Quand la Direccte se frotte à l'économie collaborative

L'économie collaborative, une culture avant tout ? La Direccte Auvergne-Rhône-Alpes a convié les agents de la fonction publique à s'en imprégner, lors d'une journée particulière au contact de porteurs de projets collaboratifs.

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Lors de la Fabrique d'Idées, une illustratrice synthétise graphiquement les propos des intervenants.
Lors de la Fabrique d'Idées, une illustratrice synthétise graphiquement les propos des intervenants. (Crédits : David Vallat)

Ce devait être au départ une journée de formation classique sur le thème de l'économie collaborative, pour les 1100 fonctionnaires de la Direccte Auvergne Rhône Alpes. C'est devenu la Fabrique d'idées, un événement "plus ouvert sur la cité", selon Jean-François Bénévise, le directeur régional Auvergne-Rhône Alpes. Pour coorganiser la journée, la Direccte sollicite David Vallat, enseignant-chercheur à l'Université Lyon-1 et apôtre de la "recherche-intervention" dans le milieu socio-économique. De fil en aiguille, Renaud Payre, directeur de Sciences Po Lyon se rallie au projet et décide d'accueillir les participants à l'IEP.

Ce mercredi 28 juin, une dizaine d'acteurs régionaux de l'économie collaborative sont donc conviés à venir présenter leurs initiatives : une coopérative d'entrepreneurs, un incubateur de restaurants, une plateforme de troc de prestations entre entreprises... Des projets parfois encore à peine émergents. Une nouveauté pour l'administration peu habituée à traiter avec des acteurs mouvants, jeunes et mal identifiés. "Davantage que des structures, c'est une culture et des gens qui sont liés à cette culture" que l'administration doit découvrir, suggère Xavier Lavayssière, lui-même jeune entrepreneur investi dans l'écosystème lyonnais et invité.

Les agents de la fonction publique en pleine acculturation

Une acculturation tout de suite mise en application. Un soin particulier a en effet été apporté pour insuffler des méthodes de travail en mode startup : les 200 personnes présentes dans l'amphi sont invitées à voter par SMS pour sélectionner les sujets d'atelier de l'après-midi (avec affichage des résultats en direct),  partager leur prise de note sur un portail en ligne ad hoc. Une "facilitatrice graphique" illustre en direct les propos sur le tableau blanc.

Pour l'heure, les participants sont encouragés à échanger quelques mots avec leur voisin. "Yves Frigo, chargé de l'emploi à l'unité territoriale Nord-Isère de la Direccte", se présente et confie son intérêt pour la prochaine intervention prévue sur les mutations du travail. Françoise Jacrot, directrice adjointe emploi est venue de l'unité de Dijon (Direccte Bourgogne). Consciencieusement, elle a voté pour qu'un atelier de l'après-midi porte sur la stratégie des pouvoirs publics.

Si la journée est ouverte à tous en dehors des agents de la Direccte, nombreux sont les agents des collectivités territoriales à avoir fait le déplacement. L'économie collaborative, "c'est bouillonnant !" lance Antoine Renault, collaborateur à Auvergne Rhône Alpes Tourisme. Au sein du comité régional pour le tourisme, lui-même travaille sur le projet Apidae, une base d'information collaborative dont l'objectif est de créer et échanger l'information touristique pour valoriser l'offre des territoires.

Pas une légitimation de toutes les pratiques

Dans une salle de classe de l'IEP, les fondateurs de France Barter ("troc" en anglais") présentent leur plateforme d'échange de prestations entre entreprises à une quinzaine de curieux réunis en cercle autour d'eux. Les questions fusent. Fanny Martin, chef de projet adjointe à l'Université de Lyon, s'interroge sur la légalité et la faisabilité d'intégrer cet outil à son établissement. "Pour une université, cela poserait beaucoup de questions et problèmes quant au respect de la loi sur l'attribution des marchés publics", admet-elle.

De fait, Jean François Bénévise met en garde : "Il n'est pas question pour la Direccte d'apporter une légitimation de toutes les pratiques présentées, mais on ne peut pas ignorer ce qui bouge autour de nous, et si nous voulons répondre aux enjeux nous nous devons d'être en veille".

Depuis la réforme de l'administration territoriale de l'État en 2010, les services de l'Etat sont eux-mêmes en mutation. Les Direccte ont regroupé huit services différents, de l'emploi à la concurrence en passant par la formation professionnelle. De quoi "marier des regards différents sur l'entreprise", selon Jean-François Bénévise, et forcer une évolution de la culture organisationnelle. Et le serviteur de l'Etat de rappeler avec malice que le principe de mutabilité, c'est-à-dire l'obligation pour l'Etat de faire évoluer le service public afin d'en assurer la continuité, est inscrit dans le droit depuis un arrêt du Conseil d'Etat rendu en... 1916.

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