Boostée par la crise, la filière du jeu vidéo recrute massivement à travers un job-dating

C'est une première pour l'industrie du jeu vidéo en Auvergne-Rhône-Alpes. Ce vendredi 18 juin, un immense « job dating », organisé par le cluster Game Only en partenariat avec l'agence Pôle Emploi Scènes et Images, a lieu en terre lyonnaise, sur le campus Région du Numérique. Au total, près de 300 postes sont à pourvoir, dans un marché qui fait face à l'accroissement de la demande mondiale en jeux vidéo.

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Toute personne qui a un Master ou un BTS en développement informatique peut postuler dans notre filière. Elle sera ensuite formée en interne sur les plateformes que nos entreprises utilisent, affiche le Cluster Game Only, qui propose ce vendredi un job-dating avec 300 postes à la clé, en partenariat avec Pôle Emploi.
"Toute personne qui a un Master ou un BTS en développement informatique peut postuler dans notre filière. Elle sera ensuite formée en interne sur les plateformes que nos entreprises utilisent", affiche le Cluster Game Only, qui propose ce vendredi un job-dating avec 300 postes à la clé, en partenariat avec Pôle Emploi. (Crédits : Getty)

Pour une première, le Cluster Game Only a vu grand. En partenariat avec Pôle Emploi, ce cluster qui fédère plus de 80 entreprises de la filière du jeu vidéo en Auvergne-Rhône-Alpes est à la tête d'un job dating qui réunira, ce vendredi, près de 300 offres d'emplois à pourvoir dans son domaine.

"Et il y en aura encore davantage dans les mois et années à venir, car notre industrie est en pleine croissance avec beaucoup de projets qui ont vu le jour avec la crise sanitaire", détaille Mathilde Yagoubi, déléguée générale du cluster Game Only.

Née pour répondre aux besoins de recrutement de notre filière du jeu vidéo, cette initiative se tiendra au coeur du campus Région du Numérique de Charbonnières-les-Bains, situé en banlieue lyonnaise, et inauguré en début d'année.

En France, le jeu vidéo connaît une croissance de +11 % par an depuis 2018. En Auvergne-Rhône-Alpes, la filière est très dynamique et regroupe près de 16% des emplois du secteur, mais aussi les sièges d'éditeurs de renoms, comme Ubisoft, Bandai Namco Europe, Arkane Studios, Ivory Tower ou Electronic Arts.

Au total, près de 150 entreprises sont installées dans la région (dont 90 % sont historiquement basées entre Lyon et Villeurbanne). Elles emploient déjà 2.500 personnes à temps plein pour un chiffre d'affaires global de 800 millions d'euros, qui devrait s'afficher encore croître en 2021, selon les prévisions de ses principaux acteurs.

Produire davantage de jeux

"Nous sommes face à un phénomène mondial : de plus en plus de grosses compagnies ont besoin de contenus pour répondre aux besoins des joueurs. Nos entreprises ont donc besoin de produire des jeux, plus qu'avant, et pour cela, il faut des équipes", poursuit Mathilde Yagoubi.

Pour recruter, la filière se heurte notamment à un problème de visibilité de son industrie auprès du grand public."Nous voulons faire connaître aux gens la multitude de métiers à pourvoir et le fait qu'il ne faut pas forcément avoir fait une école de jeux vidéos pour postuler", insiste la DG de Game Only.

Parmi les postes recherchés, il y a en effet les métiers classiques, comme game designer, level designer ou animateur 3D, mais aussi tous les métiers du développement technique.

"Toute personne qui a un Master ou un BTS en développement informatique peut postuler dans notre filière. Elle sera ensuite formée en interne sur les plateformes que nos entreprises utilisent. Nous cherchons avant tout des personnes qui ont de bonnes bases et qui sont curieuses", précise Mathilde Yagoubi.

D'autres métiers, sont également recherchés, comme des responsables de ressources humaines ou des personnes spécialisées dans le marketing digital par exemple.

Développeurs et "technico-artistes" sont très prisés

Les entreprises qui recrutent sont également très variées.

"Cela va de la toute petite entreprise à la très grosse. Ubisoft Annecy a par exemple plus de 100 postes à pourvoir d'ici l'année prochaine. L'un des avantages de cette entreprise est qu'elle offre des perspectives de développement international très intéressantes pour les personnes qui ont envie de bouger. Arkane Studios recrute également, de même que de plus petits studios. Il y en a pour tous les goûts", estime Mathilde Yagoubi.

Selon elle, toutes les entreprises du bassin sont en réalité en pénurie de candidats : "elles recherchent notamment des salariés en développement technique. Il y a beaucoup de développeurs formés mais ils ne pensent pas forcément à notre filière", regrette-t-elle.

Parmi les métiers en tension, on retrouve notamment les « level designer », qui s'occupent du design des différents niveaux d'un jeu, mais aussi les métiers hybrides, principalement les technico-artistes.

"Il faut avoir la fibre artistique tout en coordonnant le travail avec les équipes techniques. Il y a un vrai besoin pour coordonner les équipes et avoir au moins une personne qui sache parler les deux langages. Toutes les personnes qui ont un background technique d'un côté et une bonne connaissance artistique sont très recherchées", assure Mathilde Yagoubi.

Ubisoft Annecy cherche aussi à renforcer ses effectifs

Un constat partagé par Stéphanie Chevillon, directrice des ressources humaines chez Ubisoft Annecy, qui recherche aussi bien des profils de développeurs type C++ (un langage de programmation), des artistes 3D, des designers, que des métiers hybrides entre fonctions créatives et de programmation.

"Sur les fonctions de programmation, nous pouvons faire appel à des personnes qui ont des expériences dans l'intelligence artificielle, le script, le hacking, etc. Nous souhaitons diversifier les origines et les background. Sur des métiers un peu plus artistiques, comme FX artistes (spécialisé en effets spéciaux), une connaissance du jeu vidéo est appréciée mais ce n'est pas une condition sine qua none", indique-t-elle.

Chez Ubisoft, les personnes recrutées bénéficieront généralement ensuite d'une formation en interne : "Nous développons à la fois notre jeu, mais aussi le moteur pour lire notre contenu, donc indépendamment de la formation de base, il faut se former sur nos moteurs développés en interne", précise-t-elle.

Ubisoft Annecy a ainsi posté 21 annonces en ligne sur le stand de Game Only. "Nous sommes dans une période de croissance, avec le lancement de notre jeu Riders Républic le 2 septembre prochain. Nous voulons diversifier notre portefeuille d'offres par les métiers et les talents qui nous rejoignent. Nous avons prévu une centaine de recrutements d'ici fin mars 2022", détaille Stéphanie Chevillon.

Selon les offres d'emploi, l'entreprise recherche aussi bien des jeunes diplômés que des personnes avec des profils plus seniors, plus internationaux.

Car si la pandémie mondiale a été un accélérateur pour le marché du vidéo, elle aura été plutôt un frein sur le terrain des recrutements, et notamment des talents internationaux qui n'ont pas pu franchir les frontières. Une situation renforcée par le Brexit, qui a ralenti la mobilité des candidats.

"Nous éprouvons aussi des difficultés car nous sommes dans un milieu excessivement concurrentiel. Il faut que nous puissions offrir à ces profils des avantages pour les attirer et les garder", confirme Stéphanie Chevillon.

Les conditions de travail, comme facteur différenciant

Plus que jamais pour attirer les candidats, Ubisoft sait qu'elle devra miser sur la qualité de vie au travail.

Et ce, alors qu'en juillet dernier, l'éditeur de jeux vidéo canadien avait été placé au coeur d'un scandale post Me too, après que des cadres aient été accusés d'agressions et de harcèlement sexuel dans plusieurs pays, conduisant ainsi au départ de plusieurs hauts responsables à l'échelle mondiale, dont son numéro deux et sa directrice des ressources humaines au niveau global.

Un épisode qui avait conduit le groupe à confier à l'été dernier la mission à son PDG Yves Guillemot de "superviser personnellement une refonte complète du mode de collaboration des équipes créatives". Au cours des derniers mois, "Ubisoft a engagé une transformation majeure de son organisation et de ses politiques et procédures internes, avec pour objectif de garantir à tous ses collaborateurs un environnement de travail sûr, inclusif et respectueux", assure Stéphanie Chevillon, DRH d'Ubisoft  Annecy. Pour cela, le groupe a mis en place des outils de signalement garantissant l'anonymat et accessibles à tous les salariés et "l'ensemble des allégations ont fait l'objet d'enquêtes indépendantes et approfondies, menées avec les conseils d'experts externes indépendants. Un certain nombre d'entre elles ont abouti à des mesures disciplinaires, allant jusqu'au licenciement", précise-t-elle.

Ubisoft a ensuite sollicité ses collaborateurs "pour libérer la parole et comprendre là où nous avons failli", ajoute-t-elle. Plus de 14 000 employés ont participé à une série d'évaluations à l'échelle du groupe, dont un questionnaire anonyme et 2 000 employés ont pris part à des groupes de discussion et à des séances d'écoute. En parallèle, le groupe a mis en place des outils de prévention et de formation "pour faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas" : formations obligatoires pour tous les collaborateurs pour les sensibiliser sur toute forme de comportement inapproprié sur le lieu de travail, code de conduite, modification des critères de performances des managers, pour y inclure des critères d'exemplarité et de responsabilisation sur ces sujets. Enfin, "nous avons initié une refonte en profondeur de notre organisation au niveau des ressources humaines, en faisant notamment venir des compétences extérieures, spécialisées dans les enjeux de croissance rapide et d'adaptation des organisations", souligne Stéphanie Chevillon.

L'entité mondiale semble  désormais aller de l'avant, en misant sur un socle de valeurs qu'il souhaite véhiculer :

"Le bien-être de nos collaborateurs et l'environnement de travail font partie intégrante de ce que nous proposons à nos candidats, en mettant également en place des dispositifs pour les accompagner tout au long de leur carrière", affiche la DRH d'Ubisoft Annecy.

D'ailleurs, pas question pour Ubisoft de gommer l'accès au télétravail, élargi durant la pandémie : il fera bien partie du futur cadre de travail de ceux qui le souhaitent. "Nous avons néanmoins 30 à 40 % des équipes qui reviennent occasionnellement au bureau car ils apprécient de travailler en équipe, de tester les jeux ou de fêter la sortie d'un nouveau jeu ensemble", indique-t-elle.

Pour faciliter un peu plus le quotidien de ses salariés, Ubisoft propose par exemple à ses salariés des places au sein de crèches partenaires pour ses salariés ayant de jeunes enfants, ou encore une prise en charge pour les salariés qui seraient également aidants de leurs proches, ainsi qu'un dispositif de dons de congés pour faire face aux accidents de la vie.

Le secteur se dote de sa propre charte

En parallèle, le Cluster Game Only a lui-même mis sur pied une charte sur la qualité de vie au travail, présentée officiellement le 18 juin.

"Il s'agit d'un événement pionnier car avec cette charte, nous avons créé un guide des bonnes pratiques à mettre en place dès le premier salarié ainsi qu'un outil d'auto-diagnostic, réalisé de toutes pièces avec les entreprises volontaires. A terme, nous aimerions arriver à un système de label, avec un outil fait par les entreprises de jeu vidéo", annonce Mathilde Yagoubi.

Avec une volonté de travailler non seulement sur la transparence des salaires mais aussi sur les plans de carrière, et notamment la formation continue. "Car recruter c'est une chose, mais il faut aussi retenir les gens et qu'ils grandissent en même temps que les entreprises, notamment les entreprises moyennes", estime-t-elle.

Car la filière fait face à un autre enjeu de recrutement de taille : la diversité des profils. "Il n'y a pas suffisamment de femmes dans le jeu vidéo, ni de profils issus de la diversité. Or, aujourd'hui, les joueurs et joueuses de jeu vidéo sont très variés, donc c'est un vrai enjeu pour nous, afin que les équipes représentent la société dans son ensemble", conclut Mathilde Yagoubi.

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