Idex Lyon Saint-Etienne : Les acteurs économiques haussent le ton

Le dossier de l’IDEX Lyon/Saint-Etienne n'en finit plus de rebondir. A quelques jours du vote du Conseil d’administration de l’Université Jean Monnet au sujet de la fusion avec les établissements lyonnais, les acteurs économiques stéphanois haussent le ton et rappellent que cette étape demeure obligatoire pour l’obtention de l’IDEX. Un rendez-vous fixé, ce jeudi, entre les élus du territoire et la Ministre de l'enseignement supérieur, Frédérique Vidal, pourrait constituer une dernière étape clé avant le vote.

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(Crédits : Martine Leroy)

Alors que les statuts de la future université Lyon Saint-Etienne (Jean Monnet, Lyon I, Lyon III et l'ENS) doivent être soumis le 23 octobre prochain au vote (très incertain) du conseil d'administration de l'Université stéphanoise, les acteurs économiques du territoire ont décidé de se faire entendre. Pour eux, cette fusion est indispensable à l'avenir du territoire, car condition sine qua none de l'obtention de l'IDEX. Et ce, malgré un climat très chahuté au sein de l'Université Jean Monnet (UJM) avec une position de la présidence contestée par un collectif fédérant plus de 400 opposants (internes ou externes à l'Université).

"Si le projet n'aboutit pas, ce serait catastrophique pour les sites universitaires de Lyon et de Saint-Etienne, car le fossé va se creuser entre les universités labellisées et les autres. Cette opportunité est historique, passer à côté serait suicidaire", martèle ainsi la chambre de commerce et d'industrie Lyon Saint-Etienne Métropole, le Medef et la CPME dans un communiqué commun récent.

"La labellisation IDEX permettra de figurer dans le Top 10 des grandes universités françaises et de bénéficier de financements significatifs : 30 millions par an, et des centaines de millions d'euros via des appels à projets réservés aux universités labellisées".

Et de conclure : "Dans un contexte où les entreprises et les territoires sont chaque jour un peu plus challengés, il est essentiel que tous les acteurs des écosystèmes lyonnais et stéphanois concentrent leur énergie sur des enjeux forts pour répondre aux besoins de croissance équitable et durable", conclut la chambre consulaire.

La Fondation de l'Université monte au créneau

Quelques jours après cette prise de parole des syndicats patronaux et de la CCI, - et face à la levée de boucliers des collectivités locales et des membres du collectif UJM-, plusieurs membres fondateurs de la Fondation de l'Université Jean Monnet ont décidé de sortir du silence auquel ils s'étaient astreints jusqu'à présent.

Dans un communiqué publié ce début de semaine, le Crédit Agricole Loire Haute-Loire, le Groupe Casino, HEF et Sigvaris montent eux aussi au créneau. "Aujourd'hui, dans le cadre des initiatives d'excellence (IDEX) engagés par l'Etat, l'UJM a la possibilité de franchir une étape nécessaire dans sa croissance", insistent-ils. Et de tacler, un ton plus haut :

"Dans l'hypothèse où le CA de l'UJM du 23 octobre n'approuverait pas les statuts, alors il en serait définitivement fini du projet IDEX. Dans ces conditions, nous nous poserons la question du maintien de notre participation à la Fondation et des coopérations avec les différentes composantes de l'UJM".

Ils considèrent en effet que sans Idex, l'UJM n'aura pas la taille suffisante pour rayonner à l'échelle nationale et internationale, ni de préserver le caractère pluridisciplinaire du campus de Saint-Etienne, ni de maintenir des relations substantielles avec le CNRS et l'INSERM. Ces deux organismes se sont d'ailleurs fendus ces derniers jours d'un courrier adressé à Stéphane Martinot, administrateur provisoire de la ComUE. "Nous avons tous pris collectivement des engagements devant le jury (de l'IDEX NDLR)  en novembre 2019 lors d'une audition à laquelle j'ai personnellement participé. [...]. Une nouvelle modification du périmètre conduirait inévitablement le jury à recommander d'arrêter le projet [...[. Cela nuirait à la crédibilité des acteurs, CNRS compris. Cela ne saurait être sans conséquences sur les partenariats entre les CNRS et les établissements du site", écrit ainsi Antoine Petit, président du CNRS dans un courrier en date du 13 octobre.

Joint par téléphone, le président de la Fondation et dirigeant du groupe HEF, Philippe Maurin-Perrier, tient néanmoins à souligner qu'il ne s'agit pas d'une décision punitive. "Aujourd'hui, c'est plutôt chouette de travailler avec l'Université. Ce n'était pas le cas il y a 10 ans. Nous ne voulons pas d'un retour en arrière". Pour lui, les modifications apportées aux statuts (autonomie académique, sanctuarisation des moyens humains et financiers, conservation par la CHRU et la faculté de médecine de leur autonomie de décision et de gestion) sont désormais suffisantes pour adopter le projet en l'état.

"J'ai beaucoup écouté les arguments des uns et des autres avant de construire mon opinion. Aujourd'hui, je suis persuadé que cette fusion est indispensable. Etant entendu que le vote des statuts ne sera que le commencement d'un long travail devant mener à la construction d'un nouveau collectif".

Projet alternatif en construction

Un message que réfute en bloc Stéphane Riou, enseignant chercheur à l'Université, ex-VP Recherche démissionnaire et porte-parole du collectif UJM. "Evidemment que si ces membres fondateurs se retiraient, cela serait dommageable. Nous avons travaillé ensemble sur des dossiers importants, mais ils ne représentent pas toute la Fondation. Même sans eux, nous pourrons avancer et continuer à soutenir les projets de recherche". Et de noter : "Depuis quelques semaines, nous constatons que la présidence fait valoir des soutiens farouches à ce projet de fusion. Mais ils émanent tous de membres extérieurs à l'établissement. Il serait plus intéressant de convaincre les étudiants et le personnel. La perte de la personnalité juridique et morale de l'UJM est inacceptable".

Stéphane Riou met par ailleurs en avant le projet alternatif, en construction, fondé sur "une méthode et des principes". Par exemple : "replacer au cœur de l'Université les missions essentielles que sont la formation, la recherche et l'insertion professionnelle, notamment en cultivant des thématiques fortes. Ou encore retisser des liens avec des partenaires académiques qui se sont éloignés de nous, et rétablir la confiance et le dialogue avec l'ensemble des collectivités, le CHU et les partenaires socio-économiques". Pour les détails, il faudra attendre. Stéphane Riou explique qu'il ne s'agit pas de "livrer un projet entièrement ficelé, car cela est précisément contraire à la méthode que nous souhaitons suivre".

Côté élus, on attend avec impatience le rendez-vous avec Frédérique Vidal, la Ministre de l'enseignement supérieur, fixé ce jeudi. Y assisteront notamment le président de SEM Gaël Perdriau, ainsi que les députés Jean-Michel Mis et Régis Juanico. S'il n'en ressortait aucune conciliation, Saint-Etienne Métropole appellera à voter contre. Gaël Perdriau l'a assuré lors du conseil métropolitain du 5 octobre. Tout en précisant que la Région et le Département en feront autant.

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