Andrea Kotarac : au cœur de la pensée « localiste » de l’étoile montante du RN

PORTRAIT. Beaucoup de médias le désignent comme « le transfuge de LFI », tant son parcours a surpris et bouleversé la donne. Le haut-savoyard frontiste, après des études de droit à Lyon, s’est d’abord engagé à gauche de l’échiquier politique, avant de démissionner avec fracas pour rejoindre les rangs du RN en 2019. Celui qui pourrait se poser comme le deuxième homme des Régionales n'a pas encore présenté l'ensemble de son programme, mais prévoit d'en préciser de nouveaux contours ce jeudi.

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En Auvergne Rhône-Alpes, le candidat frontiste aux Régionales 2021 incarne un nouveau visage du Rassemblement National, mais aussi un nouveau courant localiste, qui reprend les thèmes de préférence régionale et sauvegarde de l'emploi local post-crise.
En Auvergne Rhône-Alpes, le candidat frontiste aux Régionales 2021 incarne un nouveau visage du Rassemblement National, mais aussi un nouveau courant "localiste", qui reprend les thèmes de préférence régionale et sauvegarde de l'emploi local post-crise. (Crédits : DR)

Entre Paris et la région Auvergne Rhône-Alpes, ce nouveau frontiste interroge. D'abord, de par son parcours politique, en provenance de La France Insoumise (LFI). Mais aussi, par son profil : car, à 32 ans, ce jeune Haut-savoyard passé par des études de droit à Lyon ne correspond pas vraiment à l'image des candidats que l'on a l'habitude de croiser au sein des rangs du parti.

D'ailleurs, Andrea Kotarac n'est pas officiellement encarté, bien qu'investi par le bureau national : le jeune homme, qui avait déjà remporté un mandat de conseiller régional sous les couleurs de LFI à l'époque en 2015, s'affiche désormais comme un fervent soutien du RN, et même plus largement de Marine Le Pen aux présidentielles de 2022, tout en gardant une forme d'autonomie.

En local, certains lui auraient même préféré le candidat isérois Alexis Jolly, déjà conseiller régional du RN et secrétaire départemental. La balance aura finalement penché en faveur d'Andrea Kotarac, en partie en raison d'une plus grande exposition médiatique, mais aussi du soutien affiché par des proches Marion Maréchal Le Pen issus de la sphère lyonnaise.

Converti aux idées frontistes depuis 2019, il avait appelé ses électeurs à voter pour le candidat RN Jordan Bardella, évoquant son divorce avec une gauche qu'il estime « gangrenée par des concepts racialistes, par l'islamo-gauchisme, et complaisante avec des associations islamistes ».

La vision localiste du monde, quesaco ?

Celui qui se positionne comme la nouvelle tête de liste du RN en Auvergne Rhône-Alpes a cependant cofondé, début 2021, le parti localiste, aux côtés du député européen Hervé Juvin, dont il a été l'assistant parlementaire.

Un mouvement rattaché au RN, qui prône « une vision localiste des affaires du monde », où le local sera le pilier de « la renaissance d'une nouvelle forme de démocratie ». On y retrouve d'ailleurs un certain nombre de thèmes qui se posent en réponse directe à la période de crise actuelle : « Nous voulons développer les emplois non délocalisables, protéger les filières locales, et faire en sorte que les métropoles n'assèchent pas tout ce qui se passe autour », explique à La Tribune Andrea Kotarac.

Une théorie qui irait même jusqu'à englober, à sa sauce, des enjeux désormais incontournables dans cette campagne post-crise, comme ceux du développement durable.

En effet, alors que le sujet avait été jusqu'ici délaissé par la chef de file, Marine Le Pen - avant qu'elle n'évoque finalement fin mars 2021 un contre-projet de référendum sur l'écologie, à l'occasion de l'examen du projet de loi Climat du gouvernement -, Andrea Kotarac est plus formel : « La vision localiste est également celle de se réapproprier notre patrimoine naturel, pas simplement de défendre nos frontières, mais aussi nos volcans, nos glaciers, ou notre biodiversité ».

« Le Brexit est pour moi une victoire localiste »

Le localisme se pose en réalité comme une branche parmi d'autres, aux côtés de la droite populaire défendue par Thierry Mariani par exemple. « Chacun a sa vision des choses, la droite populaire a certainement des choses à accentuer, et de notre côté, c'est le pilier du localisme que nous souhaitons pousser », glisse le candidat auralpin.

S'il ne va pas jusqu'à parler de « Frexit » ou « d'Auraxit » , le frontiste évoque cependant des mouvements de même nature qui seraient en cours à la fois en Asie, au Kenya, mais aussi chez nos voisins du Royaume-Uni : « Le Brexit est pour moi une victoire localiste, car on dit souvent que Boris Johnson, c'est la droite qui a battu la gauche. Or, c'est avant tout une volonté des Anglais de se réapproprier leur pays et leur patrimoine, dans un contexte mondialiste ».

Car toute la genèse de l'engagement d'Andrea Kotarac passe par une nouvelle forme d'opposition : « Nous ne sommes plus face à un clivage droite-gauche, dixit l'intéressé, mais face à une frange de la population mondialiste qui, d'un côté, pense que l'avenir de la France passe par l'Europe et par le fait de donner sa souveraineté et, de l'autre, les localistes comme nous qui pensons et croyons au génie français et à la vie locale ».

Pour le candidat frontiste, pas de juste milieu au cœur de cette ligne, qui se nourrit de la division des deux modes de pensée.

L'économie, au service d'une "autre" vision du monde

Pour autant, ses propositions sur le terrain économique sont d'une toute autre nature : car pour défendre un programme politique axé sur une vision sécuritaire et identitaire, le RN passe par des mesures économiques comme l'instauration de la préférence nationale au sein des appels d'offres, la défense des savoir-faire industriels locaux, le développement de formations axées sur la cybersécurité et la protection des données, un coup d'accélérateur sur les transports du quotidien à travers des lignes comme Lyon-Clermont ou Lyon-Saint-Etienne, la conditionnalité des aides régionales en échange de la prise en alternance d'un jeune...

Le RN se "dédiabolise" sans le dire, et veut convaincre qu'il peut être une alternative. Sans pour autant évoquer de chiffres précis face à ses grandes priorités économiques.

En tant qu'ancien administrateur de la branche régionale d'Auvergne Rhône-Alpes entreprises, Andrea Kotarac veille cependant à s'appuyer sur des exemples locaux, mettant en avant sa connaissance des dossiers concernés : « On se souvient du dossier Alstom qui a, par exemple, été racheté par les Américains pour finir par être démantelé, ou encore de Ferropem, qui possède deux sites de pointe en Isère et Savoie pour la production dans le domaine du photovoltaïque et qui sont menacés aujourd'hui ».

Seule proposition chiffrée pour l'heure dans la mallette du candidat : celle d'octroyer une enveloppe d'un milliard d'euros, qui servirait à constituer un fonds d'aides au développement économique local, à travers la mise en place d'une foncière régionale, allant jusqu'à payer les deux premières années de loyers des commerces souhaitant s'installer au sein des centres-villes fragilisés.

La même enveloppe servirait également à financer un tout autre service de cartographie des « entreprises fantômes » issues de la crise, en vue d'identifier les sociétés proches de la liquidation, « afin que la Région s'attache à proposer dès à présent des formations et orientations à leurs salariés ».

Redessinant les contours de la pensée frontiste à l'aune de la crise sanitaire et des sujets qui inquiètent les Français, Andrea Kotarac se dit par ailleurs favorable à l'énergie nucléaire ou encore au renforcement de l'hydroélectricité, mais opposé à l'éolien en raison de l'empreinte carbone de la filière et réservé sur le développement de l'hydrogène, à ce stade.

Malgré une opposition de principe à l'adhésion européenne, Andrea Kotarac se veut toutefois réaliste, conscient qu'il brigue un échelon territorial qui se pose comme l'un des principaux gestionnaires des fonds européens :

« Bien sûr que nous utiliserons tous les leviers à notre disposition si nous sommes élus à la présidence de la Région, y compris les fonds européens. Il faut d'ailleurs souligner que ces fonds sont en réalité nourris par les budgets nationaux et notamment l'argent des contribuables français, qui remontent ensuite à l'Europe pour financer ces mécanismes ».

Et d'ajouter, comme un pied de nez à ses anciens confrères de gauche : « il y a bien des partis de gauche qui sont contre l'échelon régional, et cela ne les empêche pas de se présenter à la présidence de la région ».

Se différencier de Laurent Wauquiez

D'autres propositions du candidat sur le champ économique prennent un caractère cependant plus identitaire, comme celle de ne plus se placer dans le giron des Etats-Unis, en soutenant par exemple les entreprises régionales qui souhaitent exporter dans certains pays aujourd'hui sous embargo comme l'Iran.

Et d'ajouter : « nous travaillerons avec le Quai d'Orsay en respectant bien entendu la position de la France si elle venait à interdire l'accès à un marché. Mais, pour l'heure, ce sont surtout les États-Unis qui nous interdisent d'y aller. »

Car, selon lui, l'export n'est pas antinomique du localisme : « L'erreur serait de penser que nous souhaitons nous refermer sur nous-mêmes, alors que nous souhaitons nous ouvrir davantage au monde, en donnant la liberté aux entrepreneurs de choisir leurs marchés ».

Campé sur son diplôme en droit, le candidat affirme d'ailleurs qu'il connaît les ressorts des marchés publics qui lui permettraient de mener à bien ses projets d'insérer des clauses plus « localistes » au sein des marchés publics régionaux, qu'il reproche d'ailleurs à l'actuel président LR Wauquiez de ne pas avoir mis en place. A travers notamment « des clauses stipulant qu'un marché ne peut pas être sous-traité plus de trois fois, par exemple ».

L'une de ses préoccupations est en effet de se différencier, au cours de cette campagne, de son rival LR, qui a lui-même présenté ce lundi un programme résolument axé sur la sécurité, chassant de fait non loin des terres frontistes.

Car en AuRA, pas d'alliance-barrage à l'horizon entre LR et LREM à l'horizon pour contrer le RN, comme évoqué un temps en Région Sud. Le duel Wauquiez-Kotarac se jouera probablement en partie sur ce terrain de la sécurité.

Andrea Kotarac le dénonce d'ailleurs lui-même : « Laurent Wauquiez a fait ses courses dans notre programme ». Mais il évoque deux philosophies différentes en la matière : celle de son rival LR « qui pense que la sécurité se résume au nombre de tourniquets ou de caméras devant les lycées et propose désormais deux agents de sécurité par établissement », et celle du RN « qui souhaite nommer un référent sûreté dans chaque établissement, afin de faire remonter les problématiques et de répondre au cas par cas pour éradiquer l'ultra-violence et les séparatismes ».

Transformer l'image du parti avec les Régionales

Méfiant à l'égard des sondages, qui le placent pour l'instant comme le second homme de ce premier tour en Auvergne Rhône-Alpes juste derrière Laurent Wauquiez, Andrea Kotarac sait que les intentions de vote en sa faveur plafonnent ensuite au second tour, derrière une possible union des forces centre/droite ainsi que de la gauche.

Sauf pour un récent sondage Ipsos-France.TV-Radio France, qui évoque la possibilité qu'il incarne en 2021 la seconde force politique régionale à l'issue de ces élections (23% des intentions de vote), derrière Laurent Wauquiez (37%) mais tout juste devant une union de gauche (entre 22 et 24% en fonction de la tête de liste) et le maintien d'une liste LREM (16 à 18%) au deuxième tour.

Mais son objectif est plus global, et s'inscrit sur le long terme : après avoir affiché un soutien de principe face à l'agression du chef de l'Etat qui a eu lieu ce mardi dans la Drôme, Andrea Kotarac veut démontrer que l'union républicaine est possible, y compris à la présidence de Région, en affirmant qu'il travaillera avec « tous ceux qui le souhaitent ». Il veut s'appuyer plus que jamais sur les « compétences », dans un parti où sa cheffe, Marine Le Pen, dénonçait déjà à plusieurs reprises le procès en incapacité de gouverner, adressé à son parti.

 « Nous avons eu la volonté de constituer une liste qui mise sur un équilibre entre des personnes venant du RN et d'autres qui sont venues apporter leur compétence », répond pour sa part Andrea Kotarac. Il en veut pour preuve la composition de sa liste, qui comprend notamment « un ancien membre (du comité technique, ndlr) du ministère de la Santé Stéphane Blanchon (et ex-UNSA), d'anciens officiers supérieurs de l'armée, un ex-patron de la CCI de Paris et administrateur de la Fnaim locale... ».

Et d'ajouter : « donc oui, le RN recherche la compétence en vue de gouverner le pays ». Les yeux déjà tournés vers le national, Andrea Kotarac devra cependant commencer par convaincre... à l'échelle de la Région.

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Commentaires 2
à écrit le 10/06/2021 à 20:57
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Par principe, je n'ai aucune confiance dans les transfuges, ce sont des traitres sans réelle conviction politique.

le 10/06/2021 à 23:26
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D'accord avec vous, mais au point où nous en sommes...

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