Comment la Région AURA veut attirer (et conserver) la gigafactory de Verkor

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La jeune pousse iséroise Verkor a annoncé qu'elle se laisserait jusqu'à juin prochain pour annoncer le site qu'elle retiendrait pour accueillir sa gigafactory de batteries. Cette semaine, la région Auvergne Rhône-Alpes est entrée officiellement dans la course en dévoilant sa proposition.
La jeune pousse iséroise Verkor a annoncé qu'elle se laisserait jusqu'à juin prochain pour annoncer le site qu'elle retiendrait pour accueillir sa gigafactory de batteries. Cette semaine, la région Auvergne Rhône-Alpes est entrée officiellement dans la course en dévoilant sa proposition. (Crédits : DR/Verkor)
Depuis quelques mois, plusieurs territoires, dont la région Occitanie, espéraient faire partie de la short-list de sept sites, encore étudiés par la jeune pousse Verkor, afin d’y installer sa gigafactory de batteries électriques. Avec à la clé, un investissement annoncé de 1,2 milliards d’euros, et la création de 2.000 emplois en pleine crise sanitaire. En Auvergne Rhône-Alpes, l’exécutif du président LR Laurent Wauquiez est bien décidé à ne pas laisser partir la jeune pépite, et dévoile les grandes lignes d’une offre « clé en main » sur trois sites déjà identifiés.

On peut dire que le projet de la jeune pousse Verkor, cofondé par d'anciens cadres de grands groupes, et soutenu par Schneider Electric, l'antenne de l'agence européenne EIT Inno Energy, mais également Cap Gemini et du groupe IDEC, intéresse.

Car en pleine crise sanitaire, et face à des pans de l'économie en pleine zone de turbulences, la perspective d'accueillir une nouvelle gigafactory de batteries électriques d'envergure européenne, capable de susciter jusqu'à 2.000 emplois et 1,2 milliards d'investissements, ne laisse pas les collectivités de marbre.

En premier lieu en Occitanie, où certains territoires comme Rodez (Aveyron), touchés par le désengagement de l'industriel Bosch et la nécessité de reconvertir un pan de production qui emploie actuellement près de 1.250 salariés (750 suppressions de postes ont été annoncés d'ici 2027, ndlr), avait donné lieu à plusieurs annonces, et notamment à la nécessité de modifier préventivement le Schéma territorial des infrastructures économiques (STIE) de l'Ouest de la ville. Mais à priori sans succès, puisque ce site ne ferait finalement plus partie des sites short-listés à l'heure actuelle.

Une enveloppe et des atouts sur la table

Cette fois, c'est la Région Auvergne Rhône-Alpes qui dévoile ses marques d'intérêts appuyées pour le projet, né sur son territoire en Isère. Cette fin de semaine, le président LR Laurent Wauquiez a confirmé l'octroi possible d'une enveloppe de « 7 voire 8 millions d'euros », en vue de soutenir directement le déploiement de la jeune pousse.

À condition, bien entendu, que celle-ci choisisse la région AURA comme future terre d'implantation.

Pour cela, la Région capitalise en premier lieu sur ses atouts intrinsèques : « Nous avons la chance d'avoir un certain nombre d'équipementier automobile et de grands groupes comme Renault, mais également de grands centres de recherche comme le CEA, ainsi que la présence de partenaires comme Schneider, Cap Gemini, KIC Inno Energy, très bien implantés dans notre région, avec l'idée de pouvoir lier l'ensemble des acteurs de cette chaîne », énumère Yannick Neuder, vice-président de la Région, en charge de l'enseignement supérieur, de la recherche, de l'innovation.

« Il faut rappeler que nous sommes également la première région industrielle de France, mais également un fort lieu de recherche et développement, puisque Auvergne Rhône-Alpes est comprise dans le top 5 des régions les plus innovantes en Europe, qui contribue le plus au PIB européen aux côtés de régions comme la Lombardie ou la Catalogne », ajoute-t-il.

Trois sites en AuRA dans les starting-blocks

Il en profite également pour rappeler ses ambitions, dont celle de devenir « la première région décarbonnée d'Europe », raison pour laquelle son exécutif est prêt à passer à la vitesse supérieure en matière de soutien :

« Nous avons proposé une offre clé en main, incluant au total trois possibilités de sites pour accueillir à la fois l'Innovation Center de Verkor ainsi que sa gigafactory ».

Bien que la localisation de ces trois sites demeure toujours confidentielle à ce stade, le vice-président à l'innovation Yannick Neuder confirme que ceux-ci ne nécessiteraient aucune modification de PLU ou PLUI, grâce aux évolutions des différents schémas directeurs, entreprises depuis 2017 (SRDEII, SRESRI, SIADEP entre autres).

« Nous pourrions également les accompagner sur le volet de la formation, avec la création d'un nouveau CFA dédié à ses nouveaux métiers et pour lequel nous pourrions prendre en charge jusqu'à 60 % des dépenses en matière d'investissement », dévoile Yannick Neuder qui y voit là un partenariat potentiel avec l'un des investisseurs de Verkor, Schneider, qui possède déjà une unité de formation sur Grenoble.

« Ces nouveaux métiers correspondent à de nouvelles filières liées à la confection de batteries, mais également à la microélectronique et aux semiconducteurs ainsi qu'aux ambiances de salles blanches que nous connaissons déjà, et devront comprendre à la fois différentes strates de formation, dédiées aux métiers d'opérateurs, techniciens, mais également ingénieurs », ajoute-t-il.

Sur le volet de la recherche et développement, la Région Auvergne Rhône-Alpes souligne qu'elle pourrait notamment proposer un soutien « à hauteur de 50 % des budgets de R&D et Innovation engagés, que ce soit sous forme d'avances remboursables ou de subventions ». Tandis que le volet lié à l'économie pourrait également donner lieu à d'autres accompagnements, qui demeurent à préciser.

Une concurrence « naturelle » en temps de crise

« Au total, le porteur de projet a déclaré un budget de 30 millions d'euros pour la première phase en cours, qui consistera à amorcer un centre de R&D et reconfigurer un site de production industrielle (son Innovation Center, ndlr), avec une demande de subvention à hauteur de 10 millions d'euros à la Région, un montant dont nous pouvons nous approcher fortement », affiche Yannick Neuder.

Il confirme d'ailleurs que des discussions sont déjà engagées avec l'équipe de Verkor et les services régionaux, à travers son antenne Auvergne Rhône Alpes entreprises, bras armé de la compétence économique régionale depuis 2016.

Avec dans son viseur, la volonté d'accueillir donc en premier lieu ce futur centre de recherche et développement de 70 collaborateurs, -que la jeune pousse a déjà annoncée sur le bassin grenoblois d'ici fin 2021-. Mais pas uniquement : « Nous pourrions ainsi contribuer à financer la recherche et développement de cette jeune pousse, mais également la création de sa gigafactory sous réserve que celle-ci se situe en Auvergne Rhône-Alpes, et qui pourrait enclencher la création de 1.000 à 2.000 emplois », souligne Yannick Neuder. Reste pour ce second volet, prévu pour une sortie de terre à compter de 2023 et une mise en production à horizon 2025, l'échelle d'investissement se situerait plutôt de l'ordre du milliard...  « Bien entendu, cette partie du dossier dépasse nos frontières et présente des enjeux de souveraineté nationale et européenne qui impliqueront aussi d'autres financements », estime le vp à l'innovation.

Malgré la forte compétition qui s'annonce donc avec d'autres territoires, Yannick Neuder estime que cette concurrence est à la fois « naturelle » dans un contexte de crise sanitaire comme celui-ci, mais également plus largement « vecteur d'émulation » à l'échelle régionale.

Tout en ajoutant la volonté de la région de continuer à « se battre sur tous les dossiers » : « Nous sommes compétitifs face à d'autres territoires car nous demeurons la première région industrielle de France, avec l'avantage d'avoir un tissu industriel très équilibré, qui n'oppose pas la ruralité et les grandes métropoles, ainsi que la présence de quatre des dix plus grands équipements de recherche en région ».

Une chose est sure : Auvergne Rhône-Alpes se dit prête à « faciliter » le parcours de la jeune pousse dans son installation :

« Le président de Région attache beaucoup d'intérêt à simplifier les démarches durant cette phase, en créant un contact direct avec les élus, mais également en apportant une solution qui se veut clé en main, comprenant à la fois l'immobilier, le volet formation, les aides à l'innovation et à la R&D », poursuit Yannick Neuder.

Ces aides, qui devront être soumises à un vote, pourraient cependant être débloquées rapidement grâce à la tenue de commissions permanentes tous les 15 jours au sein de l'exécutif régional. L'opération séduction est donc bel et bien enclenchée. De son côté, Verkor s'est laissé jusqu'à juin prochain pour trancher et annoncer le choix de son futur site d'implantation.

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Commentaires
a écrit le 31/03/2021 à 21:51 :
Ils en pensent quoi pompilli et les ecolos bobos ?
Megafactory au centre de la france.
Matières premières arrivant de l'étranger par vraquier.
Acheminement par camions depuis les ports méditerranée ou atlantique à moins qu'ils relancent le traffic ferroviaire

Mega décheterie á construire à côté de la megafactory, car produire des batteries ne peut etre qualifié de propre...
a écrit le 31/03/2021 à 12:11 :
Oui c;est bien beau mais ou es qu'ils vont trouver la matière première, vue qu'il n'y en a pas en France, il vont dépendre des pays qu'ils les ont ces matières premières. Encore du baratin pour faire croire que tout va bien, De toute façon ce n'est que des projets ce n'est pas fait encore car ils veulent surtout que le gouvernement risque l'argent des contribuables.

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