Pierre Rabhi : "Avec cette pandémie, on est remis à notre place"

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Avec Cyril Dion, Pierre Rabhi a notamment fondé le mouvement Colibris qui accompagne les gens dans leurs transformations. Il prône donc le retour à la collectivité à taille humaine, au vivant et au palpable.
Avec Cyril Dion, Pierre Rabhi a notamment fondé le mouvement Colibris qui accompagne les gens dans leurs transformations. Il prône donc le retour à la collectivité à taille humaine, au vivant et au palpable. (Crédits : Bruno Verrier)
Pierre Rabhi, penseur, paysan et essayiste écologiste, était invité vendredi dernier à intervenir lors d'un Seb Talks. Une rencontre inédite où le temps d'une heure, il a partagé ses réflexions sur le sens global de la vie, le progrès, le rapport à la nature ainsi que le salut de l'humanité dans l'amour et la sobriété, avec les salariés du géant de l'équipement domestique.

"J'aimerais tant me tromper." Ce souhait est le titre du dernier livre de Pierre Rabhi, publié en octobre 2019. Un an et une pandémie mondiale plus tard, l'essayiste octogénaire admet :"Pour être honnête, non, je ne me suis pas trompé."

"Aujourd'hui, nous sommes confrontés à une réalité simple : est-ce que l'on va pouvoir survivre ? Ce que j'ai tiré de cette pandémie, c'est qu'on est remis à notre place. Peut-être qu'un jour, il y aura un virus beaucoup plus mortel. [...] Aujourd'hui, il faut prendre conscience que nous sommes une espèce vulnérable, il faut le prendre comme une initiation."

Passée la question d'actualité, il est revenu sur la question fondamentale du sens, lors d'une conférence qui était organisée dans le cadre des Seb Talks, au sein même de l'entreprise éponyme, à Écully (69).

Avec d'un côté Pierre Rabhi, le penseur, paysan écologiste et minimaliste installé en Ardèche et de l'autre Seb, le géant de l'équipement domestique au chiffre d'affaires à sept milliards d'euros et implanté dans des centaines de pays. La rencontre entre les deux surprend, mais Pierre Rabhi est venu délivrer un message. "On m'a demandé de venir, alors je suis venu. Je n'ai pas de préjugés. Je parle à toutes les âmes et mon discours sera le même partout", déclare-t-il. En plus des quarante personnes présentes dans la salle, environ 400 autres l'ont suivi en live.

Pierre Rabhi

La toute relativité de l'intelligence

Pierre Rabhi est "retourné à la terre", il y a 55 ans. Il est installé en Ardèche, avec sa compagne, où il pratique une agriculture écologique.

"On est sur une planète sympa dont on a fait un champ de bataille. On est si stupide qu'on a donné plus d'importance à la mort qu'à la vie. On se place du côté de la destruction, il n'y a qu'à voir les budgets colossaux de l'armée. J'imagine des extraterrestres nous examinant : comment pourraient-ils conclure que nous sommes intelligents ?"

La notion même d'intelligence serait à revoir. Selon lui, elle se trouve dans la nature, la mécanique du corps, le savoir-faire agricole, et pas seulement dans l'intellect.

"L'intelligence n'est pas une question d'aptitude : il faut beaucoup d'aptitudes pour faire une bombe atomique, et au contraire être stupide pour le faire !"

Alors d'où viendrait ce désir de possession et de destruction propre à l'humain ? "Le gros problème de l'humain, c'est qu'il sait qu'il va mourir, ce qui n'est pas facile à assumer." Alors il détruit, il accumule, possède et à mesure qu'il évolue, il se rend compte qu'il ne sait, finalement, pas grand-chose sur le monde qui l'entoure. La solution ? L'amour et aussi l'éducation, bien sûr.

"Quand l'enfant arrive au monde, il est innocent, c'est une splendeur. Puis, ça commence à mal tourner quand on lui dit d'être le meilleur, d'être productif. Ensuite, il y a aussi les différences entres les hommes et les femmes, on dit par exemple aux garçons de ne pas pleurer. C'est une gabegie car il faut de l'amour, de la créativité !"

Renoncer à la course au progrès pour être heureux

A travers ses multiples projets, Pierre Rabhi a contribué à développer des initiatives solidaires et écologiques. Avec Cyril Dion, il a notamment fondé le mouvement Colibris qui accompagne les gens dans leurs transformations. Pierre Rabhi prône donc le retour à la collectivité à taille humaine, au vivant et au palpable.

"De la maternelle à l'université, on est en boîte. On se divertit même en boîte. On travaille en boîte et on y va en caisse, en attendant qu'on nous mette dans une dernière grande boîte. [...] On brade son existence contre un salaire."

Pierre Rabhi Portrait

Le progrès, auquel il n'aspire pas particulièrement, ne vaut selon lui que s'il contribue au bonheur. Les métropoles, la technologie, la mondialisation sont autant "d'absurdités".

"Je vis dans une population qui n'a pas spécialement d'aspiration au progrès, mais qui passe son temps à chanter et à danser" , remarque-t-il.

Et d'ajouter, sur la sobriété et la consommation, de prendre exemple sur la nature :

"Quand un lion est rassasié, il ne chassera plus, il n'aura pas un entrepôt d'antilopes et n'en fera pas un commerce."

Alors comment évoluer ? "Les consciences ne peuvent pas être éclairées sans que les actes viennent", affirme le paysan ardéchois.

"Ça va paraître banal, mais aimons nous les uns les autres", conclut-il.

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