Photovoltaïque : comment 2020 a démontré la compétitivité du solaire pour Solarwatt

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Face à la concurrence asiatique, toujours plus forte dans le domaine des panneaux photovoltaïques, Solarwatt tient sa feuille de route, et n'y voit pas nécessairement un problème de compétitivité insurmontable.
Face à la concurrence asiatique, toujours plus forte dans le domaine des panneaux photovoltaïques, Solarwatt tient sa feuille de route, et n'y voit pas nécessairement un problème de compétitivité insurmontable. (Crédits : DR/solarwatt)
Avis de beau temps en 2020 sur les résultats de l’un des principaux fabricants de batteries solaires et de panneaux photovoltaïques, Solarwatt. L’allemand, qui possède un site près de Lyon, a enregistré une croissance de ses ventes 30% durant l’année de la crise sanitaire. Avec des carnets de commandes déjà pleins à six mois, il compte encore monter en volume avec le démarrage d’une nouvelle ligne de production en Allemagne, et vient de sortir une borne de recharge solaire destinée aux véhicules électriques.

Le fabricant allemand de panneaux photovoltaïques allemand, dont la filiale française est basée à Ecully, près de Lyon, ouvre les voiles. Durant l'année écoulée, celui qui se pose comme le premier fabricant européen de panneaux solaires bi-verre a enregistré un bond de ses ventes de 30% (dont +10% de ses prévisions en France), pour un chiffre d'affaires qui passe ainsi de 90 millions d'euros en 2019 à plus de 120 millions d'euros en 2020. Et après 250 mégawatts crête (MWc) de modules solaires déjà commercialisés via des installateurs, la prochaine étape d'atteindre les 280 MWc grâce au démarrage d'une nouvelle ligne de production des panneaux cette année, qui devrait lui permettre de doubler son volume sur son site de Dresde, en Allemagne.

« Nous avons fait une très belle année 2020 malgré la situation sanitaire, nous nous dirigeons vers l'année 2021 de bonne augure également, car la demande reste présente », souligne le directeur technique et commercial de Solarwatt, Ian Bard, qui note « l'essor d'un véritable engagement en faveur de la transition énergétique » auprès des consommateurs.

Et le Covid aurait même eu au final un effet bénéfique sur ses ventes, sur un marché du photovoltaïque qui a également gagné en maturité : « Si les installateurs ont été retardés dans un premier temps, car ils ne pouvaient pas se rendre sur le terrain lors du premier confinement, la crise sanitaire a ensuite provoqué d'importants retards chez les distributeurs, qui se fournissaient massivement en Asie. N'arrivant plus à s'approvisionner de ces pays, les installateurs se sont tournés vers des solutions comme la nôtre, ce qui nous a permis de leur faire tester nos produits et dans certains cas, de les conserver à la suite ».

Pour 2021, il compte sur un carnet de commandes déjà plein pour « les six à huit mois à venir », et espère faire bondir encore ses ventes de 20% cette année.

Une diversification sur trois pieds

Elle semble donc loin la crise de 2011, qui avait mis à bas la secteur et entraîné plusieurs fabricants européens dans une spirale infernale. Pour le fabricant français Centrosolar, le boom du photovoltaïque en 2008 et 2009, qui l'avait conduit à enregistrer un chiffre d'affaires record de 45 millions d'euros, s'était ensuite traduit par une plongée provoquée par la chute des prix de rachat de l'électricité et la diminution du crédit d'impôt à compter de 2011.

Sa reprise par le groupe allemand Solarwatt, en 2014, avait conduit le français à se séparer des deux tiers de ses effectifs, retombant de 45 à 12 collaborateurs, pour un groupe qui compte aujourd'hui 460 salariés en Europe et en Australie.

Reste que 2020 semble confirmer un rebond durable. Car pour se développer et résister à la concurrence asiatique, Solarwatt a misé sur une diversification sur trois pieds : la fourniture de panneaux solaires selon une technologie bi-verre brevetée, mais également de systèmes de stockage et de management d'énergie.

« Nous avons été les pionniers dans le domaine des modules bi-verre photovoltaïques, qui sont quasi inaltérables car ils ne sont pas composés de feuilles de plastique sur la face arrière, qui peuvent présenter des problèmes de résistance dans le temps, ainsi que des contraintes mécaniques. »

Le fabricant s'est également tourné vers le développement de modules de stockage destinés à l'auto-consommation, afin de conserver l'énergie produite au sein de l'habitat et de la restituer le soir. Compatibles avec d'autres marques de panneaux, cette nouvelle offre lui permet de mettre un pied chez de nouveaux prospects, dans l'optique de réaliser ensuite des ventes plus complètes associant ses panneaux.

« Le volet du stockage de l'énergie solaire est devenu indispensable, car il permet de faire grimper la capacité d'effacement de 30 à 80 %. Nous avions lancé une première génération de notre solution en 2015, et nous sommes rendus à la quatrième », souligne son directeur technique et commercial.

Mais le fabricant allemand mise également sur le développement, en parallèle, de systèmes de management de l'énergie, afin que ses clients soient capables de prévoir et d'agir sur leurs consommations quotidiennes.

Courant 2020, Solarwatt a même commercialisé sa première borne de recharge destinée aux véhicules électriques, afin de proposer une solution de récupération l'énergie solaire au sein d'un système de stockage, allant alimenter ensuite directement les VE.

« Il s'agit d'un système autonome, qui n'a pas besoin d'une décision de l'utilisateur pour gérer cette énergie », précise Ian Bard. Il affirme que la société est présentement en discussions avec des partenaires à ce sujet, alors que de premières installations mixtes, combinant photovoltaïques et bornes de recharge de véhicules électriques ont été déployées cette année.

Il entrevoit ainsi une tendance de fond : « On se dirige désormais de plus en plus sur ce marché vers des systèmes connectés et communicants, sur le modèle de la plupart des objets connectés, qui sont plus facile à utiliser ».

Travailler la compétitivité de la filière

Face à la concurrence asiatique, toujours plus forte dans le domaine des panneaux photovoltaïques, Solarwatt tient sa feuille de route, et n'y voit pas nécessairement un problème de compétitivité insurmontable  :

« On constate malheureusement qu'une large portion du marché français est encore alimentée avec des modules provenant d'Asie. Pour autant, le fait de ne pas miser sur le marché de grands volumes ne nous empêche pas de nous développer. Nous ne cherchons pas à développer à bas coût, mais plutôt à nous diversifier et à proposer des modules à plus forte valeur ajoutée ».

Face à son concurrent auralpin Photowatt, désormais filiale d'EDF actuellement en mauvaise posture financière et qui se cherche un repreneur, Ian Bard ajoute : « La particularité du solaire en France étant que certaines structures comme celles-ci ont été très aidés par des collectivités comme l'État et la Région pour perdurer, dans un domaine où il faut être très compétitif et ne pas rencontrer de difficultés majeures ».

Il pointe du doigt un choix de développement qui avait opté, à l'époque, pour le développement de filières basées sur de grosses centrales de production afin d'adresser le marché des composants à bas coûts, déjà occupé par les fabricants asiatiques.

« Or, on ne peut pas faire le poids face à l'Asie, où la filière est largement soutenue par le gouvernement, avec des murs, une électricité, et parfois des salaires qui sont directement subventionnés et rendent le prix d'un module chinois très inférieur », relève Ian Bard.

Seule voix possible selon lui : celle de la diversification de la production allant vers les systèmes de stockage intelligents, comme celle qu'il a déjà emprunté depuis 2013, avec l'espoir que le marché, désormais mature, ne soit pas à nouveau chahuté par un changement de réglementation désormais derrière lui.

« Aujourd'hui, le solaire est porté par l'investissement privé et n'est plus dépendant des aides ni des crédits d'impôts, avec la capacité d'afficher des prix au kWh intéressant quand on le compare au réacteur nucléaire de dernière génération. Si la réglementation permet de conserver des niveaux de rachats actuels sur les grandes centrales, le solaire se suffira à lui même ».

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