Dépôts de brevets : la (très) bonne performance d’AuRA malgré la crise

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Si la France et plus particulièrement la région AuRA ont tiré leur épingle du jeu durant cette année de crise dans le champs des brevets, « il existe encore un enjeu de rattrapage pour l'industrie européenne » face à ses concurrents asiatiques, note le chef économiste de l'Office européen des brevets.
Si la France et plus particulièrement la région AuRA ont tiré leur épingle du jeu durant cette année de crise dans le champs des brevets, « il existe encore un enjeu de rattrapage pour l'industrie européenne » face à ses concurrents asiatiques, note le chef économiste de l'Office européen des brevets. (Crédits : athree23 via Pixabay)
Chaque année, l’Office européen des brevets (OEB) dresse un état des lieux du nombre du nombre de brevets annuels déposés au sein de son baromètre de l’innovation. Si la pandémie a nécessairement affecté le secteur, bonne nouvelle : contre toute attente, la France demeurerait le second pays le plus innovant d’Europe (+ 3,1 %), tandis que la région AuRA occupe la 2e place sur la scène régionale, juste derrière l’Ile-de-France.

+ 10,2% : même en temps de crise, les entreprises et chercheurs de la région AuRA se sont montrés innovants. L'Office européen des brevets (OEB) en veut pour preuve la croissance du nombre de dépôts de brevets enregistrée au sein de la région Auvergne Rhône Alpes, qui passe ainsi à 1.463 demandes et lui permet de décrocher, en même temps, la seconde place derrière l'Ile-de-France sur la scène nationale. Loin devant la région PACA (458) et Occitanie (362).

Mais plus révélateur, c'est qu'AuRA a même mieux performé que la moyenne nationale en matière de dépôts de brevets : car avec une croissance du nombre de dépôts de +10% par rapport à l'année précédente, c'est près du triple de l'Hexagone, qui se situe à +3,1% (lui-même en seconde position au niveau européen, après l'Allemagne).

Avec une progression portée notamment par le Grand Lyon (284 demandes, soit une augmentation de + 27,9 %) et la métropole grenobloise (184 demandes, soit + 18,7 %), Auvergne Rhône-Alpes occupe le terrain.

Une tendance qui n'étonne pas vraiment Yann Ménière, chef économiste de l'Office européen des brevets, même si elle dénote par rapport à l'année précédente, où cette croissance n'avait été que de 0,7%.

« La région AuRA est un pôle de taille européenne, comparable aux autres grandes régions d'Europe. Et cette situation ne date pas d'hier, avec des forces qui se situent autour de Grenoble avec le CEA, mais également autour de Lyon avec un important pôle dédié à la santé et la chimie, ainsi que de puissantes universités ».

Le Covid comme moteur d'innovations concrètes

Selon lui, il est possible de faire un lien entre le boom enregistré par certains domaines boostés par la crise, comme celui de la pharmacie, et la situation favorable de la région Auvergne Rhône-Alpes.

« Le nombre de dépôts au sein du secteur pharmaceutique a cru de +10% au niveau européen, et de +22% dans ce domaine en France plus précisément ». Une réalité qui dédouanerait en grande partie la recherche française en santé des constats alarmistes.

« La France dispose de plusieurs acteurs, tels que l'Inserm, qui demeure le premier déposant européen pour l'OEB, mais aussi d'entreprises comme Sanofi, qui se classe comme le cinquième déposant français », reprend le chef économiste de l'OEB.

Et face au procès qui a été fait au laboratoire lyonnais, Yann Ménière se montre plus mesuré : « Nos chiffres démontrent précisément qu'un effort considérable a tout de même été investi durant cette période par le secteur pharmaceutique à l'échelle mondiale, mais également français en particulier, où l'on a d'ailleurs connu l'augmentation la plus importante du nombre de brevets déposés en Europe ».

Et d'ajouter : « On pense souvent que ne pas avoir un vaccin aujourd'hui signifie que la recherche a échoué : or, il y a eu durant cette période tout un tas d'innovations déposées, également en matière de respirateurs et technologies autour du Covid. Mettre au point un vaccin nécessite des années de recherche en amont. Que les travaux des laboratoires n'aient pas abouti dans l'horizon ciblé ne veut pas dire qu'ils ont été passifs », reprend-t-il.

Autre enseignement : la conjoncture ne suffit pas à perturber la R&D

Après une progression assez constante au cours des dernières années, de légers effets de la crise se sont fait sentir courant 2020, « mais ils étaient assez mineurs », précise Yann Ménière.

« Les entreprises qui déposent des brevets le font en regardant l'avenir, et en se projetant sur un horizon de 5 à 10 ans, qui demeure peu sensible à la conjoncture du moment », souligne-t-il.

Mais cela ne veut pas non plus dire qu'elles sont totalement immunisées contre le risque économique, reprend-il, évoquant notamment la possibilité qu'une crise, si elle devenait financière, n'affecte la capacité des entreprises à investir dans l'avenir.

Néanmoins, l'OEB observe pour l'heure une dynamique qui demeure forte sur la scène inetrnationale, provenant notamment de la Chine et de la Corée, qui continuent toutes deux d'investir et de faire croître le nombre de dépôts (+ 10 %), en lien avec les technologies de l'information et la communication, les 5G, ou encore l'Internet des objets.

De manière globale, le champ est un peu plus complexe pour « les pays européens, et notamment ceux qui sont dominés par certaines industries traditionnelles et en reconversion depuis plusieurs années comme l'automobile, où le nombre de dépôts chute », remarque-t-il.

De l'innovation à la souveraineté

Reste que les mois à venir, la dynamique de l'innovation hexagonale demeurerait cependant favorable, car alimentée par les cycles d'innovation en cours :

« Quand les dépenses de R&D augmentent, notre activité suit car les entreprises n'attendent pas d'avoir finalisé leur technologie pour faire appel à nous. Elles déposent habituellement un brevet à chaque progrès significatif », explique Yann Ménière.

D'autant plus que les entreprises procèdent souvent en plusieurs phases, en décidant d'assurer d'abord une protection de leur technologie à l'échelle de l'Hexagone, avant de l'étendre ensuite, au bout de quelques mois, à l'international.

« C'est pourquoi l'accélération de la recherche et développement liée au Covid va se faire sentir sur plusieurs années », prévoit le chef économiste de l'Office européen des brevets.

Sans compter que les ambitions portées par les plans de relance, en France, mais également à l'étranger, pourraient elles aussi alimenter cette tendance à la hausse.

« On voit déjà qu'une redistribution des cartes est en train de s'amorcer, vers les technologies vertes, les batteries, l'hydrogène, etc ».

Avec néanmoins là aussi, des enjeux de souveraineté nationale à relever : « Il est important que l'industrialisation de ces futures technologies puisse se faire sur des brevets dont la propriété intellectuelle ne soit pas uniquement concentrée en Asie, met en garde Yann Ménière. C'est pourquoi il existe encore un enjeu de rattrapage pour l'industrie européenne ».

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Commentaires
a écrit le 25/03/2021 à 9:00 :
Vous avez oublié de le mentioner.
qui est donc le pays en Europe qui depose le plus de brevet?

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