Les biotechs à suivre 5/5. MaaT Pharma : la "star" du microbiote intestinal, bientôt en Bourse

SERIE 5/5. Auvergne Rhône-Alpes, terre de biotechs ? Cette semaine, La Tribune a sélectionné 5 pépites à suivre : parmi elles, trouvera-t-on le Moderna de demain ? Créée en 2014, la société MaaT pharma vise à restaurer efficacement un microbiote sain chez des patients en oncologie. Pionnière à l'échelle mondiale dans ce domaine, la jeune pousse vise depuis ce lundi une entrée en Bourse. Objectif : passer à l'étape d'industrialisation de sa technologie.

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Spécialisé dans le domaine de la transplantation fécale -encore méconnu du grand public-, le lyonnais MaaT pharma cultive l'ambition de restaurer un microbiote sain chez des patients en oncologie, en s'appuyant sur des micro-organismes. Avec l'espoir d'en faire un champ d'excellence français.
Spécialisé dans le domaine de la transplantation fécale -encore méconnu du grand public-, le lyonnais MaaT pharma cultive l'ambition de restaurer un microbiote sain chez des patients en oncologie, en s'appuyant sur des micro-organismes. Avec l'espoir d'en faire un champ d'excellence français. (Crédits : DR/MaaT)

(Publié le 01/10/2021 15:00 ; mis à jour le 4/10/2021)

Elle vient d'annoncer ce lundi  l'approbation de son document d'enregistrement par l'Autorité des Marchés Financiers (AMF), pour s'introduire sur le marché Euronext. La jeune pousse lyonnaise Maat Pharma, qui pourrait ainsi devenir "la première société thérapeutique du domaine du microbiote cotée", veut franchir une nouvelle étape.

Fondée fin 2014, la société MaaT pharma (Microbia as a therapy) compte désormais 3 produits en développement, dont deux en phase clinique. Elle s'est notamment intéressée très tôt au traitement des déséquilibres de la flore intestinale, appelée microbiote. Un domaine de recherche qui prend aujourd'hui de plus en plus d'importance, et dans laquelle la France peut encore espérer se tailler une place de choix sur la scène mondiale.

"J'ai tout de suite été convaincu du potentiel du microbiote car il y avait dans ma famille des personnes qui présentaient des troubles gastro-intestinaux", confie Hervé Affagard, fondateur et directeur général de MaaT Pharma. "J'ai mis un peu d'argent de ma poche et Seventure, un fonds d'investissement, a lui-même apporté 2 millions d'euros sur la table, ce qui nous a permis de lancer des études pré-cliniques en 2015".

Avec un défi particulier puisque MaaT pharma s'attache à traiter avant tout écosystèmes jugés jusqu'ici fragiles, car ils peuvent être "stressés" par des facteurs internes ou externes.

"La particularité des médicaments que nous développons, c'est que le micro-organisme fait partie du traitement, la bactérie est vivante. Or, elle n'existe pas à l'oxygène, donc il faut la cultiver dans des milieux de préservation spécifiques", explique le directeur général.

La jeune pousse a donc développé des outils d'intelligence artificielle visant à mieux comprendre d'une part l'altération du microbiote intestinal, tandis que la seconde partie de son activité repose sur un processus de bioproduction.

Pour cela, elle a notamment commencé, dès 2015, à réaliser des essais sur les animaux, afin de montrer qu'il était possible de restaurer le microbiote intestinal, avant de déposer un essai clinique auprès de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

L'année suivante, la biotech a réuni 10 millions d'euros à travers une nouvelle levée de fonds. De quoi lui permettre de s'engager plus spécifiquement dans le traitement des cancers et de la maladie du greffon contre l'hôte (GVH), une complication grave survenant après une greffe de cellules souches hématopoïétiques, et pour laquelle MaaT pharma a déjà réalisé la preuve de concept chez des patients atteints de leucémie myéloïde aiguë, ainsi qu'un essai clinique de phase II pour la GVH aiguë.

Une forme de "caca synthétique"

Depuis, la jeune pousse poursuit ses développements et a réuni une enveloppe de 25 millions d'euros en 2020 suivie, en juillet dernier, d'une subvention, accordée dans le cadre du plan France Relance, à hauteur de 1,9 million d'euros.

Avec, parmi ses actionnaires historiques, Seventure Partners, Health for Life Capital,
SymBiosis, Biocodex, Bpifrance, via le fonds PSIM et Crédit Mutuel Innovation.

Actuellement, MaaT Pharma, qui a mis en place la première plateforme européenne de transfert de microbiote fécal, dispose ainsi désormais de trois produits en développement : à commencer par son traitement par administration rectale, MaaT13, qui entre en essais cliniques de phase III pour l'Europe. "Il s'agit d'un traitement par administration rectale, fabriqué à partir de dons de microbiote collectés auprès d'individus sains". Elle a par ailleurs développé une version lyophilisée de ce traitement, administrable en capsule, MaaT33, ainsi qu'une autre technologie de rupture innovante, visant cette fois à fabriquer la même version de son produit, mais de manière synthétique.

"Grâce à la co-fermentation de bactéries en grande quantité, nous savons faire une sorte de 'caca synthétique'", résume Hervé Affagard. "Le potentiel d'industrialisation est très important. En France, nous sommes les seuls à faire cela et nous sommes pionniers à l'échelle mondiale !"

Un traitement qui entre pour l'heure dans la catégorie des produits biologiques, et qui n'est encore autorisé "que lorsque qu'aucune autre solution thérapeutique est efficace", glisse Hervé Affagard.

En parallèle, des essais cliniques vont être menés en 2023-2024, avec une mise sur le marché prévue à compter de 2025.

D'ici deux ans, MaaT pharma, qui produit actuellement à Lyon Gerland avec ses 37 salariés, envisage de monter une unité de production pour supporter le développement de ses produits.

La France en pointe dans ce domaine

Avec, comme coeur de cible visé en premier lieu, le marché de l'oncologie. "Nous avons une stratégie de niche notamment dans la GVH (2.000 patients), puis nous allons nous étendre à la transplantation de cellules souches (20.000 patients) et l'immunothérapie (200 000 patients), le tout au niveau mondial", prévoit Hervé Affagard.

Avec pour cela, une approche qu'il qualifie de "pragmatique" : "Nous voulons d'abord montrer que nos médicaments fonctionnent".

Les ambitions de la startup tombent à pic avec le rôle singulier que la France commence à jouer sur le terrain de la recherche sur le microbiote : "Beaucoup de startups ont émergé en France car la recherche académique est de très haute qualité. Le cadre réglementaire a été fixé pour les produits du microbiote dès 2014 par l'ANSM et il existe aujourd'hui un tissu important".

Il cite en exemple la création d'une Alliance promotion microbiote, désormais en marche, et qui comprend une vingtaine de sociétés. "C'est un encore un domaine où la France a la possibilité de prendre une position de leader, et il s'agit de la médecine de demain", fait-il valoir.

(avec ML)

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