Le décollage des navettes volantes du navigateur Alain Thébault se fera … en Suisse

Après avoir été placé en faillite personnelle par le tribunal de commerce de Paris en novembre 2020, le navigateur et multi-entrepreneur français Alain Thébault a obtenu l’annulation de son interdiction de gestion par le tribunal judiciaire de Paris, fin décembre 2021. Le skipper peut à nouveau exercer en France au terme d’une procédure peu commune, même s’il a désormais placé ses pions dans un nouveau projet de navette volante en Suisse, The Jet.

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Depuis son départ du projet SeaBubbles, le navigateur veut désormais, avec The Jet, améliorer encore son concept de bateau volant, qu'il estime avoir seulement « ébauché » avec Seabubbles.
Depuis son départ du projet SeaBubbles, le navigateur veut désormais, avec The Jet, améliorer encore son concept de bateau volant, qu'il estime avoir seulement « ébauché » avec Seabubbles. (Crédits : DR)

[Article mis à jour à 17h30]

Après avoir lancé les projets Hydroptère puis SeaBubbles, le skipper français Alain Thébault, serial entrepreneur depuis plusieurs années, est en passe de clôturer un chapitre sur le terrain judiciaire.

L'entrepreneur, qui avait fait l'objet d'une procédure de faillite personnelle, dans le cadre de la liquidation de sa première société, Hydroptère (intervenue en juin 2017 et ayant généré un passif de 509.595 euros, ndlr), avait été jugé en première instance par le tribunal de commerce de Paris. En son absence, il avait écopé d'une interdiction de conduire toute activité entrepreneuriale en France pour une durée de sept ans, le 17 novembre 2020.

Selon cette première décision que La Tribune a pu consulter, la justice évoquait alors à l'époque des « fautes de gestion » et reprochait notamment au navigateur de ne pas avoir fourni au liquidateur les documents comptables requis, « ni déposé de comptes annuels depuis l'exercice du 31 décembre 2011 », de ne s'être présenté à aucun audience ou encore de « ne pouvoir ignorer l'état de cessation des paiements » de sa société.

De son côté, Alain Thébault, qui avait vendu son domicile parisien dès 2013 pour entreprendre une traversée du Pacifique, a opposé une forme de « négligence » mais surtout, la non-réception des courriers qui lui étaient destinés, suite à son départ à l'étranger. Entre son retour des Etats-Unis vers la France en 2017, d'abord sur l'île de Porquerolles, puis dans un nouveau logement à Paris, et ensuite en Suisse, à compter de 2019, il a changé plusieurs fois de domicile tout en conservant des responsabilités au sein de SeaBubbles (jusqu'à début 2021, ndlr), dont le siège est demeuré à Lyon.

« J'ai été jugé sans le savoir et sans jamais avoir été convoqué, puisque les notifications sont arrivées à une adresse à laquelle je n'habitais pas depuis longtemps. J'ai donc réalisé une procédure rarissime avec l'aide de mes avocats, qui était d'assigner directement la procureure de Paris pour obtenir réparation », explique-t-il aujourd'hui à La Tribune. Et d'ajouter : « il n'y a pas de suivi du courrier au milieu de l'océan... »

Chronologie de l'annulation d'une décision 

C'est en son absence qu'une première procédure de faillite personnelle avait été diligentée, aboutissant à une décision de condamnation entérinée le 17 novembre 2020 et dont il affirme ne pas avoir eu connaissance... jusqu'à ce que celle-ci ne soit reprise dans le cadre d'un article, paru le 30 juin 2021 au sein du journal suisse l'Agefi.

Celui-ci avait été suivi d'un communiqué de presse, rédigé cette fois quelques jours plus tard (le 7 juillet 2021) par le fonds Mediapp Innovation, le repreneur de sa seconde entreprise SeaBubbles, reprenant l'information en ces termes : « Le 24 février dernier, le conseil d'administration a choisi de se séparer d'Alain Thébault qui, depuis cette date, ne fait plus partie de l'équipe SeaBubbles. Jean-Marie Nicot-Bérenger, spécialiste de la construction navale, a été nommé Directeur Général de l'entreprise. Si nous avons choisi de vous informer de cette évolution, c'est à la suite d'un appel d'un journaliste sur la base d'une information parue dans le journal Agefi le 30 juin 2021 : " (...) lors de cet entretien, Alain Thébault n'a pas mentionné qu'il a été déclaré en faillite personnelle le 17 novembre 2020 par le tribunal de commerce de Paris pour une durée de 7 ans. »

Pour Alain Thébault, il s'agit d'une forme d'instrumentalisation » de la décision, évoquant des procédés « nauséabonds » ainsi qu'une « cabale judiciaire » de la part de ceux qui sont devenus, de fait, ses concurrents, et qui se seraient associés, selon ses dires, à une concurrente suisse.

Après la vente de SeaBubbles à ce fonds lyonnais en décembre 2020, qui comprenait une clause prévoyant de le maintenir à la tête de l'entreprise durant trois ans, le fondateur avait quitté le navire au printemps 2021. Selon lui, le projet "avait perdu de sa substance à la suite suite au départ d'au moins quatre cadres de l'entreprise", le navigateur français avait choisi de remonter un autre projet de navette volante, cette fois en Suisse, à l'origine sous le nom Bubblefly, puis finalement renommé The Jet.

En conflit ouvert avec ses repreneurs, il évoque désormais sa volonté de porter plainte en diffamation à leur encontre. « Cette décision du 20 décembre 2021 est la preuve que la justice française fonctionne », a estimé Alain Thébault, qui se félicite qu'après « six mois de descente aux enfers », sa capacité de gestion ait été restaurée.

Ce nouveau jugement, que La Tribune a pu consulter, déclare en effet non-avenue la précédente décision rendue le 17 novembre 2020 par le tribunal de commerce de Paris au motif que les « diligences effectuées le 25 novembre 2020 » pour signifier à Alain Thébault le jugement du 17 novembre se sont révélées « insuffisantes ». De facto, le jugement a été non avenu.

« Une annulation peut en effet intervenir lorsqu'un vice de procédure empêche de traiter une question de fond, ou empêche le caractère contradictoire d'une décision, d'autant plus que l'interdiction de gestion reste une procédure complexe et demande de pouvoir attester d'une faute de gestion lourde et intentionnelle », nous confirme un juriste.

Le navigateur voit donc l'ensemble des charges délivrées par le tribunal de commerce de Paris (dont l'interdiction de gestion pour une durée de sept ans) annulées depuis le 20 décembre dernier, la décision ayant été signifiée de manière « exécutoire de droit à titre provisoire ».

Ce qui signifie également qu'elle demeure sous réserve qu'aucune procédure d'appel ne soit exercée par le ministère public ou le mandataire judiciaire, selon des conditions de prescription courant, généralement dans ce type d'affaires, à partir du prononcé de la décision de liquidation judiciaire. Contacté, le mandataire judiciaire ayant été chargé de la liquidation n'a pas répondu à nos sollicitations.

« Il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'un cas assez unique que de remonter jusqu'au Procureur de la république sur ce type d'affaires », reconnaissent des sources proches du milieu du droit.

The Jet, la nouvelle version d'un projet « amélioré »

Une bonne nouvelle donc pour l'entrepreneur, qui dit avoir depuis sommé les repreneurs de SeaBubbles de présenter leurs excuses. Contactés, ces derniers « ne souhaitent plus communiquer sur le départ de Mr Alain Thébault, qui date de début 2021 ».

Même s'il ne compte pas réinstaller sa nouvelle entreprise en France dans un horizon proche, Alain Thébault estime désormais que sa « légitimité » a ainsi été restaurée, alors qu'il se trouvait en pleine campagne de levée de fonds en Suisse pour une nouvelle aventure entrepreneuriale.

Et d'ajouter : « cette affaire m'a fait beaucoup de mal, mais j'ai l'habitude d'aller au bout de ce que je poursuis. J'ai complété mon double record de voile après m'être crashé trois fois ». Et cette décision a pour lui une valeur particulière puisque, depuis son départ du projet SeaBubbles, le navigateur veut désormais, avec The Jet, améliorer encore son concept de bateau volant, qu'il estime avoir seulement « ébauché » avec Seabubbles.

Son objectif : en proposer une version basée désormais sur l'usage de deux piles à combustible à hydrogène, permettant d'atteindre une vitesse supérieure, de l'ordre de 70 km/h, et dont le design aurait été entièrement repensé.

« Ce n'est qu'à cette vitesse que des projets de desserte de villes peuvent être envisagés comme Dubaï, Hong Kong ou même une liaison entre l'aéroport de Nice et Monaco, qui pourrait se faire en 7 minutes au lieu de 15 minutes et serait aussi quatre fois moins chère qu'en hélicoptère » affirme celui qui s'est déjà affiché aux côtés du prince Albert de Monaco au sein des médias.

Le navigateur français désormais établi en Suisse, aurait pour cela recruté une équipe de 10 personnes, « dont un directeur technique en provenance d'un grand groupe automobile, un directeur financier venant de Cisco, ainsi qu'un nouveau directeur général, arrivant d'un fonds souverain basé en Arabie Saoudite ». Et se préparerait désormais à communiquer « au cours du premier semestre 2022 » de nouveaux développements, dont la clôture d'une première tranche de levée de fonds qui atteindrait 5 millions d'euros, ainsi que sur de premières pistes commerciales.

« Nos premiers clients seront à l'étranger, et notamment en Asie, dans le Middle East ». Et d'ajouter : « Je reviendrais peut-être un jour créer des emplois en France ». Il prépare en parallèle un troisième livre, à paraître à l'automne, où il reviendra entre autres, sur la naissance de son aventure The Jet.

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