Bruno Bonnell (LREM) : "Sur le plan de l’écologie, le développement technologique sera la réponse"

GRAND ENTRETIEN. Député de la 6e circonscription du Rhône, l’entrepreneur lyonnais Bruno Bonnell a entamé le marathon des Régionales sous le drapeau LREM. Un emblème délicat à porter après l'échec de ses deux prédécesseurs aux municipales de juillet dernier. Donné en 3e position (derrière LR et le RN), Bruno Bonnell dévoile ce vendredi ses propositions économiques, aux côtés du ministre Olivier Dussopt. Une occasion d'appuyer sur le champignon de l'économie, tout en se distançant une fois de plus de la droite, incarnée par son rival LR, Laurent Wauquiez.

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C'est pour l'heure le troisième homme de cette élection régionale, que les sondages placent au premier tour derrière les listes LR et RN. Mais l'entrepreneur Bruno Bonnell veut capitaliser sur son expertise de chef d'entreprise, et la présentation de ses mesures économiques, pour créer la surprise.
C'est pour l'heure le troisième homme de cette élection régionale, que les sondages placent au premier tour derrière les listes LR et RN. Mais l'entrepreneur Bruno Bonnell veut capitaliser sur son expertise de chef d'entreprise, et la présentation de ses mesures économiques, pour créer la surprise. (Crédits : DR)

LA TRIBUNEVous êtes député LREM depuis 2017, pourquoi avoir choisi de briguer cette fois la présidence de la Région ? Votre parcours de chef d'entreprise (Infogram, Robopolis, etc) constitue-t-il selon vous un atout pour ce poste ?

BRUNO BONNELL - De tous les postes de la république, je pense avec sincérité que c'est de loin le plus intéressant. Car il s'agit d'une fonction où il faut avoir une vision à long terme, pour un territoire qui a tout de même la taille d'un petit pays européen, et qui nécessite d'avoir des capacités d'exécution.

C'est véritablement un poste taillé pour le politique hybride que je suis, avec près de 40 d'expérience dans le domaine de l'entrepreneuriat, et quatre ans dans la politique. Et qui pourrait aussi reprendre toutes les compétences que possède un entrepreneur, mais en y ajoutant une dimension sociétale et de service public.

On avait un temps pressenti l'actuel ministre isérois de la santé, Olivier Véran, qui s'est finalement dit trop occupé sur le terrain sanitaire pour briguer cette fonction. La concurrence pour l'investiture a été rude ?

Je ne pensais pas que j'aurais été choisi au départ comme candidat, car il existait plusieurs options. Mais lorsqu'on m'a demandé si j'envisagerai de me présenter, j'ai su argumenter de mes capacités.

Le sujet, c'est la capacité à exécuter, et à ne pas aborder la gouvernance uniquement de façon politique, comme un marche-pied vers autre chose, à l'image de mes adversaires de droite ou de gauche, ni comme une espèce de traitement des symptômes, comme peuvent le faire le RN ou les Verts, mais sans la dimension de vision.

Une Région, c'est un échelon suffisamment grand pour établir un plan et une stratégie de développement économique, et la penser à long terme. Et c'est d'ailleurs en cela que la présidence actuelle de Laurent Wauquiez a péché, puisqu'il administre la Région aujourd'hui comme un haut fonctionnaire, sans risque ni audace. De mon côté, j'ai l'intention de la développer.

Vous présentez ce vendredi les grandes lignes de votre programme économique aux côtés du ministre chargé des comptes publics, Olivier Dussopt. En tant que chef d'entreprise, faut-il comprendre que l'économie sera au centre de votre projet ?

Notre signature, c'est d'abord l'alliance entre les trois notions de prospérité, d'équité et de fraternité. Evidemment, la prospérité et la fraternité confèrent une coloration très économique. Mais on ne peut pas tout réduire à cela.

C'est la différence même avec la gestion d'une entreprise : un président de région ne peut pas rater la marche sociétale, et c'est pour cela que notre programme associe également la culture, l'éducation et la formation comme les premières vice-présidences à porter, en termes d'importance, avant même celles de l'économie de la finance.

Car je suis persuadé que ces domaines sont à l'origine de toute innovation. Si l'on n'avait pas eu le surréalisme et l'impressionnisme, nous n'aurions pas les mêmes innovations technologiques et la révolution industrielle. Sans le rock et la pop-culture, pas de changements sociétaux. Il faut commencer par recréer un lien et une identité culturelle de la région, dont découlera ensuite la croissance.

Quelles seront donc vos priorités en matière économiques ?

L'idée est déjà de garantir au monde économique des infrastructures physiques, de mobilité et de télécoms qui soient au niveau. La 5G est par exemple critique pour l'industrie et il est clair que d'aider à l'installer n'est plus un débat. La Région peut être là pour accompagner et faire pression sur les opérateurs afin qu'ils maintiennent le rythme, voire même qu'elle fasse jouer l'exception pour qu'elle s'y substitue si nécessaire.

Nous souhaitons également, dans le cadre de France Relance, allouer 250 millions à un fonds de dépollution urbaine des friches industrielles dans lequel la Région pourrait abonder, aux côtés d'autres partenaires, comme les communes et EPCI. Cela permettrait notamment d'encourager des entreprises, n'ayant pas les moyens de prendre en charge des travaux de dépollution, de venir s'installer dans des villes moyennes, en mettant à leur disposition des terrains viables. Car il en existe des centaines, voire même des milliers en AuRA.

L'accompagnement des entreprises est aujourd'hui une prérogative de la Région, à travers notamment son agence de développement économique régionale : que faut-il améliorer selon vous ?

Nous souhaitons mettre en place, conjointement avec les CCI, des services d'ingénierie aux services des PME et TPE pour les aider à monter des dossiers européens qu'elles ne parviennent pas à réaliser seules, en vie de les accompagner vers des sujets de robotisation et de transition numérique par exemple.

Sur ce type de dossier également, la Région doit arrêter de tirer la couverture à elle et se placer au service des organisations qui existent déjà, afin de les accompagner sans se substituer. Car il existe déjà des acteurs proches du terrain et reconnus des entrepreneurs, comme les CCI que j'appelle moi-même les Chambres de Commerce et surtout d'Innovation, et il ne sert à rien de créer des couches supplémentaires.

C'est d'autant plus important qu'une fois que l'on aura repris pied, nous devrons utiliser cette période pour accélérer et assurer la pérennité de nos entreprises. C'est le fameux « 30 mois » que nous prévoyons : nous avons deux années pour mettre le turbo sur l'amélioration de la compétitivité des entreprises. Il n'est pas normal que dans une région comme la nôtre, on soit passés, en l'espace de six ans, de seulement 240 à 270 milliards d'euros de PIB. Je me suis fixé un objectif de croissance à deux chiffres tout au long du prochain mandat régional, tous secteurs cumulés.

Justement, la région AURA fait partie de ces « super régions » à avoir fusionné, suite à la réforme territoriale de 2015 : cinq ans plus tard, quel regard portez-vous sur cette opération d'un point de vue économique ?

J'ai construit ma carrière professionnelle en faisant des fusions, et c'est un sujet sur lequel il faut de l'énergie et une détermination, ainsi qu'un sens du dialogue. Quand on voit qu'actuellement, Laurent Wauquiez s'est contenté de dire qu'il ferait tout pour l'Auvergne : cela décrit sa mentalité. Il n'a jamais eu l'intention de réussir la fusion, mais plutôt de diviser pour mieux régner. La fusion, c'est un engagement.

Le bilan que j'en tire, c'est qu'il n'existe aujourd'hui aucune réalité à l'identité collective de la région. Pour cela, il faudrait rétablir le cordon ombilical entre les deux, à travers notamment la ligne Lyon-Clermont, dont l'amélioration est indispensable.

Il faut encourager les auralpins à travailler ensemble, en ayant une plateforme de dialogue afin que les ex-Auvergne et l'ex-Rhône-Alpes, sans qu'ils ne perdent pour autant leur identité. J'ai rencontré récemment les fondateurs d'une entreprise en pointe dans la recherche de batterie (Verkor, ndlr) qui souhaitent implanter un projet de gigafactory, pour lequel ils ont besoin de 150 ha à plat comme Elon Musk...

Nous savons tous ce que cela n'existe pas à Grenoble, il faudrait donc faire travailler aux côtés de la Région les acteurs de la plaine de l'Ain, de la Drôme ou encore du Rhône avec Satolas. Le développement économique, ce n'est pas juste de donner une enveloppe, il faut faire de l'ingénierie.

Auvergne Rhône-Alpes se positionne cependant comme une région déjà considérée comme « forte » du point de vue de son tissu économique et industriel. Quels sont les champs et filières sur lesquels la Région doit encore accélérer selon vous ?

Je vois trois grands axes, à commencer par le développement de l'énergie décarbonnée. Nous devrons continuer à investir dans le nucléaire pour améliorer les équipements dont nous avons encore besoin, mais il faut être en capacité de transférer les savoir-faire vers d'autres filières comme l'hydrogène, qui muriront sur une échelle de 30 ans.

Pour cela, on a besoin de conserver et développer toute la valeur ajoutée de l'hydrogène décarboné, comme les compétences que nous avons déjà au niveau régional autour de l'électrolyse de l'eau, avec des décennies de production aluminium.

C'est aussi s'appuyer sur des bassins comme la Drôme et sa micromécanique de précision, sur des acteurs du Puy-de-Dôme comme Michelin, sur la recherche grenobloise ou les constructeurs de la vallée du Rhône, comme Renault ou Volvo. Pour cela, il faut que la Région puisse intégrer systématiquement ces nouvelles énergies dans ses plans, avec l'objectif de non pas diriger, mais d'encourager le développement de ces filières.

Nous avons également le domaine de la santé, qui peut aller de l'agriculture biologique et la transformation alimentaire, jusqu'à la production de molécules complexes afin d'améliorer la santé et la qualité de vie. Le troisième exemple que je prendrai est celui des animaux, puisqu'AuRA dispose d'une école vétérinaire de référence, de grandes capacités d'élevage et d'une forte biodiversité. Avant de faire de l'agribashing, on oublie bien souvent que les agriculteurs et leurs animaux sont les meilleurs écologistes de France, en matière de vaccination, de traçabilité, de qualité, etc. Toutes ces richesses se trouvent sur notre territoire et sont à révéler.

Plus que jamais, cette campagne 2021 sera également marquée par la thématique du développement durable, qui fait également suite à la vague verte enregistrée lors des dernières élections municipales. Que défendez-vous sur ce terrain ?

Depuis longtemps, je considère que le développement durable n'est plus du tout un mouvement politique, c'est plutôt la nouvelle révolution industrielle. Je suis « écologie native » après avoir été digital native.

On parlera bientôt d'ici quelques années de ce que l'on pourrait nommer « l'éco-révolution » qui s'est amorcée en 2020. Ce sera quelque chose de banalisé, au même titre que la révolution industrielle.

Mais je suis convaincu que ce type d'engagement passera par des innovations technologiques afin que l'on consomme moins d'énergie, comme avec la 5G par exemple, qui peut être utilisé dans ce sens. C'est la même chose du côté de la robotisation des entreprises, qui peut servir à optimiser les process et à gâcher moins d'énergie. Or, ce n'est pas du tout ce que l'on entend dans le discours écologiste aujourd'hui.

Lorsqu'on parle de politique justement, en AuRA, l'alliance n'est pas de mise à deux semaines du scrutin, ni à droite, ni à gauche. En même temps, le RN arriverait en seconde position lors du premier tour selon les sondages : n'est-ce pas un élément d'inquiétude pour vous ? Et également un risque de ne pas opter plus tôt pour une forme de rassemblement, comme en Région Sud ?

Chaque région a son identité propre et je pense qu'il faut arrêter de nationaliser les élections régionales. Pour autant, je suis fier que mon parti adhère à un front républicain lorsque l'extrême droite représente un danger pour un territoire. Je serai le premier catastrophé si l'un des lieux emblématiques de la France à l'international, qui héberge le festival de Cannes ou la Riviera, tombait aux mains du RN.

Mais en Auvergne Rhône-Alpes, nous avons la chance de voir que, même si le RN est deuxième, il n'engrange pas de dynamique supplémentaire au fil des sondages. En gros, le RN dispose d'un réservoir d'environ 20 % des voix, dont la moitié sont des personnes désespérées, auxquelles nous pouvons apporter une solution.

Mais nous ne sommes pas dans la même situation que les région PACA ou Hauts-de-France, où la dynamique du RN est très différente. Concernant la gauche, il existe chez nous une forme d'aberration avec des écologistes qui se disent contre le Lyon-Turin, les 5G, ou encore le nucléaire, et le Parti socialiste qui se dit pour ces trois sujets. Mais au soir du premier tour, ils comptent fusionner leurs listes. Que va penser un entrepreneur qui veut étendre son business au sud de l'Europe, ou un producteur d'énergie nucléaire qui a besoin de savoir si sa centrale va s'arrêter ou non ?

Vous alliez récemment vous-même jusqu'à prédire une "surprise" au second tour : sur quels facteurs basez-vous ce postulat ?

Précisément parce que je pense que cette espèce d'alliance contre nature entre Verts et Rouges a pu marcher, lors des élections municipales, en raison d'un déchirement de notre parti, mais l'on voit bien qu'aujourd'hui, nous avons réussi à relayer plus largement l'alternative que nous proposons, avec de réelles propositions et une forme de solidité.

Quant à Laurent Wauquiez, celui-ci n'est pas l'extrême droite mais c'est la droite extrême.

Nous sommes cependant en AuRA sur le territoire d'une droite humaniste, qui est celle représenté également dans le Nord de la France par Xavier Bertrand, ou par le passé par des gens comme Raymond Barre ou Pompidou.

Je pense donc que lorsque les électeurs seront dans l'isoloir, ils ne pourront pas oublier qu'ils ont face à eux la personne qui n'a pas dénoncé Peltier (le numéro 2 de LR, Guillaume Peltier, a déclaré porter "les mêmes convictions" que le maire de Béziers Robert Ménard, élu avec le soutien du Front national puis du Rassemblement national en 2020, assumant de fait un rapprochement avec les idées de l'extrême droite, ndlr).

Laurent Wauquiez aurait pu faire comme Xavier Bertrand et recadrer Peltier en expliquant que ce n'était pas sa droite. Mais ce n'est pas ce qu'il a fait.

De votre côté, vous serez soutenu ce vendredi par un ministre de votre « famille » politique LREM, Olivier Dussopt, en charge des comptes publics. N'est-il pas pour autant difficile de faire porter le bilan et les couleurs du gouvernement dans une campagne régionale comme celle-ci, en pleine crise sanitaire ?

Je suis issu du canal historique du macronisme, je n'en tire aucune gloire mais j'ai tout de suite été séduit par le projet de transformation qu'a proposé Emmanuel Macron et je continue de penser que dans la période que nous connaissons, il faut continuer ses transformations.

Pour moi, bien gérer ne signifie pas rester immobile. On ne peut pas dire aux gens : restez tranquille chez vous, on s'occupe de tout. Cette crise est une opportunité incroyable de retrouver une forme de dynamique en France et à l'échelle des territoires.

Je suis d'autant plus fier de porter les couleurs du président quand j'entends dire autour de moi, lors de mes visites sur le terrain, qu'heureusement que dans cette crise, les mesures d'aides ont été au rendez-vous. En bout de ligne, tout le monde a conscience que le « quoi qu'il en coûte » aura permis de sécuriser les emplois et l'économie française.

Cette transformation dont vous parlez ne s'est-elle pas pour autant heurtée profondément, à la mi-mandat, sur les murs du Covid-19 ?

Je pense que cette crise n'a pas touché notre capacité à aborder les transformations, mais l'a au contraire considérablement humanisée. Nous sommes passés d'un schéma où nous voulions juste montrer la carte et inviter les gens à s'y rendre, à les prendre davantage par la main pour les y conduire. Mais il s'agit du même chemin.

Nous vivons aujourd'hui un moment rare de l'histoire qui est aussi une forme de renaissance. Il est certain que la prochaine génération vivra radicalement différemment de la nôtre. Notre devoir est donc de préparer le terrain et de ne pas mélanger les symptômes de la crise avec les causes profondes.

Sur la sécurité, le civisme et le rétablissement des savoir-être - à travers notamment, la proposition de rétablir le service civique universel- seront la réponse sur le long terme, de même que sur le plan de l'écologie, le développement technologique sera la réponse. Il ne faut pas pour cela se contenter de mettre trois ou quatre panneaux photovoltaïques : il faudra nécessairement avoir une vision sur le long terme, et creuser un sillon profond.

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Commentaires 2
à écrit le 05/06/2021 à 11:43
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Ben s'il veut passer devant les deux premiers mieux vaut éviter les poncifs éculés de ce genre à l'ère d'internet hein...

à écrit le 05/06/2021 à 9:03
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LREM c'est dommage. C'est un personnage politique de confiance. Je le verrai bien au RN comme Theirry MARIANI.

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