Croze-Hermitage : les petits producteurs espèrent un Noël rouge et blanc

NOEL AVANT L’HEURE, EPISODE 3. Chaque année au cœur des repas de fêtes, les vins de table se taillent habituellement une place de choix. Avec, parmi eux, le Croze-Hermitage, un vin d’appellation d’origine contrôlée, produit seulement sur dix communes situées autour des villes de Croze-Hermitage et Tain-l’Hermitage, souvent par de petits vignobles indépendants. Rencontre avec un domaine familial, qui, frappé par la fermeture des restaurants et des salons et marchés, attend beaucoup de cette fin d’année, qui représente habituellement 15 à 20% de ses ventes.

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Habituellement, le domaine Michelas St Jemms réalise 15 à 20% de ses ventes annuelles, entre la mi-novembre et la fin décembre.
Habituellement, le domaine Michelas St Jemms réalise 15 à 20% de ses ventes annuelles, entre la mi-novembre et la fin décembre. (Crédits : DR)

Campé dans la vallée du Rhône, face à la ville de Tournon-sur-Rhône, le domaine Michelas St Jemms à Mercurol (Drôme) se déploie sur 55 hectares. Avec, à l'ardoise, une vingtaine d'appellations, dont quatre grands crus de la gamme Terres d'Arce : Hermitage, Crozes-Hermitage, Saint-Joseph et Cornas.

Ce domaine familial, tenu par Sylvie Chevrol et ses frères et sœurs, a été fondé en 1961 par ses parents. Il produit habituellement 200.000 bouteilles par an en moyenne, distribuées à travers de la vente directe aux particuliers, mais pas seulement :

« Notre année 2020 a été très compliquée, dès lors ce que l'on vend un tiers de sa production sur les salons, qui ont tous été annulés, et un autre tiers dans les restaurants, fermés », reconnait Sylvie Chevrol.

Comme beaucoup, son vignoble s'est plongé dans la vente en ligne dès le premier confinement : « Cela a été une excellente initiative, qui nous a permis de tirer quand même une forme d'activité ».

Mais elle regrette également que jusqu'ici, les deux confinements aient fortement freiné les déplacements des Français pour s'approvisionner en vins : « Les consommateurs avaient peur de se déplacer, d'autant plus nous n'étions pas sur leur passage du fait de notre localisation un peu excentrée ». Au final, les quelques 15 à 20% de volume d'activité, retrouvés en ligne, ne lui auront pas permis de combler le manque à gagner enregistré de 45% en moyenne.

Le tourisme estival, assorti de visites et dégustations, aura tout juste permis au domaine de retrouver une bouffée d'air temporaire, même si Sylvie Chevrol reconnaît que les Côtes du Rhône Septentrionales ne sont pas nécessairement la première destination intuitée par les Français.

« Nous avions beaucoup de propositions de thématiques de dégustations, comme les vins et chocolats, la biodiversité, ou encore l'histoire, mais nous ne faisons pas encore partie des destinations 'standard' comme la Provence par exemple ».

La bulle d'oxygène des fêtes

C'est donc de pied ferme que le domaine compte, plus que jamais, sur la période la fin d'année pour vendre sa production.

Avec leur rapport qualité-prix revendiqué et des appellations qui s'appuient sur un terroir et un cahier des charges précis, les Côtes du Rhône septentrionales -classés second vignoble de France, lorsque l'on considère le volume de production de ses vins d'appellation d'origine contrôlée, après le Bordelais-, garnissent à Noël les grandes tablées.

Croze Hermitage

Habituellement, le domaine Michelas St Jemms réalise 15 à 20% de ses ventes annuelles, entre la mi-novembre et la fin décembre.

« Mais cette année, il y avait une forme de barrière psychologique : les gens ont vraiment déconfinés leurs achats de Noël à compter du 15 décembre. Habituellement, nous pouvions enregistrer des pré-commandes en amont des fêtes », note-t-elle.

Pour autant, est-ce que le Noël 2020 d'une année si particulière sera-t-il nécessairement mauvais pour les vignerons ? « Nous travaillons bien depuis une dizaine de jours, mais cette activité ne permettra pas de combler le trou du mois de décembre », estime Sylvie Chevrol.

Avec, comme d'habitude, les cuvées haut de gamme qui se distinguent durant cette période, mais aussi la gamme des vins festifs comme le viognier (un cépage ancien et cultivé dans les vignobles de Condrieu et d'Ampuis), mais également le Croze-Hermitage blanc pour l'apéritif.

« Pour le repas, on a toujours des demandes pour des cuvées emblématiques comme la Chasselière ou le Terre d'Arce. Car les consommateurs restent assez classiques dans leur consommation et n'ont pas tendance à tout bousculer du jour au lendemain. Ils achètent généralement pour les fêtes du vin qu'ils connaissent et des valeurs intangibles », remarque Sylvie Chevrol.

A six ou à dix huit, le vin coulera

Du côté des volumes attendus, la tendance ne devrait pas être révolutionnée pour autant par les nouvelles mesures sanitaires en vigueur cette année. « Que les gens se retrouvent à 18 autour d'une même table, ou autour de trois repas de six personnes, ils consommeront probablement la même quantité de vin, car ils ont envie de se faire plaisir durant les fêtes », note-t-elle.

Pour autant, pas de phénomène de stockage ou de rattrapage à venir : les Français demeurent prudents. Tout comme Sylvie Chevrol, qui songe au début d'année avec beaucoup de précautions : « La réouverture des restaurants était d'abord évoquée pour le 26 janvier mais l'on sent bien que désormais, plus rien n'est sûr».

Et c'est sans compter sur la mise sous cloche des stations de sports d'hiver voisines, qui draine habituellement elles aussi leur lot de consommateurs, transitant par la vallée du Rhône et consommant ensuite à la table des restaurants, clients du domaine.

« La situation est difficile, car nous n'avons plus ni les restaurants ni les touristes qui transitent dans la vallée du Rhône. Mais c'est encore délicat plus pour les vignerons de Savoie qui vendent quasiment les trois quarts de leur production localement à cette période », rappelle-t-elle.

Alors que les commerces situés en station n'ont pas encore écoulé leurs stocks, commandés cet automne, Sylvie Chevrol souligne une dépendance encore très forte au tourisme hivernal, jusqu'au coeur de la Vallée du Rhône : « Dès que les stations réouvriront, les ventes vont redémarrer. Mais pour cela, il faut que les remontées puissent ouvrir ».

En attendant, elle continue de s'affairer à la vigne, qui n'en a eu cure du confinement : «Cet automne, nous étions en pleine période de vinification (une étape de fermentation qui consiste à transformer le moût de raisin en vin, ndlr), et nous nous ne pouvions pas mettre notre personnel au chômage partiel. Car la vigne ne se met pas au repos : pour arriver à une mise en bouteille en décembre, il faut commencer en moyenne un an avant ». Avec, ironie de l'histoire, une cuvée 2020 dont la récolte s'annoncerait même plutôt bonne cette année. Et qui ne pourra se déguster qu'à compter de fin 2021...

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