Pour sécuriser la saison d’hiver, les remontées mécaniques françaises augmenteront de 3,2% les salaires

Alors que le coup d’envoi de la saison d’hiver a été donné sur certains massifs, quelques semaines avant le démarrage « officiel » de la saison début décembre, le syndicat des remontées mécaniques ainsi que les partenaires sociaux (CGT, FO) ont signé le 15 octobre dernier un nouvel accord social. Celui-ci entérine une revalorisation des salaires de 3,2% dès cet hiver sur les bas salaires, sur fond de difficultés de recrutements qui demeurent plus présentes que les saisons précédentes.

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Réunis sur la question des salaires, syndicats et patronat le sont aussi, dans les grandes lignes, sur la question des conséquences de la réforme l'assurance-chômage, sur laquelle ils portent cependant encore des inquiétudes.
Réunis sur la question des salaires, syndicats et patronat le sont aussi, dans les grandes lignes, sur la question des conséquences de la réforme l'assurance-chômage, sur laquelle ils portent cependant encore des inquiétudes. (Crédits : DR)

C'est une bonne nouvelle pour les saisonniers. A l'aube de la saison d'hiver, les partenaires sociaux (CGT, FO), le syndicat professionnel de la branche des remontées mécaniques (Domaines Skiables de France) ainsi que l'Etat français se sont accordés sur la signature, le 15 octobre dernier, d'un nouvel accord de revalorisation salariale pour la filière.

Cet accord concernera l'ensemble du secteur des remontées mécaniques, qui emploie près de 18.000 saisonniers chaque année, qu'ils soient salariés d'une régie ou d'un équipement opéré par une collectivité.

Si l'ensemble de la grille salariale de la profession se voit ainsi revalorisée, c'est plus précisément sur le plan des plus bas salaires qu'elle sera la plus visible, puisqu'elle atteindra +3,2% sur les 20 premiers niveaux de rémunération (NR200 à NR220) de la grille, contre +1% pour les salaires les plus élevés (NR400).

Selon les calculs de la CGT, le niveau de rémunération minimum devrait ainsi désormais être fixé à 11,50 euros brut de l'heure.

Un argument pour recruter

La question avait été soumise par les trois parties lors des négociations annuelles de la branche, qui se sont tenues le 15 octobre dernier, signe que le patronat lui-même s'était mobilisé sur la question :

"Nous étions bien conscients qu'il fallait agir car nous faisions partie des branches dont le niveau de rémunération minimum se trouvait en-dessous du niveau du Smic, qui venait d'être revalorisé. Même si nous ne faisions pas partie des métiers les plus concernés par la pénurie de main-d'œuvre, il nous fallait demeurer attractifs", explique à La Tribune Laurent Reynaud, directeur général du syndicat patronal Domaines Skiables de France (DSF).

« Clairement, la situation de l'emploi a pesé dans cette négociation car on voit que certaines stations ont du mal à terminer leurs recrutements. Là où l'on avait habituellement dix candidats pour un poste affiché, c'est la première année que nous n'avons parfois que 1 ou 2 candidats sur une même offre », ajoute pour sa part Antoine Fatiga, représentant CGT Auvergne-Rhône-Alpes.

Selon lui, la situation à l'aube de cet hiver demeure tendue sur le terrain du recrutement : s'appuyant sur les retours émanant du terrain, il estime qu'il pourrait encore manquer, dans certaines stations, jusqu'à 20 à 40% des emplois saisonniers liés aux activités de tourisme, tandis que du côté des remontées mécaniques, cet écart pourrait s'avérer beaucoup plus réduit (de l'ordre de 2%).

Du côté de DSF, les chiffres sont encore très disparates en fonction des massifs et des secteurs, mais Laurent Reynaud estime que cette année, ce sont 30 à 35% de saisonniers qui n'ont pas reconduit leur contrat selon la procédure habituelle au 15 septembre dernier, contre 20% habituellement.

"Même si notre secteur a fait le choix l'an dernier de réambaucher comme prévu l'ensemble des contrats saisonniers afin qu'ils puissent bénéficier du chômage partiel, nous subissons tout de même une légère baisse du taux de reconduction de nos contrats. Nous devons donc veiller et rester attractifs", ajoute le directeur général de DSF, qui rappelle qu'habituellement, ses saisonniers ont en moyenne huit années d'ancienneté sous ce statut.

Un bénéfice pour les petites stations

Cet accord de rémunération, vécu comme un élément supplémentaire d'attractivité au sein de la filière qui se prépare à accueillir de nouveau du public après une saison blanche, devrait même bénéficier, selon la CGT, en première ligne aux "petites stations", où les grilles de salaires pouvaient encore être légèrement inférieures à celles des grands massifs.

« Concrètement, cet accord va concerner la majorité des personnes travaillant aux remontées mécaniques, notamment les conducteurs d'appareils et les employés sur les pistes qui étaient assujettis à ces niveaux de rémunération », reprend Antoine Fatiga.

Pour autant, cette revalorisation ne sera cependant pas rendue obligatoire au sein des entreprises qui avaient déjà fixé des seuils allant déjà au-delà des minimas évoqués, comme ce peut être le cas au sein des plus grandes stations.

Pour les syndicats, l'enjeu va même plus loin : le représentant CGT Auvergne-Rhône-Alpes des saisonniers y voit notamment un facteur d'impulsion pour le monde du tourisme au sens large, soumis lui aussi à de forts enjeux de recrutement. « Cela démontre qu'avancer sur cette question est possible ». Et d'ajouter : « Pour rendre le secteur attractif, il faut à la fois un bon niveau de salaire, mais également de bonnes conditions de travail et de logement », illustre Antoine Fatiga.

Côté remontées mécaniques, la CGT salue d'ailleurs la tenue d'un dialogue social depuis plusieurs années, au sein d'une branche qui emploie 18. 000 salariés dont 80 % de saisonniers, même si aucune revalorisation n'avait pu avoir lieu l'an dernier, du fait de la crise sanitaire.

La réforme de l'assurance chômage et le pass sanitaire dans le viseur

Réunis sur la question des salaires, syndicats et patronat le sont aussi, dans les grandes lignes, sur la question des conséquences de la réforme l'assurance-chômage, sur laquelle ils portent des inquiétudes.

La CGT redoute notamment que la réforme de l'assurance-chômage n'incite certains saisonniers à se réorienter et à quitter la profession également cette année.

« Cette réforme va impacter directement les contrats courts et saisonniers, dont les travailleurs vont voir leurs indemnités journalières divisées par deux. S'ils veulent survivre pendant l'intersaison, ils seront contraints de quitter les stations, alors que nous avions jusqu'ici près d'un tiers d'emplois locaux ».

Du côté de DSF, Laurent Reynaud met également en garde : "Bien que nous soyons solidaires sur la question de l'équilibre des comptes de l'assurance-chômage, et du fait que le travail doit payer davantage que les allocations, nous avons déjà expliqué que notre branche est très spécifique et ne ressemble à aucune autre".

De quoi traduire des divergences avec l'application voulue par l'Etat français de cette réforme sur plusieurs points : à commencer par la volonté de réduire le nombre de branches "alors que le secteur des remontées mécaniques française bénéficie, comme le démontre cet accord sur les rémunération, d'un bon dialogue social", mais aussi sur l'application de "bonus malus" aux employeurs ayant recours à des contrats courts, une catégorie dans laquelle sont inclus de fait les contrats saisonniers.

"Or, Il est tout à fait absurde de penser que sous peine d'une amende, notre secteur pourra créer davantage de CDI à l'année. Même si nous avons une saison d'été, celle-ci ne représente que 5 % de chiffre d'affaires annuel des remontées mécaniques. Notre secteur ne peut pas offrir des emplois à l'année à tout le monde", affirme Laurent Reynaud.

Autre élément d'incertitude : la question de l'instauration du pass sanitaire qui n'est pas encore tranchée et pourrait entraver les derniers recrutements à venir. « Comme dans toutes les professions, il existe des réfractaires au pass sanitaire et cela va nécessairement impacter l'organisation du travail. Sans compter les offres de travail sans contrat qui pourraient se développer », rapporte la CGT.

De son côté, Domaines Skiables de France se veut plus rassurant à ce sujet : "On voit que les Français ont avant tout envie de retourner à la montagne, de même que les salariés soient retrouver leur travail. L'important est désormais de pouvoir réouvrir, même si il faut également que nous ayons la possibilité d'anticiper".

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Commentaires 3
à écrit le 21/10/2021 à 11:04
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Et le prix des remontées mécaniques va augmenter de combien? Autre sujet...y aura t'il de la neige suffisamment et tout l'hiver ? C'est quand même mal barré depuis plusieurs décennies.

à écrit le 21/10/2021 à 6:38
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Depuis quelques semaines le boss du medef reclamait que l'on augmente les salaires pour cause d'inflation qui s'installe durablement. Tant qu'il s'agit de sport d'hiver ca va, mais les services vont de fait augmenter, les charges itou, et la rentabil...

à écrit le 21/10/2021 à 6:37
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Comment peut on imaginer que 40 euros bruts de plus par mois va pousser un hésitant à postuler ? la situation sociale est autant désespérée que cela ?

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