Les robots du stéphanois Siléane séduisent le conseil européen de l'innovation

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Sileane veut désormais passer à la vitesse supérieure pour enclencher l'industrialisation de son robot autonome, destiné au tri des déchets nucléaires.
Sileane veut désormais passer à la vitesse supérieure pour enclencher l'industrialisation de son robot autonome, destiné au tri des déchets nucléaires. (Crédits : DR)
NUCLEAIRE. La PME stéphanoise, spécialiste de la robotique et de la vision industrielle, a tapé dans l'œil du conseil européen de l'innovation. Elle figure ainsi parmi les 4 entreprises françaises retenues, dans le cadre de l'EIC Accelerator Pilot, sur les quelque 4.200 candidates au niveau européen. La subvention de 2,3 millions d'euros, assortie d'une prise de participation de la Banque européenne d'investissement, doit lui permettre d'industrialiser son robot autonome de tri de déchets nucléaires.

Opérationnel depuis deux ans, son prototype est installé à la Hague, pour le compte d'Orano, un acteur majeur de l'énergie nucléaire, filiale d'Areva.

Après avoir investi plus de trois millions dans le développement de cette innovation au cours des six dernières années, Sileane veut désormais passer à la vitesse supérieure pour enclencher l'industrialisation de son robot autonome, destiné au tri des déchets nucléaires.

Dans cette perspective, la PME stéphanoise de 90 salariés (CA 2020 : 8 millions d'euros) peut désormais compter sur un soutien de taille. Elle vient en effet d'être retenue par le conseil européen de l'innovation, dans le cadre de son dernier appel à projets EIC Accelerator Pilot (ex Instrument PME du programme Horizon 2020).

Au total, près de 4.223 entreprises européennes avaient postulé à ce très sollicité programme, mais 38 seulement ont été retenues, dont quatre françaises. Dans ce cadre, Siléane va ainsi percevoir une subvention de 2,3 millions d'euros, presque le plafond de 2,5 millions d'euros fixé pour ce programme.

"Cet argent va nous permettre de poursuivre la R&D sur l'aspect intelligence artificielle et nous permettre de nous structurer, de décrocher toutes les habilitations nécessaires pour pénétrer ce monde très réglementé du nucléaire. Elle nous permettra aussi d'agrandir nos locaux d'ici deux ans", commente Hervé Henry, fondateur et dirigeant de l'entreprise.

Lire aussi : Robotique industrielle : Siléane concrétise sa nouvelle stratégie de croissance externe

Cette subvention sera doublée, dans un deuxième temps, d'une prise de participation au capital de la Banque Européenne d'Investissement. Il s'agira de la première ouverture de capital de Siléane, détenue à 100% par son fondateur.

12 millions de m3 de déchets nucléaires à trier en 2050

Le jeu en vaut la chandelle. " Ce marché du nucléaire évolue très lentement, nous n'attendons pas de retour avant 10 à 12 ans, il s'agit donc d'une vraie opération de pérennisation de notre activité sur le long terme", poursuit Hervé Henry en avançant un potentiel de chiffre d'affaires supplémentaire à cet horizon de plusieurs dizaines de millions d'euros.

Car le marché est gigantesque : on estime aujourd'hui à 4 millions de mètres cubes le volume de déchets, dans le monde, issus de l'exploitation des centrales et, surtout, de leur démantèlement. Ce volume devrait grimper à 12 millions de m3 d'ici à 2050.

"Aujourd'hui, ces déchets sont triés manuellement par des bras de téléopération contrôlés par des techniciens à travers des murs d'un mètre d'épaisseur. Notre robot est capable de se gérer seul, en toute autonomie. Il peut identifier sur l'image un élément et le déposer sur un convoyeur, caractériser la matière etc. Il ne s'agit pas seulement de gérer de l'aléatoire mais bien de l'inconnu. Grâce à l'IA, il apprend au fur et à mesure qu'il travaille".

En attendant que ces marchés se concrétisent, le spécialiste stéphanois de la robotique et vision industrielle, - récemment identifié par une étude Xerfi comme un des roboticiens les plus installés en France -, poursuit sa stratégie de développement. Il vient ainsi de remporter un important marché de plusieurs millions d'euros (montant précis non communiqué) avec un fabricant français de paracétamol pour une nouvelle ligne de conditionnement.

Un marché de la robotique qui se démocratise

"En 2020, nous avons enregistré des décalages de commandes, ce qui explique une baisse de notre chiffre d'affaires (passé de 11,2 millions d'euros en 2019 à 8 millions d'euros NDLR) mais notre volume d'activité n'a pas ralenti en revanche. L'export, qui représentait 35% de notre CA, a été presque entièrement stoppé, nous avons compensé avec des marchés français".

Siléane compte aussi s'appuyer sur un maillage du territoire pour toucher des marchés plus modestes. "Aujourd'hui, sur notre site historique de Saint-Etienne, nous travaillons sur des projets de plus de 500.000 euros. Au-delà de 200 kilomètres de distance, nous ne sommes plus compétitifs pour des projets plus modestes. Or, le marché de la robotique s'est démocratisé, de plus en plus de projets de 100 à 500.000 euros émergent, nous devons nous mettre en capacité d'y répondre".

Lire aussi : Industrie du futur : comment Siléane renforce ses robots avec l'Intelligence artificielle

Comment ? En créant ou reprenant des sites en France, en Allemagne, en Suisse. La première pierre à l'édifice avait été mise courant 2020 avec la prise de participation au capital de la PME lyonnaise Robsys. "Nous sommes en veille, d'autres opérations pourraient déboucher dans les prochains mois". Sous 5 ans, Siléane vise un chiffre d'affaires de 30 millions d'euros avec 200 salariés.

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