Levées de fonds : les startups d’AURA tiennent leur rang, tandis que d'autres territoires explosent les compteurs

DECRYPTAGE. A l’issue d’une année 2021 déjà jugée "historique" en termes de montants levés par les jeunes pousses de la Tech française, 2022 ne semble pas placée sous le signe du ralentissement. Les startups d'Auvergne Rhône-Alpes auront levé 109 millions d'euros au sein de 20 deals clôturés sur les trois premiers mois de 2022, soit des hausses respectives de +33% et 78% par rapport à la même période en 2021, selon le dernier baromètre d'In Extenso Innovation Croissance et de l'ESSEC Business School. De quoi permettre à l'écosystème de conserver la 2e place derrière l'Ile-de-France en volume, mais pas en montant, où la concurrence s'avère désormais rude à la maille régionale. Explications.

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Cette année, la particularité est aussi que certaines régions comme les Hauts-de-France ou les Pays de la Loire ont bouclé des levées jugées exceptionnelles de plusieurs centaines de millions d'euros, dès le premier trimestre, admet Nicolas Forey, du cabinet In Extenso Innovation Croissance. De quoi apporter une forte concurrence à la région Auvergne Rhône-Alpes, habituée à truster la seconde place des classements.
"Cette année, la particularité est aussi que certaines régions comme les Hauts-de-France ou les Pays de la Loire ont bouclé des levées jugées exceptionnelles de plusieurs centaines de millions d'euros, dès le premier trimestre", admet Nicolas Forey, du cabinet In Extenso Innovation Croissance. De quoi apporter une forte concurrence à la région Auvergne Rhône-Alpes, habituée à truster la seconde place des classements. (Crédits : DR)

Les cordons de la bourse ne se resserrent pas sur le terrain de l'investissement dans l'innovation. Deux années après le démarrage de la crise sanitaire, le léger coup d'arrêt rencontré, au cours des premiers mois de 2020, n'aura finalement pas ralenti les intentions des investisseurs.

Après une année déjà jugée "historique" en termes de montants levés par la Tech française en 2021, 2022 se dirigerait-elle sur le même chemin ? C'est en tous les cas la première tendance qui semble se dessiner sur le premier trimestre 2022, où les startups de la French Tech sont parvenues à réunir "un niveau record de 5 milliards d'euros, dépassant ainsi le montant total de l'année 2020 établi à 4,7 milliards d'euros", comme le révèle le dernier baromètre des levées de fonds sur le premier trimestre 2022 établi par le  cabinet In Extenso Innovation Croissance et l'ESSEC Business School.

Soit une hausse sur tous les tableaux ou presque : +259% de croissance sur les montants levés, +173% de ticket moyen levé, ou encore +21% en nombre d'opérations par rapport à la même période en 2021...

Des chiffres qui placent ainsi la France à la deuxième place du podium des pays européens en matière de levées de fonds, devant l'Allemagne et derrière le Royaume-Uni.

"La French Tech ne s'est jamais aussi bien portée, avec l'annonce récemment de l'émergence de sa 26e licornes, alors qu'il y a quelques années, on peinait à en faire émerger une ou deux", observe Nicolas Forey, associé et directeur en région Auvergne Rhône-Alpes d'In Extenso Innovation Croissance.

Auvergne Rhône-Alpes maintient (en partie) ses positions

Et en ce début d'année, la région Auvergne Rhône-Alpes occupe toujours le haut du tableau, notamment en volume, avec 20 opérations et un montant total de 109 millions d'euros levés, pour un ticket moyen de 5,45 millions d'euros. Elle avait atteint, pour rappel, un montant total de 482 millions d'euros investis sur l'ensemble de l'année 2021.

De quoi la placer, toujours, en seconde position derrière l'Ile-de-France en matière de nombre de levées de fonds, même si en ce début d'année, elle "décroche" cependant à la cinquième position si l'on prend en compte le montant des fonds levés.

Car sur ce terrain, Auvergne Rhône-Alpes se fait coiffer au poteau à la fois par l'Ile-de-France (3,9 milliards), mais aussi par les Hauts-de-France (337 millions), les Pays de la Loire (257 millions) et la Nouvelle-Aquitaine (142 millions).

Ces résultats sont cependant à nuancer à plus d'un titre : d'abord, car le début d'année est une période jugée habituellement "assez calme" en matière de levées de fonds et s'appuie, de fait, sur une poignée d'opérations plus réduite, alors que l'on connaît à contrario souvent une très forte accélération en fin d'année, comme le rappelle Nicolas Forey.

"De plus, nous avons aussi cette année une particularité : certaines régions comme les Hauts-de-France ou les Pays de la Loire ont bouclé des levées jugées exceptionnelles de plusieurs centaines de millions d'euros dès le premier trimestre, ce qui les a propulsé à un montant et un rang qui n'est pas habituel, et qui pourrait être revu en cours d'année". Il cite en exemple le cas des Hauts-de-France, où la pépite Exotec Robotics aura ainsi levé 335 millions de dollars début 2022.

C'est pourquoi le cabinet estime que cette première tendance de début d'année n'en constitue pas moins une "très belle performance" pour les pépites d'AURA, qui améliorent ainsi leur score, à la fois en nombre d'opérations (+33%) mais également en montants levés (+78%) par rapport au premier trimestre 2021.

Avec des investissements qui demeurent, sans surprise, tirés par le département du Rhône (13 opérations), suivi de l'Isère, la Haute Savoie, et le Puy de Dôme (2 opérations dans chacun de ces départements), le tissu régional aura également bénéficié de la mise en lumière par l'actualité de plusieurs secteurs comme les transports, la cleantech, la santé, mais aussi la cybersécurité.

"Les premières opérations enregistrées en Auvergne Rhône-Alpes sont intéressantes car elles sont centrées sur les cleantechs et la cybersécurité. On constate que les incertitudes amenées par la guerre en Ukraine, le contexte actuel va plutôt concourir à créer de nouvelles opportunités, en accélérant notamment le marché des cleantechs, comme on le voit déjà à l'échelle nationale, où 800 millions d'euros ont déjà été levés. Cela va également développer de nouvelles opportunités pour les secteurs agri et agro", estime Nicolas Forey.

Sur les deux premières marches, deux leaders (birégionaux) se démarquent

A l'échelle régionale, le haut du tableau est d'ailleurs occupé par deux secteur mis en lumière par les enjeux actuels : avec, pour commencer, la startup Fifteen (née de l'acquisition du lyonnais Zoov par le spécialiste du vélo en libre-service francilien Smoove), qui a levé début mars 40 millions d'euros auprès d'Eiffel Investment Group, du fonds 2050, d'investisseurs indépendants et d'actionnaires historiques (le groupe Mobivia, Daphni, C4 Ventures, la Banque des Territoires, BNP Paribas Développement et Eric Carreel).

Objectif : proposer son réseau de "vélos augmentés" aux collectivités et reposant sur une technologie de recharge développée par Zoov, à travers une palette de différents services (vélos en libre-service, en location longue durée,  en gare, vélos touristiques, etc). La startup, qui vise rien de moins qu'à "gommer les frontières entre centre et périphérie", a d'ailleurs annoncé le déploiement de plus de 50.000 vélos dans une trentaine de villes à l'échelle mondiale, et se préparerait à recruter encore une soixantaine de personnes à Paris et Lyon, où elle compte déjà 140 salariés.

L'agri-biotech d'origine lyonnaise Elicit Plant, créé en 2017 par le rhodanien Olivier Goulay, et qui vise à prévenir le stress hydrique en promettant aux agriculteurs des gains de rendement allant jusqu'à 20 % (notamment pour les cultures de maïs et de soja), arrive également en seconde position après avoir bouclé un tour de table de 16 millions d'euros conduit par Sofinnova Partners, avec le soutien du fonds ECBF, de Bpifrance et de ses investisseurs historiques (Aquiti Gestion via son fonds Naco et Crédit Agricole CP). Elle avait débuté ses activités à Lyon, et y possède toujours ses fonctions financières après avoir décidé de transféré son siège fin 2021 en Charente, où se déroule désormais sa production, tandis que de premiers essais avaient été menés au Brésil et en Ukraine.

Doit-on d'ailleurs l'inclure nécessairement au classement des pépites auralpines en bout de ligne ? Sa présence au sein de ce classement peut en effet faire débat. Le cabinet In Extenso précise que pour sa part, c'est l'adresse figurant sur le  numéro SIREN qui a fait foi pour établir sa cartographie des forces régionales en présence, tout en nuançant :

"Les pépites qui commencent à avoir cette dimension sont rarement localisées à un seul endroit, l'important était surtout d'établir le fait qu'il existe un dynamisme inédite en ce début d'année à l'échelle française, et dont les startups d'Auvergne Rhône-Alpes en sont aussi l'illustration car elles auront enregistré une forte croissance en matière de montants levés (+78%) comme de nombre d'opérations (+33%) ", précise le cabinet In Extenso.

La suite du Top 5 à l'échelle régionale, campée par Lyon et Grenoble

En troisième place de ce classement régional, se place le lyonnais Hackuity, fondé en 2018 par d'anciens cadres dirigeants d'Orange Cyberdefense. Il a bouclé à la mi-mars un financement de 12 millions d'euros auprès de la branche d'investissement technologique de la multinationale Sonae IM, associée à la Banque des Territoires. Objectif : poursuivre le déploiement de son logiciel de détection des failles de sécurité, en France comme à l'export, et tout particulièrement aux Etats-Unis.

Autre lyonnais : la biotech Netri, qui développe des organes sur puce destinés à l'in­dus­trie phar­ma­ceu­tique, aux services R & D, et à la recherche acadé­mique, et qui a quant à elle conclu un tour de table de 8 millions d'euros auprès de ses investisseurs historiques (dont Poly­gone SA, la holding fami­liale de GL Events et des busi­ness angels privés), ainsi que de nouveaux inves­tis­seurs privés (Altana Inves­tis­se­ments, Netan­gels, Néovacs) et d'un pool bancaire (Bpifrance, CIC Place de l'in­no­va­tion).

Avec l'ambition de lancer désormais sa première unité de produc­tion pilote de dispo­si­tifs micro­flui­diques, avec le recrutement d'une trentaine de personnes à la clé, en plus de ses 34 salaires actuels. Elle envisage également de se tourner vers le développement de modèles biolo­giques cellu­laires humains, en intégrant de l'intelligence artificielle, d'ici la fin de l'année.

Enfin, l'enseigne iséroise spécialisée dans le cycle, Cyclable, vient de boucler un financement de 7 millions d'euros auprès de Calcium Capital et de son investisseur historique Roland Barthez, afin de consolider sa présence et même de s'implanter dans de nouveaux territoires tout en élargissant son offre de produits et services. Elle a déjà enregistré une croissance de +13% en 2021, pour un chiffre d'affaires de 60 millions d'euros, et dispose désormais de 64 points de ventes (dont 60 en France, 4 en Suisse).

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