avec en première ligne, Schneider Electric, Cap Gemini, STMicroelectronics ou encore le CEA Grenoble, et un terreau fertile en matière de compétences, qui lui a déjà permis de recruter une centaine de personnes issues de 20 nationalités.

Le site retenu, qui serait encore à ce stade la propriété de Siemens, dispose déjà de qualités inhérentes à son bâti, et notamment d'une hauteur sous plafond de 10 mètres,  « qui faisait partie des pré-requis pour la fabrication de batteries », atteste le cofondateur de Verkor et CTO, Sylvain Paineau. D'ailleurs, la startup industrielle a déjà engagé de premiers travaux d'aménagement, et s'apprête notamment à démolir et reconstruire une grande partie du bâti, en vue de répondre à ses nouvelles ambitions.

De la ligne de R&D à une "méga factory"

Car après avoir un temps évoqué une simple « ligne de R&D » destinée à concevoir des prototypes, le projet de Verkor a évolué vers un nouvel objectif : celui de faire de ce site grenoblois à la fois le siège du futur groupe -comme il l'avait confirmé à nouveau en février dernier-, mais aussi de le doter d'une production bien supérieure aux attentes initiales.

Car désormais, on parle bien de trois infrastructures sur place : un laboratoire de R&D, qui « permettra d'innover, de concevoir et de valider les produits avant de les industrialiser à grande échelle sur d'autres sites », une ligne pilote intelligente de 50 à 150 MWh/an, qui « produira les cellules pour les petites séries et les premières cellules pour les batteries des véhicules Renault », ainsi qu'un centre de formation (Campus de la Batterie) destiné à accueillir « les opérateurs, techniciens et ingénieurs de cette nouvelle filière industrielle, adaptée aux besoins des gigafactories ».

Car pour son cofondateur Sylvain Paineau, joint par La Tribune, « on peut désormais parler d'une "méga factory" que nous souhaitons installer à Grenoble, même si celle-ci n'aura pas uniquement une vocation de production. Ce sera un équipement d'une dimension relativement unique en Europe, de par sa dimension et ses capacités de fabrication ».

Verkor prévoit d'ailleurs de faire entrer en service dès juin prochain son laboratoire de recherche, pour laquelle les équipements ont déjà été livrés sur site, tandis que la ligne pilote pourrait débuter au plus tard début 2023.

Un argument qui tombe à tic pour les collectivités

Un argument qui tombe à pic pour les collectivités locales : car si le choix de retenir finalement Dunkerque n'a pas officiellement fait de remous, il semblerait tout de même qu'il ait laissé quelques traces.

Alors que le président LR Laurent Wauquiez n'avait pas hésité à faire peser dans la balance une lourde aide régionale, pouvant aller « jusqu'à 7 voire 8 millions d'euros » dans la perspective de pouvoir accueillir « dans un premier temps » le centre de R&D de Verkor, et de travailler, dans un second temps, à la perspective d'une future implantation de sa gigafactory, les annonces de Verkor semblent avoir pris de court, douchant en même temps les ambitions régionales.

L'enveloppe de 7 millions évoquée n'aura en effet pas eu le temps d'être débloquée à ce stade. Contactée, la Région, par le biais de son vice-président à l'Innovation Yannick Neuder, confirme avoir lancé une nouvelle étude pour réévaluer désormais le projet, « à la lumière des nouveaux éléments qui ont été communiqués ».

« Nous avons pour habitude de conditionner les aides accordées à un projet de R&D, à condition que les retombées en matière d'industrialisation puissent également se faire sur notre territoire », reconnaît Yannick Neuder.

Cependant, la porte reste à demie ouverte, puisqu'il le rappelle : « Nous avons bien entendu qu'il y aurait notamment un lien avec des perspectives de production sur place en lien avec Renault. Le président de Région souhaite également lancer une expertise pour voir si le projet de campus de la batterie intégré au VIC pourrait avoir un intérêt plus large, à travers notamment des apports qui pourraient faits à destination de toute une filière sur plan local ».

Un montage financier qui reste à préciser

Bien que Verkor bénéficie, pour l'heure, d'une réserve de trésorerie grâce à sa dernière levée de fonds de 100 millions, réalisée auprès de ses principaux actionnaires à l'été dernier, la société devrait bientôt entrer, avec ce nouveau bâtiment, dans une nouvelle phase, plus concrète, de son projet, où elle pourrait en effet avoir besoin du soutien des collectivités locales.

Pour ce second site à Grenoble, elle n'a d'ailleurs pas encore communiqué sur son budget total, au motif que le montage de l'opération serait encore en cours. Mais on sait déjà qu'il a nécessairement augmenté par rapport à ses prévisions initiales, bien qu'il représente néanmoins "un facteur de 1 à 10" avec son projet de gigafactory, estimé lui-même à 1,2 milliards d'euros.

Pour Sylvain Paineau, Verkor se donne jusqu'à mai prochain pour préciser le montage financier de l'ensemble de la structure grenobloise. L'heure est pour l'instant à la remise à plat du dialogue avec les collectivités sur place, tandis que Verkor n'exclut pas de faire appel à l'Etat, en ce qui concerne son projet de création sur place d'un Campus de la Batterie, qui pourrait bénéficier plus largement à toute une filière, en cours de création.

Les discussions (re)démarrent

Déjà, le bras armé de l'agence économique métropolitaine de Grenoble a confirmé avoir accompagné Verkor dans ses démarches d'installation, et notamment dans les relations engagées avec la Préfecture, afin de recueillir les autorisations nécessaires aux travaux du VIC.

Une métropole qui, conduite par le PS Christophe Ferrari, n'est pas insensible à ce projet majeur pour la scène grenobloise, « puisqu'il entre dans les priorités et les enjeux du territoire en matière d'écosystème lié à l'énergie, et qu'il devrait tout de même créer à terme près de 250 emplois sur place ».

Son vice-président en charge de l'économie, Guy Jullien, se dit même prêt à discuter avec Verkor des modalités d'accompagnement à venir, évoquant notamment la possibilité qu'un montage soit étudié pour que la jeune pousse puisse devenir propriétaire de son futur bâtiment isérois. Même si sur place, on sait déjà qu'une telle aide ne pourra se faire qu'avec la Région, qui se situe en première ligne sur la compétence économique.

La métropole grenobloise a donc sollicité une rencontre avec l'exécutif régional et les porteurs de projet de Verkor prochainement, afin de lui permettre de « remettre son projet actualisé sur la table. Car celui-ci a beaucoup évolué finalement depuis son origine, car au lieu d'héberger uniquement un centre de R&D, nous avons désormais une ligne pilote et une ligne de production, qui ne ressemble pas à une gigafactory mais pourrait tout de même être assimilée à une méga factory », appuie Guy Jullien.

En attendant, ce sera au tour du maire EELV de Grenoble Eric Piolle de prévoir une visite du nouveau site ce vendredi. La Ville juge elle-même que l'annonce du choix de ce site constitue « une première étape importante dans la production de cellule de batteries bas carbone pour véhicules électriques et stockage d'énergie pour les marchés français et européens. Grenoble, Capitale Verte européenne 2022, soutient la démarche de l'entreprise Verkor ».

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