Campus Région du numérique à Lyon : une future "Silicon Valley" européenne ?

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Près de 52 millions d'euros ont été investis en AuRA dans ce vaisseau amiral du numérique, où se retrouvent tous les acteurs de l'écosystème. Avec une ambition de rayonner jusque sur la scène nationale.
Près de 52 millions d'euros ont été investis en AuRA dans ce "vaisseau amiral" du numérique, où se retrouvent tous les acteurs de l'écosystème. Avec une ambition de rayonner jusque sur la scène nationale. (Crédits : DR Zoé Favre d'Anne)
Hasard d'agenda, le gouvernement français a annoncé il y a quelques semaines en urgence sa stratégie nationale pour la cybersécurité, appelant notamment à la création d'un grand campus "Cyber" à la Défense. Chose déjà faite ou presque en Auvergne Rhône-Alpes, puisque la Région venait d'y installer son propre site regroupant l'écosystème du numérique. Alors que les acteurs de la filière cyber appelaient à ce que tout ne se passe pas à Paris, le Campus Région du numérique pourrait-il devenir un futur "hub" à l'échelle nationale ?

Dès son lancement fin 2018, le président LR de la région Auvergne Rhône-Alpes Laurent Wauquiez n'avait pas hésité à afficher une nouvelle fois son ambition : faire de ce projet de campus de 10.000 m2, situé en banlieue de Lyon, à Charbonnières-les-Bains, une "Silicon Valley européenne" capable de "concurrencer" le pôle américain, berceau des GAFA comme Google et Apple.

Un lieu qui devait permettre de rassembler étudiants, entreprises et départements de recherche qui travaillent sur les enjeux du numérique. Et cela tombe bien puisque, quelques jours avant son inauguration officielle, le gouvernement Macron avait dévoilé sa stratégie nationale pour la cybersécurité, marquée par une enveloppe d'un milliard d'euros visant à renforcer la filière hexagonale et à soutenir les hôpitaux et administrations, à la suite des attaques ayant touché les hôpitaux de Villefranche et Dax.

Et parmi ce plan figurait également la création d'un "Campus Cyber" à La Défense, comprenant une soixantaine des principaux acteurs publics et privés du secteur, afin de développer "écosystème de la sécurité, plus soudé et plus performant".

Lors de cette annonce, plusieurs acteurs auralpins de la filière cyber saluaient cette volonté tout en demandant à ce que tout ne soit pas centralisé à Paris. Et ils misaient justement pour cela sur la mise en route du nouveau Campus Région du Numérique, un méga projet de près de 50 millions d'euros, financé par la Région. Avec l'objectif de rendre ce site autonome et pérenne financièrement "d'ici six ans", générant ses propres revenus grâce à ses différentes activités de services, formations et hébergement.

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"Ce site est un vaisseau amiral pour l'ensemble de la région", a martelé Laurent Wauquiez, président de la Région Auvergne Rhône-Alpes lors d'une visite inaugurale menée cette semaine sur le nouveau site. Provisoirement installé en 2017 à Confluence, le Campus numérique a pris finalement ses nouveaux quartiers sur 11 hectares de terrain à Charbonnières-les-Bains, il y a tout juste quelques semaines, début janvier.

De la même manière que son homologue parisien, ce campus lyonnais veut accueillir désormais des organismes de formation, pôles de compétitivité, entreprises du numérique, ainsi que des équipements à la pointe de la technologie.

Avec, parmi les premières entreprises et organismes installés, l'école 42 de Xavier Niel, l'école des Mines, Minalogic ou encore Orange, qui font partie de ses résidents.

Un atout pensé pour le tissu économique local

Et pour cause, les objectifs de ce campus sont clairement orientés vers le monde économique local : "Proposer des formations pour répondre aux besoins des entreprises", "pallier le manque de main d'œuvre qualifiée", "accompagner les dirigeants d'entreprise et les salariés dans la découverte et l'intégration des technologies nouvelles", ou encore "améliorer les performances des entreprises en intégrant des outils et méthodes innovantes"...

"Nous sommes ravis d'être là. Nous étions aussi dans l'ancien campus mais, ici, c'est plus ouvert. Il y a plus de passage, ce qui va amener plus d'entreprises et développer la coopération", commente Jean-Eric Michallet, délégué général du pôle de compétitivité des technologies du numérique en AuRA, Minalogic. C'est justement pour créer une synergie que la Région a chercher à ressembler plusieurs compétences et maillons de la chaîne du numérique au même endroit.

Une partie de ce nouveau campus est ainsi dédiée à l'accompagnement à la transition numérique des entreprises. "Il faut que les chefs d'entreprises voient et testent les solutions numériques. [...] Le but est d'allumer des lampes, si vous êtes coutelier à Thiers ou dans le pastique à Oyonnax, ce lieu est fait pour vous", soutient le président de la Région. Xavier Olagne, en charge de la coordination du consortium de Diwii, installé dans le Campus abonde : "Nous nous inscrivons pleinement dans les ambitions du campus, qui sont d'accélérer la transition des entreprises vers l'industrie du futur."

Au rez-de-chaussée, une plateforme technologiques mutualisée avec des équipements à la pointe vient compléter l'offre pour les entreprises. La mutualisation de ces machines permet en effet d'y avoir accès plus facilement. "Nous avons a énormément d'atouts et de compétences rares très coûteuses", souligne Juliette Jarry, vice-président régionale déléguée au numérique.

Concernant le volet formation, le Campus accueille aujourd'hui près de 700 étudiants, et vise les 1.500 à la rentrée prochaine. Une dizaine de formations initiales et continues sont déjà hébergées sur le site et une cinquantaine d'autres cursus, labellisés "campus numérique", seront dispensés à l'échelle de la région.

Selon les chiffres de l'instance, la région Auvergne Rhône-Alpes compte en effet 68.843 emplois et 4.262 entreprises dans le numérique. Mais "on estime qu'il existe au moins 5.000 postes ayant actuellement des difficultés à être pourvus au sein de notre région", commente Juliette Jarry. "Sans compter que des métiers vont naître de ces nouvelles technologies." Sur la cybersécurité notamment, devenu un axe fort du plan gouvernemental, les besoins sont appelés à augmenter, pour des compétences encore difficiles à trouver pour les entrerprises. "Notre objectif est de travailler à réduire la tension sur ce marché en axant sur la formation", avance la vice-présidente.

Un rayonnement national

Pensé tout d'abord à l'échelle du territoire régional, le Campus se pose désormais aussi comme un fer de lance au niveau national. Orange y a par exemple installé un de ses sept 5G Lab de France : le seul à être hors des murs de l'entreprise et le premier à ouvrir en région.

"Il existe ici un écosystème sur lequel on peut s'appuyer pour travailler en partenariat sur des enjeux de R&D et de prototypage, afin que la 5G s'intègre dans les solutions. On travaille déjà en co-création avec des grands groupes, mais sur ce campus, tout le monde peut apporter ses compétences et c'est un concept qui n'existe nulle part ailleurs", détaille Christel Fauché, de la division innovation d'Orange et responsable de ce 5G Lab.

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Au deuxième étage du bâtiment principal, des espaces seront dédiés à la location à courte et longue durée. Cela peut aussi servir de pied-à-terre "pour les entreprises qui veulent venir s'installer à Lyon et voir comment cela se passe", anticipe Juliette Jarry.

Reste néanmoins une question à travailler : la desserte de ce campus, appelé à croiser les expertises, par les transports en commun. Pensé pour être situé comme un hub à une dizaine de kilomètres à l'Ouest de Lyon, sa desserte en transports en commun (train, bus, navettes, voiture partagées ...) devra être encore améliorée afin de rendre ce lieu vraiment incontournable. Tout cela fait partie du "vaste sujet de la desserte de l'Ouest lyonnais", admet le président de Région, qui affirme que la  fréquence des bus a d'ores et déjà été augmentée et reconnaît qu'il sera nécessaire de renforcer également les liaisons avec le centre de Lyon.

Le tout en s'appuyant sur le développement du projet de RER à la lyonnaise, pour l'heure pas encore amorcé ? Un arrêt est déjà envisagé sur les derniers plans communiqués justement par le collectif soutenant le projet (REM Lyon). Reste à savoir s'il sera bel et bien acté, et à quel horizon.

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