Covid Tracker, Vite Ma Dose : Guillaume Rozier, le docteur français de l’open data

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(Crédits : DR/Guillaume Rozier)
PORTRAIT. A 24 ans, ce savoyard est passé de l’ombre à la lumière, à mesure de la progression de la crise Covid-19. Car à grands renforts de courbes et de données, c’est lui qui a mis sur pied la première plateforme grand public de surveillance des courbes de l’épidémie, Covid Tracker. Avec le lancement de la plateforme Vite Ma Dose début avril, qui propose une prise de rendez-vous de vaccination gratuite et géolocalisée, Guillaume Rozier persiste et veut capitaliser, toujours avec humilité, sur les atouts de l’open data.

La crise du Covid-19 aura littéralement changé sa vie : car sans elle, Guillaume Rozier, de naturel plutôt timide, n'aurait jamais imaginé que son amour pour l'informatique le pousse à donner jusqu'à 200 interviews en l'espace de quelques mois. En français, mais aussi en espagnol ou en anglais. Récemment, il a même eu droit à un article dans le New York Times, mais également à un échange avec le ministre de la santé Olivier Véran, ou encore à un message d'Emmanuel Macron.

Lire aussi : Vaccins : Covidliste, ViteMaDose, deux applis pour ne plus gâcher de doses

Car après avoir développé depuis le printemps 2020 trois plateformes (Covid Tracker, Vaccin Tracker et Vite ma dose), la réputation de ce jeune français de 24 ans a éclaboussé la scène internationale. Et pour cause : il a réussi à faire plus simple et plus rapide que le gouvernement français lui-même, devenant un symbole de ce que peut produire l'open data lorsqu'elle est mise au service de l'intérêt général pour une cause ciblée. En l'occurrence, la santé de tous.

« L'idée de départ était de pouvoir proposer une plateforme qui permet de suivre la dynamique de l'épidémie, d'en comprendre la gravité, ainsi que son évolution au sein des différents territoires et tranche d'âge, afin de mieux s'adapter, lutter, et anticiper », confie l'intéressé.

Et pour ce passionné d'informatique, la réponse passait nécessairement par des outils de visualisation de données, qu'il souhaitait les plus pédagogiques et visuels possible, tout en s'appuyant sur son domaine d'expertise, la data visualisation et l'open data.

Car après avoir grandi en Savoie, entre Chambéry et Albertville, à mi-chemin entre Chartreuse et massif des Bauges, Guillaume Rozier s'était d'abord envolé pour Grenoble afin de suivre une classe préparatoire en Mathématiques, Physiques et Chimie au lycée Champollion, avant de rejoindre l'école d'ingénieurs en informatique Telecom Nancy.

Passionné de "data", il terminait un stage de fin d'études dans une société d'informatique au Luxembourg lorsque la pandémie s'est installée en France.

Un cheminement itératif

Rapidement, il a voulu apporter sa pierre à l'édifice en mettant l'open data au service du plus grand nombre. « Tout s'est fait très progressivement : j'ai d'abord eu l'idée d'aller chercher et de compiler les chiffres, puis de pouvoir proposer un document sous forme de tableau, puis sous forme de graphique, ensuite de la mettre en ligne sur une page dédiée, puis de la rendre plus lisible... », détaille-t-il.

Si rien de ce qu'il n'a entrepris n'était planifié au départ, le savoyard se retrouve aujourd'hui avec, entre les mains, deux sites qui font référence en France mais aussi à l'international en pleine crise sanitaire, et qui se retrouvent consultés à la fois par des médecins, des décideurs politiques, économiques...

« Si on m'avait dit il y a un an que mon site serait consulté par 5 à 10 millions de personnes par mois, je n'y aurai jamais cru. Je n'aurais jamais pu imaginer une telle utilisation, je me suis rendu compte de ce qu'était finalement devenu Covid Tracker 6 à 8 mois après son lancement », concède le jeune data scientist.

Depuis son lancement le 1er avril, le site Vite Ma Dose, qui recense les créneaux de vaccination les plus proches -avec une actualisation toutes les 20 minutes !- enregistre déjà 2 à 3 millions d'utilisateurs par jour, pour 100.000 à 350.000 prises de rendez-vous initiées directement à travers la plateforme. « Cela pourrait permettre d'accélérer la campagne vaccinale », espère Guillaume Rozier.

Avec un principe : « ces trois outils, qui découlent en réalité de la plateforme mère Covid Tracker, reposent tous sur l'ouverture de données publiques mises à disposition par des organismes comme Santé publique France, la DGS, l'INSEE, la DREES, etc. Pour Vite ma dose, nous compilons différentes sources issues des plateformes de prise de rendez-vous Doctolib, Ordoclic, Maiia et Keldoc ».

Le combat de l'open data

S'il espère, à contrario, pouvoir « fermer dès que possible » ses sites Covid Tracker et Vite Ma Dose dès qu'ils n'auront plus d'utilité pour les Français, il affirme qu'il continuera, une fois l'épidémie de Covid-19 contrôlée, à militer pour une ouverture plus massive à l'open data, à laquelle il entrevoit déjà des débouchés plus larges que la pandémie actuelle.

« Je ne peux pas prédire quand interviendra la fin de l'épidémie, j'étais d'ailleurs même prêt à faire mes adieux à Twitter en juin 2020... Mais je pense que des initiatives similaires pourraient encore être développées dans différents domaines, toujours en vue d'être utiles au plus grand nombre ».

Guillaume Rozier cite en effet des champs comme l'énergie, les transports, ou encore la transition écologique, où les données publiques existent, à défaut d'être toujours aussi accessibles. Et d'ajouter :

« L'important n'est pas de publier des données en soi, comme pourrait le faire un ministère une fois par semaine, mais de proposer des mises à jour très régulières, à une échelle très fine et sous un format unifié, afin qu'un algorithme puisse les traiter automatiquement ».

D'ailleurs, il rappelle que la Loi pour une République numérique du 8 octobre 2016 oblige l'ensemble des administrations publiques à communiquer les données officielles en leur possession, « alors que dans la pratique, ce n'est pas toujours le cas ».

« La chance que nous avons eue avec le Covid-19, c'est que même si le système n'était pas parfait, des données sanitaires précises existaient et avait été publiées spontanément par l'État ».

Quand bien même, Guillaume Rozier aura dû parfois multiplier ses demandes auprès des services de l'Etat, comme début 2021, lorsque les premières doses de vaccins arrivent et doivent être réparties et comptabilisées. « Il nous a fallu réitérer nos demandes auprès des autorités de santé, dans une période où la question était stratégique pour un pays comme la France ». Même chose sur la catégorisation des variants Covid, où Covid Tracker aura mis « plus d'un mois et demi » à obtenir des informations précises. « Or, il s'agissait du moment où le variant anglais a explosé et où il aurait été pertinent de pouvoir connaître ce type de données pour anticiper et s'adapter ».

Pour autant, la France bénéficierait d'un atout inespéré dans cette cause de l'open data : sa centralisation.

« Contrairement à d'autres pays, la France est déjà organisée de manière centralisée, ce qui pourrait ainsi contribuer à mieux rassembler et collecter les données dans un format unifié, tout en garantissant leur anonymisation ».

La recette : une méthode agile, et l'adaptation au risque

Alors que certains affirment qu'il aura « ringardisé » l'Etat français avec la simplicité de CovidTracker -face à la labyrinthique plateforme gouvernementale Geodes-, Guillaume Rozier ne jette pas la pierre au gouvernement.

« Au final, l'open data aura pu jouer un rôle et permettre de combler certaines lacunes de l'Etat sans passer en force, avec un outil adapté aux besoins du grand public ».

Sa recette ? Jouer la carte de la simplification, mais aussi d'une méthode de développement agile, calquée au jour le jour sur les besoins et les remarques du grand public. « Nous avons développé des micros fonctionnalités très itératives que nous avons mis en production en les publiant tout de suite pour les confronter au retour des gens et réaméliorer quotidiennement. Cela demande donc au final beaucoup de temps, beaucoup d'écoute, mais aussi de faire des choix ».

Il illustre par un exemple : « Parfois, j'aimerais pouvoir mettre dix graphiques sur la page d'accueil, mais cela serait trop complexe à appréhender. Il faut donc se confronter aux besoins des utilisateurs, faire appel à son intuition, tester et ne pas avoir peur de se tromper, quitte à revenir en arrière ».

De son côté, le projet de Guillaume Rozier se veut d'ailleurs 100% bénévole - structuré désormais sous forme d'association-, et a reçu pour cela le soutien d'hébergeurs internet, mais également des dons d'utilisateurs, lui permettant de couvrir les frais techniques. Une vingtaine de bénévoles l'épaulent par ailleurs sur le développement de la plateforme Covid Tracker via des codes en open source, et près d'une centaine au total sur le projet Vite Ma Dose.

Et si Guillaume Rozier a choisi de ne pas toucher un centime sur ses projets Covid Tracker ou Vite Ma Dose, ce jeune diplômé n'a pas eu de difficultés à trouver son premier emploi. Son entreprise, Octo Technology -qui appartient au groupe Accenture-, l'a d'ailleurs débauché dès la sortie de son stage de fin d'études en tant que consultant, après avoir remarqué ses contributions en ligne dès septembre 2020.

Le data scientist est très prisé. « J'ai reçu au total une quinzaine de propositions d'emplois, mais il faut dire également que le domaine informatique est très porteur en ce moment », se justifie-t-il. En attendant, il partage ses journées de télétravail entre Paris et les environs de Chambéry.

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Commentaires
a écrit le 04/05/2021 à 8:38 :
Je n'arrive pas à m'inscrire sur Vita Ma dose
Comme cela se fait il
Merci
Mme ridondelli
a écrit le 01/05/2021 à 16:17 :
Bravo.
Un bon informatique entreprenant peut faire plus que 1.000 fonctionnaires.
a écrit le 01/05/2021 à 11:47 :
Vite ma dose : ça fait un peu toxico

Moi j’aurai proposé «  0 gaspillage «
a écrit le 30/04/2021 à 17:42 :
"Vite Ma Dose"

Quelle horreur.
Réponse de le 01/05/2021 à 13:37 :
Je trouve que ça met un peu d'humour dans le truc. Ca souligne le caractère d'urgence de la nécessité de la vaccination, et ca se retient bien.

Quand il a monté le site, je pense que le webineur ne s'attendait pas à avoir plus de 5 000 abonnés. Et ce n'est pas un site institutionnel.
a écrit le 30/04/2021 à 17:22 :
Ingénieur à Grenoble, je ris, mais avec Rennes Beaulieu et sophia antipolis (nice), sont les 3 plus grands centres de l'informatique en France avec des inventions qui sont mondiales.
a écrit le 30/04/2021 à 16:15 :
Ce jeune homme a fait plus pour la compréhension de la dynamique de l'épidémie que les trois cent monologues interminables des points de presse gouvernementaux, avec leur litanie de chiffres ou les comparaisons oiseuses avec les pays étrangers...

Et l'application "Vite ma dose" est ce dont les français ont besoin pour pouvoir s'inscrire. Ce n'est pas suffisant mais on ne peux pas lui en faire grief.

Bravo à lui, et honte à l'état français de ne pas avoir été capable de délivrer ces services. Une incurie de plus dans un océan d'incompétence.
a écrit le 30/04/2021 à 14:46 :
Bras armé du nouvel ordre politique mondial et des transhumanistes ?
a écrit le 30/04/2021 à 12:07 :
"il a réussi à faire plus simple et plus rapide que le gouvernement français lui-même", le gouvernement truque/manipule les données. N'insultez donc pas ce jeune homme en le comparant à ceux qui installent les bases d'une dictature.

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