Régionales 2021. La feuille de route du futur exécutif régional, vue par le Ceser

INTERVIEW. Antoine Quadrini a été réélu, en janvier dernier, à la tête du Conseil Économique Social et Environnemental Régional (CESER) Auvergne-Rhône-Alpes, pour son second mandat. Alors que le dépôt des candidatures pour le 1er tour des régionales est prévu d'ici le 17 mai prochain, le président de cette assemblée constituée de représentants de la société civile livre à La Tribune sa vision des enjeux clés à venir pour cette campagne.

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Antoine Quadrini a été réélu début 2021 à la présidence du Ceser Auvergne-Rhône-Alpes.
Antoine Quadrini a été réélu début 2021 à la présidence du Ceser Auvergne-Rhône-Alpes. (Crédits : DR)

Antoine Quadrini a été réélu, en janvier dernier, à la tête du Conseil Économique Social et Environnemental Régional (CESER) Auvergne-Rhône-Alpes, pour son second mandat. Indépendante, cette assemblée constituée de représentants de la société civile organisée (entreprises, syndicats de salariés, associations et personnalités qualifiées ; 120 organisations représentées) a vocation à éclairer et enrichir la décision publique régionale.

LA TRIBUNE AURA - Aujourd'hui, est-ce que la fusion de l'Auvergne et de Rhône-Alpes au sein d'une même région est définitivement acceptée et optimisée, ou est que le prochain exécutif aura encore un travail à mener en ce sens ?

Cette fusion n'a pas été simple. La dimension psychologique, la peur de l'Auvergne de se faire avaler par Rhône-Alpes, n'avait probablement pas été suffisamment anticipée. Cela s'est traduit dans toutes les strates, dans tous les organismes qui ont dû fusionner.

Aujourd'hui, cette étape est derrière nous. Vraiment. Toutes ces appréhensions ont été effacées et nous sommes désormais en ordre de marche pour agir ensemble.

Lorsqu'on nous regarde de l'extérieur, la région est bien perçue comme une et entière. Les deux territoires en sont sortis gagnants, pas seulement l'Auvergne comme certains pouvaient l'évoquer. Rhône-Alpes sort aussi grandie de cette alliance, notamment sur le tourisme et les sujets agricoles.

Vous parlez d'alliance gagnante/gagnante, quelles sont aujourd'hui les forces économiques du territoire ?

Je crois que nous avons beaucoup plus de forces que de faiblesses. D'abord, notre positionnement géographique, au cœur de l'Europe. Ensuite, notre industrie qui est une de nos forces majeures, avec notamment nos entreprises de l'agroalimentaire. Et puis, notre tourisme, avec le premier de nos atouts : la montagne.

Je pense aussi à l'Economie Sociale et Solidaire (ESS) qui représente plus de 250.000 emplois et qui représente, à mon sens, un vrai poids différenciant par rapport à d'autres territoires.

Auvergne-Rhône-Alpes peut aussi se prévaloir d'une vraie densité en matière d'enseignement supérieur et de recherche. Même s'il y a une marge de progression sur le sujet des synergies entre établissements mais aussi entre la recherche privée et la recherche publique.

La future Région devra inciter à aller beaucoup plus loin sur ces thématiques. On a vu que la crise actuelle a obligé le privé et le public à se rapprocher, cela a été positif, il faut donc continuer d'avancer sur ce thème.

Quelles sont les faiblesses du territoire avec lesquelles le futur exécutif régional devra composer ?

Nous avons repéré au cours de ces dernières années, et cela a vraiment été mis en exergue pendant cette crise sanitaire, une problématique concernant l'organisation des politiques publiques.

Il existe une addition de compétences (Région, Etat, Département, Communes) parfois inaudible. Il est nécessaire d'avoir un chef d'orchestre qui mette en musique tout cela, dans les domaines économique, social, sanitaire etc.

Pendant cette crise, le territoire s'en est plutôt bien sorti car les élus ont su dialoguer entre eux, ce qui n'a pas été le cas partout en France, mais il faut aller plus loin aujourd'hui dans le dialogue. Je préconise une institutionnalisation du dialogue afin qu'il devienne une force réelle.

Sur le domaine économique, très clairement, il faut que les politiques publiques soient coordonnées par la Région afin que l'intelligence collective puisse avoir un impact majeur. Idem pour les sujets de l'énergie, ou de la gestion des déchets.

La Région a déjà la compétence économique, mais l'Etat doit encore renforcer ses prérogatives.

D'autres faiblesses ?

La transition numérique est un vrai sujet. Là-encore, la crise a mis cruellement le doigt sur ce problème. Nous avons bien vu qu'il y avait, d'un côté, ceux qui pouvaient utiliser les outils numériques, et d'un autre côté, tous les autres, notamment dans les territoires encore faibles sur ces sujets.

La Région doit jouer son rôle pour ne pas laisser de côté les territoires pour lesquels les opérateurs privés ne veulent pas agir. Il y a encore trop de zones blanches.

Autre faiblesse dont on ne parle pas beaucoup mais qui me parait vraiment primordiale et sur laquelle la Région doit travailler : le nœud ferroviaire lyonnais. S'il y a un seul dossier majeur à traiter, en matière de transports, c'est bien celui-là.

Un tiers des retards des TER de la région est imputable au nœud ferroviaire lyonnais.

Nous sommes au centre de l'Europe mais ce nœud ferroviaire en est le premier maillon faible qui vient fragiliser l'ensemble des forces d'Auvergne-Rhône-Alpes.

D'autres points noirs : les lignes Saint-Etienne/Lyon et Lyon/Clermont.

Cette crise a mis également en avant la perte de souveraineté de la France dans un certain nombre de domaines. Pour vous, à quelles filières la future Région doit-elle être particulièrement attentive et en position de soutien fort ?

Le soutien à telle ou telle filière doit s'inscrire dans une réflexion globale. Elle doit permettre de viser à l'équité des territoires. L'enjeu principal consiste à ce que les habitants de notre région puissent travailler, se former, se cultiver là où ils vivent sans être obligé de partir ailleurs. C'est à partir de cet objectif-là qu'il faut appuyer telle ou telle filière, sans desservir d'autres territoires.

Dans ces conditions, il est utile d'être attentif aux circuits courts. Y compris dans l'industrie, afin que les donneurs d'ordre travaillent avec les acteurs locaux.

Les sous-traitants doivent ainsi être une cible privilégiée de l'action publique, notamment pendant cette crise. Sinon, nous risquons de perdre définitivement des compétences.

Le "quoi qu'il en coûte" national et régional, pendant cette crise, doit-il être poursuivi ?

Nous avons validé cette stratégie au niveau du Ceser car il fallait absolument préserver les emplois et les compétences. Aujourd'hui, il faut penser à l'après-crise et accélérer sur la formation qui est une des compétences majeures de la région.

Ce qui a été initié pendant la crise, sur la transformation digitale notamment, ne doit pas devenir une parenthèse. Il faut aider les acteurs locaux à se former et à se professionnaliser, afin que cette transition devienne pérenne et se transforme en réelle opportunité.

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