France relance : pourquoi les industriels de la Loire veulent leur part du gâteau

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La diversification des secteurs clients des entreprises ligériennes est un atout pour leur dynamisme économique, mais constituerait un handicap pour solliciter le soutien des fonds de modernisation de l'aéronautique et de l'automobile.
La diversification des secteurs clients des entreprises ligériennes est un atout pour leur dynamisme économique, mais constituerait un handicap pour solliciter le soutien des fonds de modernisation de l'aéronautique et de l'automobile. (Crédits : UIMM)
ANALYSE. Les industriels de la mécanique et de la métallurgie ligérienne espèrent décrocher 35 millions d'euros d'aides dans le cadre de France Relance. Leur profil, diversifié, est néanmoins un frein à leurs candidatures aux subventions des fonds de modernisation et de diversification des filières mécanique et automobile. En attendant, trois entreprises ligériennes ont tout de même décroché le sésame France Relance/fonds de modernisation de l'automobile et de l'aéronautique.

29 nouveaux lauréats pour la filière aéronautique, 66 pour la filière automobile. La semaine dernière, le gouvernement dévoilait les noms de la deuxième vague d'entreprises retenues dans le cadre du plan de modernisation et de diversification des filières automobile et aéronautique, un plan doté de quelque 900 millions d'euros sur trois ans. Au total, ce sont donc désormais les projets d'investissement de 151 entreprises de l'automobile et 136 de l'aéronautique qui ont été validés.

Auvergne-Rhône-Alpes n'est pas en reste avec dix nouveaux lauréats sur cette nouvelle vague, venant s'ajouter au 38 déjà retenus il y a quelques semaines représentant au total 88 millions d'euros d'investissement productif (38 millions d'euros d'aides). Un bon score bénéficiant essentiellement aux entreprises du Rhône et de la Haute-Savoie.

Pour la Loire, en revanche, si trois entreprises avaient bien été retenues sur la première vague, aucune n'a été sélectionnée sur ce second déblocage d'enveloppe. Surprenant pour un territoire pour lequel la filière métallurgie et mécanique pointe à la première place des activités industrielles avec 16.670 salariés ?

Des profils d'entreprises trop diversifiés ?

"Je ne m'inquiète pas, nous avons dans les tuyaux une vingtaine de dossiers de la métallurgie en cours d'instruction, cela débouchera sur de nouveaux lauréats. Mais il faut savoir que tous ne sont pas centrés sur l'automobile et l'aéronautique : nous avons des projets d'investissement industriel sur des sujets d'isolation des bâtiments par exemple", explique Philippe Rascle, dirigeant de l'entreprise SMV et président de l'UIMM Loire.

Par cet exemple, le patron de l'UIMM illustre la diversité des champs d'intervention des acteurs ligériens de la mécanique et de la métallurgie.

"Nous ne sommes pas à Montbéliard ou à Toulouse avec des industries axées uniquement sur l'automobile ou l'aéronautique", complète Daniel Roché, le délégué général du syndicat patronal.

En clair : oui la Loire est un territoire industriel, oui la Loire est un territoire au sein duquel la mécanique et la métallurgie sont historiquement reines, avec un vivier dense de sous-traitants de rang 2 et plus, mais c'est aussi un territoire non centré sur un type unique de donneurs d'ordres.

Si cette diversification des secteurs clients est un atout pour leur dynamisme économique, c'est en revanche un handicap pour solliciter le soutien des fonds de modernisation de l'aéronautique et de l'automobile inscrits dans le plan France Relance.

"L'un des freins, c'est effectivement que nos entreprises ont souvent un code APE généraliste qui ne leur permet pas de rentrer dans les cases du fonds. J'ai donc demandé pour 2021 la mise en place de dispositifs plus génériques, plus adaptés à nos PME, avec des tickets moins importants s'il le faut mais plus accessibles".

Philippe Rascle pointe aussi la complexité des dossiers : "il y a 46 dispositifs différents. Poussés par l'Etat, certains se sont précipités et n'ont peut-être pas postulé dans la bonne catégorie. Mais cela va se régler, nous allons les accompagner et les dossiers seront acceptés, j'en suis persuadé".

35 millions d'euros en ligne de mire

Philippe Rascle a des objectifs assez précis en tête. Sur les 100 milliards d'euros mis sur la table par France Relance, un milliard est espéré pour la Loire, tous secteurs et tous dispositifs confondus (y compris activité partielle etc).

"Nous espérons 100 millions pour l'industrie, dont 35 millions pour la métallurgie". Dans cet optique, l'UIMM martèle un message à ses adhérents : "Investissez, bénéficiez de ce plan de relance".

Pour son président, le pire serait que ses adhérents utilisent leur trésorerie à rembourser le PGE, et non pour investir pour l'avenir. "Il faut profiter des aides pour gagner en innovation et en compétitivité. Au sortir de la crise, il faudra être prêt. Il ne s'agit vraiment pas de prendre du retard sur les concurrents étrangers".

Selon les chiffres de l'UIMM Loire, 20% des entreprises de la filière départementale auraient l'intention de déposer un dossier. "C'est un bon ratio, dans un contexte où la baisse moyenne de chiffre d'affaires pour 2020 est de 20 à 25%, avec une visibilité du carnet de commandes à un mois seulement".

Tivoly, Loire Etude et SEAC : premiers de cordée

En attendant que ces 20% d'adhérents (soit environ 200 entreprises) déposent leur dossier, trois entreprises ligériennes ont déjà décroché le sésame France Relance/fonds de modernisation de l'automobile et de l'aéronautique. Il s'agit des entreprises Tivoly, Seac et Loire Etude.

La première, Tivoly (662 salariés, CA 2019 : 82 millions d'euros), fabrique des outils coupants rotatifs pour les industriels de l'aéronautique notamment (Airbus par exemple) mais aussi pour les particuliers (bricolage). Elle est savoyarde en réalité, mais elle dispose d'un site de production à Saint-Etienne (30 personnes). Et c'est bien pour cette usine qu'elle a remporté un financement de 1,15 million d'euros pour un investissement global de 3 millions d'euros.

"Il s'agira de développer des solutions compétitives pour l'usinage des matériaux de l'avion du futur, c'est-à-dire les matériaux combinés type Titane et Composite qui sont beaucoup plus légers que ceux utilisés jusqu'à présent", explique Virginie Tivoly.

Car les solutions actuellement disponibles ne seraient pas suffisantes, nécessitant par exemple beaucoup de lubrifiant. "Cette problématique nous a été soumise depuis un certain temps. Le fonds de modernisation nous donne l'opportunité de nous concentrer sur ce sujet. Si nous réussissons, cette nouvelle voie devrait nous ouvrir à un développement très intéressant !", sourit Virginie Tivoly, reconnaissant que l'année 2020 a été difficile pour le groupe familial, même si l'engouement des Français pour le bricolage pendant le confinement a permis de compenser la chute drastique de l'aéronautique.

Trois ligériens déjà retenus

Autre entreprise lauréate : Loire Etude (42 salariés, CA : NC), à Saint-Chamond, spécialisée dans la fabrication d'outils de formage de matériaux pour l'automobile, l'aéronautique, les bateaux, les poids-lourds etc. Elle investit deux millions et obtient 800.000 euros de subventions de France Relance pour relocaliser en France une activité qu'elle opérait depuis 2005 en Roumanie. Elle y employait 35 personnes, tandis que 8 emplois seront créés en France.

L'opération avait été actée depuis plusieurs mois, l'opportunité offerte par le plan de relance facilitera l'investissement. "Nous avions prévu de redéployer à Saint-Chamond cette activité sur les cinq prochaines années. Nous pourrons aller plus vite". La première machine, un centre d'usinage cinq axes pour emboutissage à chaud, devrait arriver début 2021. L'ambition : automatiser une activité d'usinage de pièce unitaire. "Cela demande des machines modernes, de la programmation pointue et beaucoup d'expérience", souligne Maxence Garson, directeur général de la PME familiale.

Enfin, troisième entreprise du trio ligérien retenu dans la première vague : Saint-Etienne Automotive Components, fabricante de biellettes de direction et rotules de suspension. Son objectif : moderniser son outil de production pour gagner en productivité. Leurs consœurs ont jusqu'au 26 janvier pour participer à la prochaine vague de labellisation.

A noter : deux autres entreprises ligérienne de la mécanique ont aussi été retenues dans le cadre du plan de relance, mais dans la catégorie "Territoires d'industrie". Ce programme de reconquête industrielle avait été initié en 2018 puis placé au coeur du plan France Relance. Il s'agit des entreprises Mac 3 à Saint-Cyprien (compresseurs et outils pneumatiques notamment à destination du BTP) et André Laurent à la Ricamarie (pièces mécaniques d'assemblage, visserie et boulonnerie pour les secteurs du nucléaire, du ferroviaire, de l'aéronautique etc. Mac 3 va investir 1,3 million d'euros dans la création d'un nouveau site industriel et l'intégration d'une ligne de production innovante. 16 emplois devraient être créés d'ici 2023. André Laurent, de son côté, annonce un investissement d'1,3 million d'euros également et la création d'une vingtaine d'emplois d'ici trois ans pour la modernisation de son usine.

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Commentaires
a écrit le 08/03/2021 à 13:05 :
En Sarthe j'ai bien apprécié le coup de piston pour une entreprise électronique liée à la fabrication de puces.
Reste au niveau national, et pourquoi pas en Pays de La Loire lancer la fabrication des wafers qui sont aux puces le baliveau dont on tirera les planches.
C'est de la très haute technologie sans doute proche du raffinage de l'uranium, donc on sait faire, ça ne doit pas être le pré carré des asiatiques.

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