Avec son vaccin prévu en fin d’année, Sanofi veut s’inscrire dans un programme de « rappel universel »

STRATEGIE. Après avoir subi une intense campagne de « Sanofi Bashing », la big pharma française, qui héberge une large portion de ses effectifs sur le bassin lyonnais, voit désormais son projet de candidat-vaccin avec GSK entrer en phase finale d’essais, pour une sortie envisagée fin 2021. De quoi fournir les doses de rappels qui seront probablement nécessaires aux Français, mais également aux marchés internationaux, d'après le numéro Un du groupe, Olivier Bogillot, qui revient sur la stratégie à venir.

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En plus de se mettre dès à présent en ordre de marche pour commencer à produire plusieurs dizaines de millions de doses de son candidat-vaccin à protéines recombinantes d'ici la fin d'année, Sanofi souhaite aller jusqu'au bout du développement de son second projet de vaccin à ARNm, ne serait-ce que pour intégrer cette plateforme technologique à son offre.
En plus de se mettre dès à présent en ordre de marche pour commencer à produire "plusieurs dizaines de millions de doses" de son candidat-vaccin à protéines recombinantes d'ici la fin d'année, Sanofi souhaite aller jusqu'au bout du développement de son second projet de vaccin à ARNm, ne serait-ce que pour intégrer cette plateforme technologique à son offre. (Crédits : DR)

Olivier Bogillot est bon joueur, même si tout de même, il ne cache pas que les derniers mois qu'il a passé ont été éprouvants. Le numéro Un de Sanofi en France n'a pas tremblé et a même enchaîné les prises de positions, alors que la tempête du « Sanofi bashing » faisait rage. Qu'à cela ne tienne : quelques semaines plus tard, le groupe garde son cap et annonce l'entrée en phase 3 de son candidat vaccin pour le Covid à protéine remconbinante, conçu avec GSK, pour sa phase finale d'essais cliniques. Et il ne s'estime pas inquiet : là où l'opinion publique a pu estimer qu'il avait perdu la course, le groupe estime justement que ce nouveau vaccin aura sa place.

Et il nous explique pourquoi :

« Ce vaccin représente une troisième voie, puisqu'il s'agit d'un vaccin à protéine recombinante adjuvanté. Au moment où nous avons opté pour cette formule, c'est-à-dire en mars 2020, il s'agit de la meilleure technologie disponible. Elle permettra d'offrir une voie complémentaire aux deux autres technologies, à savoir le vaccin à ARN arrivé en seulement 9 mois, et le vaccin plus traditionnel à adénovirus virus », explique Olivier Bogillot.

A ceux qui estiment qu'il arrivera trop tard, Sanofi répond : « C'est regarder la question uniquement sous un prisme européen ». Car même s'il souhaite que l'ensemble de la population hexagonale puisse se faire vacciner « le plus tôt possible au cours des prochaines semaines, et d'ici l'été de manière générale », le géant français mise désormais sur deux marchés bien précis : celui des doses de rappel, qu'il faudra probablement fournir au cours des prochains mois, afin que les personnes vaccinées puissent effectuer un rappel -même si le protocole précis n'a pas encore été établi-.

Sans compter le marché des pays émergeants, et plus largement, de l'international. « A ce stade, seule 10 % de la population mondiale est vaccinée », rappelle Olivier Bogillot, estimant ainsi que les débouchés qui s'offrent à celui qui est appelé à prendre la quatrième place sur le marché européen des vaccins, demeurent nombreux.

S'inscrire au sein du calendrier de rappel

Surtout qu'au regard des deux premières phases d'essais cliniques, la big pharma espère notamment pouvoir capitaliser sur plusieurs atouts : avec tout d'abord, un taux d'efficacité qui semble actuellement compris entre 95 et 100%, « et de plus, avec une forte efficacité dès l'injection de la première dose », souligne Olivier Bogillot.

Le laboratoire pharmaceutique français pourrait également en profiter pour cibler l'ensemble des catégories d'âges désormais, et viser à terme une approbation pour l'ensemble de la population (contrairement par exemple à certains vaccins concurrents comme l'AstraZeneca, désormais utilisé pour les 55 ans et plus uniquement en France).

Voire même les jeunes, dont la vaccination a été autorisée aux Etats-Unis, mais pas encore en Europe ? « Certains pays ont déjà fait ce choix mais nous n'entrerons pas dans le débat. Nous laissons cette question à l'intention aux autorités compétentes. Les phases d'études cliniques sont par nature, réalisées auprès d'une cible adulte mais nous lui fournirons tous les outils nécessaires », indique le président.

Son idée ? Pouvoir proposer un produit à forte efficacité en seulement une dose de rappel, quelle que soit l'association de vaccins réalisée. « Pour l'heure, on estime que le rappel devrait intervenir plutôt entre neuf à 12 mois après la première vaccination, contre 6 à 8 mois pour les personnes vulnérables ».

Un challenger aux vaccins proposés par AstraZeneca et Johnson & Johnson ?

Autre avantage sur lequel mise le laboratoire français : celui d'une technologie déjà éprouvée par le passé (celle de la protéine recombinante, déjà utilisée pour le vaccin de la grippe notamment), dont les effets sur d'autres applications que le Covid ont donc été plus largement mesurés au cours des dernières années.

« L'un des atouts de cette technologie avec adjuvant et de générer une très forte augmentation des anticorps, ce qui en fait un candidat pour la vaccination de rappel très intéressant, avec une dose moindre ».

De quoi se faire une meilleure place au sein de l'arsenal français que les vaccins AstraZeneca ou même Johnson & Johnson, actuellement décriés en raison de la survenue de caillots sanguins rares ? « À ce stade, les premiers essais montrent que les effets secondaires seraient modérés avec notre technologie, de l'ordre d'une douleur au point d'injection, ou de la fièvre. Mais à ce sujet, la phase 3 nous en dira davantage ».

La big pharma ne s'en cache pas d'ailleurs : elle souhaite capitaliser sur son retard dans cette course mondiale, pour ne pas réaliser les mêmes erreurs que ses concurrents. « Le fait d'être derrière les autres nous permet de suivre l'évolution des variants, la montée de la vaccination et la course de l'épidémie. Cette phase 3 nous permettra de travailler plus précisément sur le variant sud-africain, qui est pour nous l'un des plus agressifs. Cette étude sera d'ailleurs réalisée dans plusieurs pays du monde, afin d'être multicentrique ».

Une capacité de « plusieurs dizaines de millions de doses d'ici la fin d'année »

Une chose est certaine : désormais, Sanofi a mis les bouchées doubles et se prépare déjà pour la fin d'année : « Nous allons commencer à produire avant les résultats finaux de la phase 3, car notre développement est suffisamment finalisé pour être confiant sur l'issue de cette phase de tests. L'objectif étant d'être prêt pour pouvoir livrer plusieurs dizaines de millions de doses d'ici la fin d'année, et plusieurs centaines de millions de doses en 2022 », indique Olivier Bogillot.

Pour la production de son futur vaccin, le groupe Sanofi confiera au site de Vitry, près de Paris, les activités de fabrication de l'antigène. Les sites de Sanofi à Anagni, Francfort et Marcy-l'Étoile se partageront les opérations de remplissage et de conditionnement. Tous les produits finis transiteront ensuite par Val-de-Reuil (France), le centre mondial de distribution de vaccins de Sanofi.

Et ce, alors que le groupe produit déjà, en sous-traitance, jusqu'à 200 millions de doses attendues pour le vaccin Moderna sur son site de Ridgefield au New Jersey (États-Unis), auxquelles s'ajoutent les 125 millions de doses attendues sur son usine allemande de Francfort et les 12 millions de doses mensuelles du vaccin Johnson & Johnson, réalisées cette fois en France à partir du troisième trimestre 2021, sur son site à Marcy-l'Étoile, près de Lyon.

« Bien entendu, il y a eu, entre temps, la rupture technologique de l'ARN messager qui a permis un développement en neuf mois et qui change aujourd'hui la vision de la vaccination. Mais finalement, nous allons arriver en fin d'année avec un vaccin qui aura mis 18 mois à être développé, contre une moyenne habituelle de 7 à 10 ans, et de quatre ans pour le vaccin Ebola », analyse le président.

Quel modèle d'innovation interne pour demain ?

Alors que le groupe fait par ailleurs l'objet d'un plan de départs volontaires à l'échelle mondiale qui touche notamment ses fonctions de Recherche & développement, suscitant l'incompréhension des syndicats, le numéro Un du groupe en France s'explique :

« Dans le contexte actuel, qui appelle à renforcer l'innovation ainsi que les collaborations avec les biotechs et startup innovantes, il y a des compétences qui évoluent. C'est l'essence même de notre secteur que de devoir se renouveler en permanence, tout en proposant des conditions de départ très généreuses ».

Or, c'est précisément ce modèle d'innovation, où les big pharma qui réussissent aujourd'hui sont celles qui ont su s'allier avec de jeunes pépites pour innover -tout en leur offrant en retour des capacités de production-, qui fait craindre aux syndicats un affaiblissement du groupe en matière de recherche, réalisée en interne.

Un argument toutefois écarté par le président : « Nous nous dirigeons aujourd'hui vers une nouvelle génération de chercheurs, qui est capable d'aller chercher et de travailler à l'extérieur, mais également de nouvelles compétences car il ne suffit plus d'être bons en biologie. Nous avons également besoin d'intelligence artificielle, de mathématiques, de computer science, d'analyse de données », explique Olivier Bogillot.

Quitte à externaliser en bout de ligne l'ensemble de la R&D ? « Ce n'est pas ce que nous disons. Mais aujourd'hui, la filiale Sanofi France représente 5 % du chiffre d'affaires mondiale du groupe, mais 25 % des effectifs. Nous sommes le seul groupe du CAC 40 qui est organisé de cette manière. Nous investissons 6 milliards d'euros par en R&D, dont 2 milliards environ en France, pour un chiffre d'affaires de 36 milliards d'euros ».

Olivier Bogillot ajoute que les investissements se concentrent désormais sur certains segments clés, comme la médecine de spécialité ou les vaccins ou technologies innovantes, telles que l'ARN messager. « Nous avons une large portion de notre chiffre d'affaires qui se réalise encore autour de l'automédication ou d'un portefeuille de médicaments anciens sur lequel nous ne faisons plus de recherche ».

Et d'illustrer : « Dans ce domaine, il faut accepter de ne pas être le premier : dans le domaine du vaccin à ARN messager, nous allons poursuivre les développements avec notre partenaire Translate Bio jusqu'au bout, ne serait-ce que pour valider la plateforme de développement clinique et intégrer cette technologie en interne».

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Commentaires 3
à écrit le 02/06/2021 à 22:48
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Bel exemple de la descente en rappel?

à écrit le 02/06/2021 à 17:11
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Imaginez un vaccin tellement sûr, que vous êtes menacé pour le prendre, contre une maladie si mortelle que vous devez être testé pour savoir si vous l'avez.Professeur Denis Rancourt.

à écrit le 02/06/2021 à 13:37
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Certes en retard par rapport a ses challengers, sanofi doit aussi en croquer. Societe pourrie qui merite de disparaitre ce qui ne manquera pas d'advenir.

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