MexBrain : combiner dialyse et nanotechnologies pour traiter les maladies rares

Il n'y pas que le Covid-19 en matière de recherche. Spin-off de l’Université de Lyon, la technologie de MexBrain se positionne comme une éponge à métaux, en combinant des procédés de dialyse avec les nanotechnologies. Après une levée de 5,7 millions, elle vise une commercialisation de son premier traitement d'ici 2024 pour la maladie de Wilson, avant de s’étendre à d’autres applications.

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La technologie développée par le lyonnais MexBrain agit comme une éponge à métaux et capte spécifiquement le métal excédentaire présent dans le sang du patient.
La technologie développée par le lyonnais MexBrain agit comme une éponge à métaux et capte spécifiquement le métal excédentaire présent dans le sang du patient. (Crédits : DR/Mexbrain)

C'est l'histoire d'une medtech ambitieuse, qui n'a pas hésité à plancher sur une niche avant de s'étendre, potentiellement à d'autres marchés.

"MexBrain a été cofondée par deux chercheurs, qui ont eu l'idée d'associer les nanotechnologies avec de la microdialyse pour essayer de guérir des pathologies comme les maladies de Parkinson et d'Alzheimer", explique Thomas Brichart, directeur général de MexBrain.

Créée fin 2017, MexBrain est une jeune pousse spécialisée dans le contrôle et l'extraction de métaux excédentaires présents dans l'organisme. Elle a conçu un dispositif médical d'extraction de certains atomes métalliques toxiques (les cations), combinant polymères, chélatants et dialyse.

"La première année, nous avons déposé notre premier brevet et levé des fonds auprès de la famille et des amis. Au bout d'un an, nous avons recruté nos premiers employés, deux personnes, pour développer le projet. Mais nous nous sommes rendus compte qu'il serait difficile et long de se positionner directement sur des pathologies comme Parkinson et Alzheimer", raconte Thomas Brichart.

Un produit qui retire spécifiquement le cuivre

C'est pourquoi MexBrain avait ainsi fait le choix de commencer par d'autres pathologies présentant des corrélations entre la survenue des maladies et la présence de métaux, comme une maladie orpheline dite "de Wilson", où les patients ne peuvent plus excréter correctement le cuivre.

"Dans cette maladie, nous sommes certains que les métaux sont en cause. Le cuivre s'accumule notamment dans le foie et dans le cerveau, provoquant des troubles neurologiques avec des tremblements, des difficultés de diction, etc", explique son dg.

Son équipe a donc choisi de se concentrer sur cette pathologie en vue de réaliser sa preuve de concept. "Notre technologie devenait ainsi utilisable en passant par une hémodialyse (dialyse du sang), où l'on peut ajouter notre produit directement au sein du dialysat", détaille Thomas Brichart.

Actuellement, les malades de Wilson devaient être traités à vie par des médicaments chélateurs qu'ils prennent plusieurs fois par jour. Problème : chez les patients qui sont en primo-traitement, les médicaments ne peuvent pas être utilisés à très haute dose. Tandis que le retour d'un taux de cuivre à la normale est long (entre 1 à 3 ans) à l'aide de ces médicaments chélateurs. Pendant ce temps, le patient peut présenter des problèmes neurologiques ou hépatiques, qui nécessiteront une transplantation.

"Nous proposons une technologie qui permet de retirer spécifiquement et plus rapidement les métaux. Celle-ci agit comme une éponge à métaux et ne capte que ce que nous voulons capter, c'est-à-dire uniquement le cuivre excédentaire dans le cas de la maladie de Wilson".

Avec l'espoir de proposer un traitement qui permette de revenir à un taux de cuivre normal en seulement quelques mois.

"Notre produit s'adapte à toutes les machines de dialyse et à toutes les membranes de dialyse. C'est un liquide un peu visqueux, un peu orangé, que nous mettons dans le dialysat. Il est conçu pour être très gros, qui qui l'empêche de traverser la membrane. Il ne se retrouvera jamais dans le sang, donc il n'y a pas de toxicité pour le patient", assure Thomas Brichart.

MexBrain travaille également d'ores et déjà à adapter sa technologie à d'autres pathologies. "Actuellement, nous avons un produit qui retire très bien le plomb et le cuivre et un autre en préparation qui retire spécifiquement le fer", ajoute-t-il.

Du côté de la concurrence, il note que "des concurrents travaillent sur des résines pour absorber les molécules excédentaires, mais qui ne sont pas spécifiques comme peut l'être notre produit".

Essais cliniques prévus en 2022

Pour l'heure, MexBrain a commencé à réaliser des tests en laboratoire, notamment sur des animaux. "Nous avons dialysé 16 moutons et nous avons montré qu'ils allaient très bien après la dialyse", indique Thomas Brichart. La Medtech souhaite commencer ses essais cliniques en 2022 : "Notre produit est prêt, il est sorti du laboratoire. Il faut maintenant le fabriquer en quantités et qualité suffisantes".

La production se déroulera en France, en partie à Dijon, au Mans ainsi que dans le Rhône. "A terme, nous aurons l'ensemble de la chaîne au même endroit", envisage le directeur de MexBrain.

Afin de financer sa production justement et de lancer ses premiers essais cliniques, MexBrain a réalisé une levée de fonds de 5,75 millions d'euros.

Ce tour de table a rassemblé deux investisseurs institutionnels, Arbevel et Kreaxi, ainsi que le fonds French Tech Seed, opéré pour le compte de l'Etat par Bpifrance dans le cadre du Programme d'investissements d'avenir (PIA) (qui réalise ainsi son premier investissement en fonds propres au sein de la société) ainsi que des investisseurs privés réunis autour de Buffavent Holding et d'Angelor.

"Notre avons réussi à lever un montant plus élevé que prévu, ce qui va nous permettre d'aller plus loin dans notre projet, de travailler sur d'autres pathologies et d'aller plus vite", se félicite Thomas Brichart.

Vers un marquage CE pour 2023 ?

Il espère désormais obtenir un marquage CE pour son dispositif médical d'ici 2023, qui lui permettrait de déboucher sur une commercialisation en 2024, en premier lieu pour la maladie de Wilson.

Cette maladie touche près de 30.000 patients entre l'Europe et les États-Unis.

"Au début, nous nous adresserons uniquement aux cas graves, ce qui concerne environ une centaine de patients par an entre l'Europe et les États-Unis. En parallèle, nous travaillons avec des spécialistes pour trouver sur quelles nouvelles indications nous allons nous pencher", commente Thomas Brichart.

Il aimerait ainsi avoir un deuxième produit qui entre en essais cliniques en 2023 ou 2024. "Le marché potentiel s'élève à une dizaine de millions d'euros par an pour la maladie de Wilson, mais si on s'attaque au sepsis par exemple, cela pourrait monter à des centaines de millions d'euros", évalue-t-il.

Il ne cache pas sa logique : commencer plus petit, mais dans une indication où le rôle des métaux est avéré, avant d'espérer adresser des marchés plus importants, "mais pour lesquels la preuve sera un peu plus difficile à obtenir", reconnaît-il.

MexBrain envisage de débuter ainsi par le marché européen, puis de s'étendre ensuite au marché américain, avant de viser d'autres terrains de jeu à l'échelle mondiale. Avec, pourquoi pas, la possibilité de dupliquer sa force de frappe en faisant un jour l'objet d'un rachat par un plus gros joueur.

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