Pourquoi Grenoble Ecole de Management veut devenir une business school à mission

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Cette nouvelle « qualité » ne change toutefois pas le statut intrinsèque de la business school grenobloise, qui peut demeurer EESC (établissement d'enseignement secondaire consulaire), adopté lui-même en 2016.
Cette nouvelle « qualité » ne change toutefois pas le statut intrinsèque de la business school grenobloise, qui peut demeurer EESC (établissement d'enseignement secondaire consulaire), adopté lui-même en 2016. (Crédits : DR/Pierre Jayet)
INITIATIVE. Il n'y a pas que les grands groupes qui se saisissent de la Loi Pacte. Grenoble Ecole de Management (GEM) vient d’opter pour un statut d’entreprise à mission, devenant ainsi la première école de commerce française a opté pour ce type de « qualité ». Une position « politique » selon l’école, qui vient d’octroyer un budget de 7,5 millions d’euros d’investissements sur cinq ans pour déployer ses cinq nouveaux axes stratégiques, dont la compensation carbone. Elle se prépare à accueillir de nouveaux pools d’investisseurs pour l’accompagner dans ses engagements.

Le vote a été unanime et entérine, selon la structure, « plusieurs dizaines d'années d'engagement sociétal ». S'il existait déjà en France une centaine d'entreprises à avoir franchi le pas, telles que la Maif, la Macif, Danone, ou Yves Rocher, Grenoble Ecole de Management (GEM) est devenue le 25 février dernier « la première Grande Business School française à s'engager statutairement pour devenir une société à mission ».

Ce nouveau dispositif, créé par la loi Pacte, permet à une entreprise de déclarer sa raison d'être à travers plusieurs objectifs sociaux et environnementaux, que la société se donne pour mission de poursuivre dans le cadre de ses activités, en mobilisant ses parties prenantes.

L'évolution a été porté au sein des statuts de l'école grenobloise, et votée à l'unanimité par son conseil d'administration. Cette nouvelle « qualité » ne change toutefois pas son statut intrinsèque, qui peut demeurer EESC (établissement d'enseignement secondaire consulaire), adopté lui-même en 2016.

Cette dénomination permettait déjà à l'école de devenir une structure autonome sur le plan juridique (s'apparentant à une société anonyme à but non lucratif), capable de faire entrer de nouveaux investisseurs, tout en conservant une part majoritaire pour la CCI de Grenoble (51%).

« Devenir une entreprise à mission constitue à la fois un point d'arrivée et de départ. Nous avions depuis 2013 amorcé un virage décisif, en prenant le statut d'EESC et en affirmant que l'école devait servir à jouer un rôle plus grand, qui était d'améliorer le bien-être de la société », explique le directeur général de GEM, Loïck Roche.

Car face à la concurrence accrue sur la scène internationale au cours des dernières années, « afficher le statut de grandes écoles ne veut plus rien dire. Il faut s'emparer désormais de questions qui nous dépasse, comme les grandes crises migratoires du XXIe siècle, le réchauffement climatique, l'égalité femmes hommes et aller au-delà de l'affichage pour s'engager réellement dans ce que l'on appelle des causes », croit-il.

Un postulat qui ne daterait selon lui pas d'hier puisque « dès la création de la business school en 1984, l'implantation à Grenoble n'était pas neutre puisqu'elle était déjà portée par les politiques locales et reconnue comme un bassin moteur dans le domaine des transitions sociales et écologiques ». Ce terreau aura ensuite conduit, comme on le sait, à l'élection puis à la réélection du maire EELV Eric Piolle, désormais présent sur la scène médiatique.

Cinq piliers à faire valoir

Issue de la phase de co-construction de son plan stratégique 2020-25, et notamment d'un document (Gem manifesto for sustainable future) ayant réuni autour de la table la direction, ses collaboratric.e.s, étudiante.s, et associations, la raison d'être de GEM est désormais ainsi formulée : « Apporter des réponses, par la formation et la recherche, aux grands défis de la transition écologique, sociétale et économique et contribuer à un monde plus résilient, plus juste, plus pacifique, plus responsable ». D'après l'école, cette raison d'être constituera à la fois une « boussole et un garde-fou » au développement à venir au cours des prochaines années.

Avec un objectif clair : « Etre reconnu, à l'horizon de notre plan stratégique en 2025, comme l'une des écoles les plus innovantes et influentes de son temps sur les questions des transitions ».

Pour cela, Grenoble Ecole de Management s'est fixée cinq axes stratégiques qui devraient lui servir de piliers dans sa démarche au quotidien :  « Agir avec éthique », « défendre le droit à la différence », « favoriser l'accès à une éducation de qualité pour tous », « Promouvoir les principes de Paix économique », et « Reconnaître l'urgence écologique », « en luttant notamment contre le réchauffement climatique, en préservant les ressources naturelles et la biodiversité par une ambition Zero Waste ».

La question de l'accessibilité des grandes écoles de commerce, dont les frais de scolarité continuent de faire la manchette chaque année en raison des hausses tarifs enregistrées à l'échelle nationale, est comprise dans ces nouveaux axes. Pour Loïck Roche, il s'agissait de répondre au besoin de diversité des profils attendus par les entreprises, afin de mieux représenter les attentes de la société et être capables d'innover, mais aussi d'une question d'ordre moral.

« Nous avons fait des efforts en ce sens, en mettant en place un système de concours d'admission pour les étudiants issus des quartiers sensibles, qui leur permet d'intégrer automatiquement la première année de notre programme Grande Ecole, s'ils ont réussi une incubation de deux ans au sein d'une université partenaire. Nous avons travaillé sur une offre destinée à certains profils comme les autistes Asperger ou les sportifs de haut niveau, qui ne peuvent pas toujours suivre des cours en présentiel, mais nous devons encore progresser ».

Tout en rappelant que « toute formation au sein de l'enseignement supérieur coûte cher », puisqu'il note que « le coût moyen d'un étudiant pour l'État à l'université avoisinerait les 13.000 euros à l'année, toutes sciences confondues, nous sommes conscients que pour certains étudiants, ces charges peuvent devenir insupportables. »

GEM planche donc sur la mise en place d'un fonds de solidarité, à travers sa fondation, qui aura pour objectif d'aller chercher des financements pour offrir des bourses sociales aux étudiants « dont les revenus par foyer fiscal ne permettent pas d'assurer les frais de scolarité ».

Un audit tous les deux ans

Comme pour toute société à mission, la réalisation de ces objectifs, entérinés désormais dans les statuts, mais aussi déclarés au sein du Registre des commerces et sociétés, sera auditée tous les deux ans par un organisme tiers indépendant (établi au sein d'une liste gouvernementale).

L'école affirme également que ce statut lui permettra « d'opposer sa raison d'être à des tiers qui ne partagent pas ses convictions ».

Car son directeur général voit, dans la place qui est amené à occuper une business school, « un rôle de think-thank » qui peut à la fois permettre à GEM de proposer des choses mais aussi de réaliser des avancées concrètes, « car les personnes que nous formons seront celles qui iront demain irriguer les entreprises ».

« Il s'agit presque d'une prise de position politique que d'inscrire la formation de nos étudiants dans ce schéma. Car nous savons que si nous ne travaillons pas sur les questions d'éthique et d'intégrité des comportements par exemple, tout ce que nous enseignons n'a aucun sens », illustre Loïck Roche.

Celui-ci se dit par ailleurs intimement convaincu que d'autres écoles suivront cette voie, sous une forme ou une autre. « La loi peut encore évoluer au cours des prochaines années, et faciliter l'émergence d'autres dispositifs, mais il est certain que nous allons dans cette direction. Mon souhait est que les choses se fassent au sein des organisations plutôt par conviction, plutôt que par le biais d'un statut qui leur serait finalement imposé ».

Un engagement de 7,5 millions d'euros

Afin de soutenir ses ambitions, Grenoble Ecole de Management a d'ailleurs voté un budget d'investissement de 7,5 millions d'euros à l'échelle de son plan stratégique 2021-2025, dont l'ensemble des dépenses seront consacrées à accompagner son passage au statut d'entreprise à mission.

« Au-delà des compensations carbone visant par exemple à atténuer les effets du déplacement de nos étudiants et professeurs, cela va générer de nouvelles charges de personnel à travers la mise en œuvre du principe d'égalité salariale femme-homme, mais également des coûts en matière de formation aux étudiants, d'organisation de projets ou de systèmes de bourses, ainsi que des investissements au sein des infrastructures », cite en exemple le dg.

Pour cela, Grenoble Ecole de Management se prépare d'ailleurs à permettre, d'ici la fin mars, l'arrivée de nouveaux pools d'investisseurs qui l'aideront à assumer financièrement ces objectifs, où l'on pourrait compter à la fois des investisseurs bancaires, des industriels locaux, des investisseurs institutionnels, mais également une ouverture de son capital, plus symbolique, à des anciens étudiants et collaborateurs.

« Cela irait dans le sens des valeurs défendues par une entreprise à mission, mais c'est également une manière de montrer que l'école leur appartient, car ce qui fait notre marque, ce sont aussi nos anciens », espère Loïck Roche.

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