Et si demain… Le conseil régional passait au vert ?

Printemps 2021. Les huit millions d'habitants de la région Auvergne-Rhône-Alpes viennent de se rendre aux urnes pour élire le prochain président de la collectivité. La campagne électorale a été rude. En particulier pour l'exécutif sortant, dirigé depuis six ans par Laurent Wauquiez, patron de LR. La défaite de son premier vice-président aux finances et à l'administration générale, Étienne Blanc, aux municipales de 2020 à Lyon a été un coup dur. D'autant que le candidat s'est incliné de peu face à Caroline Rougé, plébiscitée contre toute attente par les Lyonnais (Madame Collomb a repris son nom de jeune fille à la suite de son divorce en 2019). La droite parviendra-t-elle à reconquérir ses électeurs lors de ce scrutin régional ? Le dépouillement s'achève. Officiels, femmes et hommes politiques, journalistes : tous trépignent en préfecture dans l'attente des résultats. Coup de tonnerre : là encore, les partisans du changement triomphent. Ni droite ni gauche traditionnelle. Ce sont les écologistes, conduits par Corinne Morel Darleux, membre du Parti de gauche et tête de liste du Rassemblement citoyen, écologique et solidaire (RCES), qui prennent les commandes de la deuxième région de France. Pour quelles conséquences sur le territoire, en termes économiques, sociaux et environnementaux ? Acteurs de l’économie-La Tribune a imaginé, à l’occasion de la sortie de son ultime numéro, neuf scénarii pour la région Auvergne-Rhône-Alpes. Autant d’évolutions, de transformations, de métamorphoses, tour à tour anecdotiques ou révolutionnaires mais ni futuristes ni absurdes. Ils proposent un éclairage nouveau, un regard distancié, qui pourraient, un jour, interroger l’écosystème du territoire, et soulèvent des problématiques de natures sociale, environnementale, politique, culturelle et économique qui font sens et questionnent… aujourd’hui. Deuxième volet de notre série publiée chaque jour pendant la trêve de Noel.

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(Crédits : Laurent Cerino / ADE)

"Cela ne pourrait pas être une écologie politique radicale, les compétences de la Région restent de l'ordre du soft power. La Région mène avant tout une politique d'incitation et de concertation avec un certain nombre d'acteurs. Sur les schémas d'aménagement et de développement, elle a tout intérêt à s'entendre avec les autres collectivités territoriales. Si ses incitations sont complètement déconnectées du territoire, personne ne sera en mesure de répondre à ses attentes," considère Guillaume Protière, maître de conférences en droit public et doyen de la faculté de droit de l'université Lyon 2

En somme, le principe de réalité prime pour cette entité dont le pouvoir a été renforcé par la loi NOTRe du 7 août 2015. Ce texte, qui entend clarifier les attributions de chacune des collectivités territoriales, vise à encadrer plus strictement les cofinancements publics et donc à améliorer l'efficience des politiques publiques. Cette réforme a ainsi défini des compétences exclusives à la Région. Acteurs de l'économie-La Tribune a passé ces champs d'action au crible des ambitions des écologistes pour la collectivité.

Le développement économique

À la Région d'élaborer le schéma régional de développement économique, d'innovation et d'internationalisation (SRDEII), qui détermine les aides aux entreprises et fixe les orientations en matière d'attractivité, animant notamment les pôles de compétitivité.

Fini les aides aux grands groupes friands d'évasion fiscale et de délocalisations, il s'agirait de donner la priorité au tissu de PME, TPE et PMI et à la création d'emplois locaux et durables. Remboursables en cas de manquement, les aides seraient conditionnées au respect de critères sociaux au sein des entreprises (sur les conditions de travail, la prévention et la protection contre les maladies professionnelles, sur la lutte contre les discriminations et le renforcement de l'égalité des genres).

Pour que la commande publique bénéficie aux petites entreprises, les pratiques d'allotissement et de marchés en groupement seraient favorisées. Par ailleurs, la Région miserait en priorité sur certaines filières : la transition énergétique, les énergies renouvelables (éolien, hydroélectricité, photovoltaïque et biomasse), la filière bois, l'agriculture alternative, la gestion des déchets, le recyclage, la construction de logements et les services aux seniors.

Haro sur le management vertical : les méthodes de gestion seraient repensées, en particulier dans l'artisanat et le petit commerce. Car Auvergne-Rhône-Alpes conditionnerait également son aide à la mise en place de statuts coopératifs dans les entreprises, d'emplois et d'espaces de travail partagés, d'incubateurs et de systèmes de solidarité bancaire. La mutualisation des ressources financières pourrait passer par l'expansion du fonds régional d'épargne solidaire et le développement des monnaies locales.

L'aménagement du territoire et l'environnement

La Région est également responsable du schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires (SRADDET). Un levier puissant pour amplifier les dispositions prises dans le volet du développement économique. Le principe qui prévaudrait serait celui de l'économie circulaire.

Premier domaine d'application : l'exploitation des déchets, avec la systématisation de la consigne et une pénalisation en cas d'absence de tri. Le recyclage et la transformation des différentes matières et matériaux deviendraient un gisement d'emplois considérable. Le SRADDET fixe aussi les objectifs de maîtrise et de valorisation de l'énergie, de lutte contre le changement climatique et la pollution de l'air.

En Auvergne-Rhône-Alpes, il s'agirait de réduire en cinq ans la consommation énergétique de l'habitat de 35 % et des industries de 25 %, de doubler les aires de captage d'eau protégées des pesticides et des déchets industriels ou encore de financer en grande partie le changement des équipements obsolètes de chauffage au bois.

Les transports

C'est le premier poste budgétaire de la Région, qui s'occupe des TER (trains et bus) à la suite de la décentralisation de cette compétence en 2002. Depuis, la collectivité contractualise avec la SNCF la mise en œuvre des services attendus. Elle finance également les projets de modernisation du réseau via les contrats de plan État-région (CPER).

Depuis janvier 2017, elle a récupéré des départements la responsabilité des autres transports interurbains (cars, notamment scolaires, gares routières, aérodromes et ports). L'exécutif écologiste favoriserait la problématique des premier et dernier kilomètres, en particulier en milieu rural, où des minibus électriques et autonomes seraient déployés pour réaliser des trajets à la demande, en parallèle de bourses accordées aux pratiquants de l'auto-partage et du covoiturage.

La Région pourrait être un financeur important de la construction de téléphériques urbains, à Grenoble et à Lyon, afin de réduire les bouchons et la pollution persistante dans ces métropoles.

Enfin, le transport ferroviaire de marchandises serait privilégié. Un objectif : passer dans les Alpes de 20 à 60 trains de fret par jour pour retirer 500 000 poids lourds des routes. Dans la vallée du Rhône, le trafic ferroviaire pourrait aussi être multiplié par trois. Le report des marchandises sur le rail permettrait de réembaucher de nombreux cheminots aux conditions de l'actuel statut menacé. Enfin, la création d'un opérateur public régional garantirait la pérennité du réseau TER malgré l'ouverture prochaine des lignes à la concurrence.

La gestion du développement agricole et rural

Depuis 2014, la région Auvergne-Rhône-Alpes est devenue seule autorité de gestion des fonds européens, dont le fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER). Ses missions : favoriser l'installation des jeunes agriculteurs, soutenir les zones contraintes, appliquer les mesures agroenvironnementales et climatiques (agriculture biologique, Natura 2000, directive cadre sur l'eau) et intensifier les investissements dans les secteurs agricole, agroalimentaire et forestier.

Pour ce faire, les écologistes mettraient en place un "Green New Deal" mobilisant un maximum d'agriculteurs vers des cultures biologiques, paysannes et locales. L'élevage ferait l'objet d'une attention particulière, l'autonomie fourragère étant considérée comme un rempart contre les crises sanitaires. Des "ceintures vertes" maraîchères seraient établies ou pérennisées autour des villes pour garantir un approvisionnement local et réduire les distances parcourues. Ces circuits courts bénéficieraient notamment aux cantines des lycées, où les protéines végétales seraient de plus en plus servies.

En ligne de mire : la souveraineté alimentaire sur le territoire d'ici 2035. Ce qui permettrait à la région de se déclarer "hors-TAFTA". Cet accord de libre-échange en négociation entre l'Union européenne et les États-Unis est accusé de renforcer les pouvoirs de l'agro-industrie. Mais cette déclaration de sécession audacieuse resterait polémique. Et pourrait bien coûter leur place aux écologistes lors du scrutin de 2027...

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