Ce que veulent les agriculteurs de montagne pour la prochaine PAC

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Les massifs français demandent notamment la reconnaissance de toutes les surfaces comme outils de production, y compris les surfaces pastorales qui représentent 2,2 millions d'hectares valorisés par plus de 35.000 exploitations.
Les massifs français demandent notamment la reconnaissance de toutes les surfaces comme outils de production, y compris les surfaces pastorales qui représentent 2,2 millions d'hectares valorisés par plus de 35.000 exploitations. (Crédits : DR)
MANGER AUTREMENT (3/5). Des agriculteurs et l’association des élus de la montagne (ANEM) des Alpes, de Corse, du Jura, du Massif central, des Pyrénées et des Vosges unissent leurs voix pour proposer une feuille de route collective pour la prochaine Politique Agricole Commune (PAC), prévue pour 2023. A travers l'édition d'un livre blanc, ils souhaitent notamment que la future PAC soit capable de lisser les différences entre les territoires.

Les élus et les agriculteurs de montagne en sont convaincus : les modèles d'agriculture des massifs français dessinent les systèmes de production de demain.

"Ainsi, dans une PAC qui se veut plus "verte" et plus "juste", l'ANEM et les Professionnels Agricoles des massifs français ont décidé d'unir leurs voix, leurs atouts et leurs propositions pour une meilleure prise en compte des enjeux de l'agriculture et des territoires de montagne dans la mise en œuvre française de ce règlement européen" annonce Pascale Boyer, Secrétaire Générale de l'ANEM, Députée des Hautes-Alpes.

Au cœur des propositions du livre blanc présenté par l'ANEM et les professionnels Agricoles des Pyrénées, des Alpes, du Jura, de la Corse, des Vosges et du Massif central se trouve en premier lieu le maintien des aides couplées du premier pilier et de l'Indemnité Compensatoire de Handicaps Naturels (centrée sur l'élevage), dont dépendent entièrement la survie de leurs exploitations. Ainsi "qu'à travers elles, des innombrables services qu'elles rendent aux populations, aux territoires et à l'environnement", soulignent les élus.

Une agriculture de montagne "précarisée"

"Car si l'agriculture des massifs génère en effet un potentiel économique de 8,5 milliards d'euros, 10 milliards d'euros de service non-marchand et plus de 250.000 emplois directs, elle n'en demeure pas moins précarisée par des écarts de compétitivités inhérents au relief et au climat montagnard et la mise en concurrence avec des filières d'élevage aux modalités de production moins onéreuses et moins respectueuses de l'environnement et du bien-être animal", précise Dominique Fayel, représentant de l'IAF Massif Central, éleveur en bovin viande, Fdsea de l'Aveyron.

Les textes européens brandissent l'agriculture de montagne comme un modèle d'avenir mais les arbitrages nationaux inquiètent les agriculteurs et les élus des zones de montagne.

La France prépare sa feuille de route puisque chaque État-membre de l'Europe doit se doter d'un plan stratégique national (PSN PAC) unique, définissant les interventions et les modalités de mise en œuvre de la PAC à l'échelle nationale.

Les élus et les agriculteurs des zones de montagne craignent cependant qu'une baisse de l'ICHN et des aides couplées n'intervienne à l'échelle nationale, ainsi que la remise en cause d'autres aides, notamment celle concernant les surfaces pastorales.

"Grand nombre d'exploitations agricoles sont en sursis faute de prix rémunérateurs, face à la répétition des aléas climatiques, faute d'un renouvellement suffisant des générations... Nos exploitations de montagne sont particulièrement touchées", alerte Jérémy Jallat, représentant de l'IAF Alpes, éleveur laitier en Isère, VP Jeunes Agriculteurs AURA.

Selon lui, dans des filières d'élevage bovin ou ovin, laitiers comme allaitants, ce sont plus de 2.000 exploitations qui ferment leurs portes chaque année dans le plus grand silence. "Avec eux, plusieurs dizaines de milliers d'emplois sont menacés et c'est toute une ruralité qui s'écroule", ajoute-il.

Un modèle de PAC qui aide moins les petites surfaces

Actuellement, le premier pilier de la PAC concerne les aides directes aux agriculteurs ; 85% de ces aides sont distribuées en fonction de la surface des fermes, indépendamment de ce qu'elles produisent : plus la ferme est grande, plus l'agriculteur touche d'aides. En zone de montagne, les fermes sont plus petites en surface qu'en plaine, donc moins aidées. Les 15% restants dépendent de la production, ce sont les aides couplées.

Le second pilier est consacré au développement rural. Il participe au financement de la modernisation des exploitations agricoles et à certaines aides à l'installation. C'est dans ce deuxième pilier que l'ICHN aide spécifiquement les zones à handicaps naturels, comme les zones de montagne ou encore l'agriculture biologique et des mesures dites agro-environnementales.

Les agriculteurs des zones de montagne défendent ainsi l'idée que leur « modèle » de production possède des atouts pour répondre concrètement aux enjeux en matière d'agriculture et d'alimentation : réussir à concilier souveraineté alimentaire - par la présence d'actifs agricoles sur tous les territoires - et durabilité.

Les 50.000 exploitations des massifs français, souvent familiales et de petite taille, contribuent au vivier de l'emploi et représentent 250.000 actifs liés à l'agriculture et à la transformation agroalimentaire. Dans les territoires ruraux, un actif agricole induit en moyenne sept emplois indirects. Ce tissu social permet de maintenir une qualité de vie et des services publics essentiels au quotidien.

Horizon 2023

Face à des arbitrages nationaux qui les inquiètent, les massifs français rappellent leurs positions pour la PAC 2023.

"L'agriculture de montagne a été désignée à tort comme la « grande gagnante » de la réforme de 2015 alors que les montants perçus par les bénéficiaires montagnards restent inférieurs à la moyenne hexagonale", remarque Dominique Fayel.

Depuis les années 60, les objectifs des subventions versées dans le cadre la PAC ont beaucoup évolué car celle-ci s'est enrichie de préoccupations environnementales. La réforme PAC 2014-2020 avait un peu harmonisé les aides et diminué le soutien aux exploitations à impact négatif sur l'environnement. Elle avait aussi baissé les avantages donnés aux exploitations productivistes, historiquement les plus aidées sans toutefois révolutionner les modes de production.

La puissance de lobbying des agriculteurs qui prônent encore des modèles intensifs reste importante. Face à eux, les exploitations à taille humaine installées dans des zones de montagne et les élus de ces territoires se serrent les coudes.

Conscients de ce qui se joue pour leur avenir, les massifs français demandent la reconnaissance de toutes les surfaces comme outils de production, y compris les surfaces pastorales qui représentent 2,2 millions d'hectares valorisés par plus de 35.000 exploitations.

Ils attendent également un versement sur la part productive des surfaces, un montant forfaitaire à l'hectare uniforme, quelle que soit la nature de la surface. Ils espèrent qu'elle compensera les écarts de marché, en maintenant des aides couplées à la production, "lesquelles peuvent représenter pour certains de nos éleveurs jusqu'à 80% de leurs revenus, mais qui permettent avant tout aux consommateurs d'accéder à des viandes et des produits laitiers d'excellence", rappelle Dominique Fayel.

En somme, ils souhaitent que la PAC "soit capable de lisser les différences pour hisser les agriculteurs et les territoires sur un même pied d'égalité en compensant les surcoûts de production liés aux handicaps naturels comme le relief, climat, altitude et qu'elle rémunère les systèmes déjà vertueux avant de récompenser ceux en voie de progression", conclut Jean-PIerre Vigié, Vice-Président de l'ANEM et député de Haute-Loire.

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a écrit le 21/03/2021 à 18:09 :
Toute les décisions dépendent du résultat des prochaines élections présidentielle et de la politique globale suivie par la France dans le domaine de l'agriculture et de l'écologie!
a écrit le 21/03/2021 à 11:17 :
La PAC est la subvention pour maintenir les prix bas à l'international en favorisant les grosses productions ,qui eux peuvent amasser suffisament de bénéfices pour être rentables. Par contre les prix bas pour les petites exploitations familiales , c'est la mort annoncée, croulant sous les crédits et l'impossibilité de mettre de l'argent dans le circuit sociale qui lui amène sa protection.
a écrit le 20/03/2021 à 11:40 :
La cour des cptes dénonce régulièrement les aberrations de la répartition des aides de la PAC en France, où selon Greenpeace , moins de 2% des exploitations bénéficient de plus de 30% des aides, sans que des critères efficaces sur le respect de pratiques vertueuses en matière d'environnement soient véritablement pris en cpte. Ce st les plus gdes et les plus rentables, exportatrices en céréales ou en élevage qui en bénéficient le plus et n'en ont pas forcément besoin, au détriment des exploitations de maraîchage ou d'élevage extensif, plus petites et dc moins rentables qui s'orientent à coup d'investissements élevés vers une agriculture raisonnée ou bio pour répondre aux besoins d'une clientèle en augmentation rapide de +en + avertie et exigente.
Avec de telles anomalies , la France continue à favoriser une agriculture exportatrice pas vraiment vertueuse ( crise du glyphosate, des néonicotinoïdes...) dt une partie des excédents viennent concurrencer les productions locales des pays émergents d'Afrique ou d'Amérique latine. Et on continue d'importer bon an mal an, près de 30% de nos besoins bio auprès de nos voisins d'Europe du sud ou du Maghreb !!!
On comprend dès lors que cette politique de gribouille agace superbement nos voisins européens qui disputent farouchement leur contribution pour tenter d'y remettre bon ordre.
a écrit le 20/03/2021 à 10:39 :
Heureusement que l'Europe à mis un frein au versement de la PAC aux agriculteurs français, qui consommaient à eux seul pratiquement la totalité de l'enveloppe. Ils menaient plus une vie de fonctionnaires grâce à la PAC que d’agriculteurs. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, l'on ne pouvait plus voir sur internet, ceux qui la percevaient, tellement les sommes étaient importantes.
a écrit le 20/03/2021 à 8:22 :
Peut-on faire mieux au sein du secteur agroindustriel à savoir ce qu'il se fait de pire en matière d’obscurantisme ? Non il faut supprimer la PAC et imposer des barrières protectionnistes afin de protéger les courageux agriculteurs qui ne veulent plus empoisonner les gens, qui veulent de nouveau que le goût reprenne enfin ses droits.

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