Régionales : ce que les usagers de la SNCF attendent du futur exécutif (et ce n'est pas le train à hydrogène)

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(Crédits : A. Février)
A deux mois du premier tour des élections régionales, la Fédération régionales des associations d'Usagers des Transports (FNAUT) vient de transmettre sa liste de doléances aux principaux candidats à la présidence de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. De quoi nourrir les programmes des futurs candidats, et de clamer aussi que le train à hydrogène, sujet en plein boom, n'est pas vu comme un enjeu "prioritaire" pour ses usagers.

La Fédération régionale des Associations d'Usagers des Transports (FNAUT Auvergne-Rhône-Alpes) vient d'envoyer sa liste au Père Noël. Un père Noël qui ne descendra pas par la cheminée, mais qui portera les couleurs de Laurent Wauquiez ou d'un de ses concurrents aux futures élections régionales.

Car la Région est l'autorité régulatrice du transport régional des voyageurs. A ce titre, elle décide du nombre de dessertes, de la fréquence des trains, achète le matériel roulant et participe à la modernisation ainsi qu'à l'entretien des infrastructures (quais, voies, réaménagement des gares, parkings relais).

Un tiers du budget de la Région Auvergne Rhône-Alpes, soit 1,7 milliard d'euros en 2021, est ainsi consacré à ce sujet.

La collectivité est d'ailleurs liée avec la SNCF par une convention quinquennale, 2017-2022 pour celle en cours, fixant les engagements réciproques. Chaque jour (hors période Covid), ce sont environ 1.500 TER qui circulent sur les réseaux ferrés de la région, avec à leur bord, plus de 200.000 voyageurs.

La voix de la FNAUT Aura, qui les représente à travers ses 28 associations adhérentes en Auvergne-Rhône-Alpes, pourrait donc constituer bien plus que l'épaisseur du trait dans les prochaines élections régionales.

Consciente de l'enjeu, et de l'opportunité que représentent ces élections pour se faire entendre auprès de leur principal interlocuteur, la Fédération Régionale des Usagers des Transports a donc remis son cahier de doléances aux candidats déjà lancés dans la course.

Le Nœud Lyonnais, (toujours) dans le viseur des usagers

Doléances au premier rang desquelles figure l'accélération des grands projets régionaux majeurs, notamment ceux concernant le Nœud Ferroviaire Lyonnais et le Contournement Ferroviaire.

Le premier est considéré comme primordial par l'ensemble des parties prenantes. En effet, selon les chiffres fournis par SNCF Réseau, un tiers des retards des TER circulant dans toute la région sont imputables à la congestion profonde de cet épicentre situé à la convergence de 15 lignes ferroviaires européennes, avec une connexion de six branches régionales.

Cette problématique, connue depuis de très nombreuses années, fait l'objet d'un investissement de 310 millions (Etat/Région/UE/SNCF Réseau/Métropole de Lyon et CNR) sur les années 2015/2025.

Un peu plus d'un an après le débat public qui devait préparer l'étape d'après, une conférence de presse commune entre les différents partenaires, présentait il y a quelques semaines les avancées de cette première étape (avec une amélioration significative de la ponctualité dans les gares lyonnaises) et annonçait les prochaines étapes, avec plusieurs études lancées, pour jalonner un nouveau plan d'investissement à valoir pour les 20 prochaines années.

"Les choses avancent très très doucement alors que les usagers subissent tous les jours des désagréments. Il faut accélérer !", lance Nicolas Peyrard, président de la FNAUT Sud Loire, et futur président de la FNAUT Aura (il prendra ses nouvelles fonctions en même temps que le nouvel exécutif régional).

Et son contournement, autre dossier clé

Concernant le projet de Contournement Ferroviaire Lyonnais (CFAL), il s'agit là d'un serpent de mer, vieux de 20 ans, long de plus de 70 kilomètres... et nécessitant un investissement de plus d'un milliard d'euros, visant à développer le fret ferroviaire tout en contournant la métropole lyonnaise.

Avec à la clé donc un décongestionnement du trafic. Mais classé comme non prioritaire par le rapport "Mobilité 21" de Philippe Duron, il devra attendre au moins 2030.

"Le CFAL permettrait non seulement de détourner le fret de transit mais aussi de créer un accès TER à l'aéroport Saint-Exupéry depuis Saint-Etienne et Grenoble par exemple", insiste Nicolas Peyrard.

Selon Jean-Charles Kohlhaas, vice-président EELV de la Métropole de Lyon interrogé par Rue89Lyon, le CFAL permettrait en outre de retirer la circulation sur le territoire de près de 9.000 camions par jour. "Le nouvel exécutif ne sera pas décisionnaire mais il peut faire du lobbying sur le sujet", plaide Nicolas Peyrard.

Autre grand projet ferroviaire dans la région : le Lyon-Turin dont la facture sera finalement allégée pour la France, puisque l'Union Européenne a annoncé qu'elle prendra à sa charge 55% du coût au lieu des 40% initialement proposés.

Cela concernera en effet le tunnel transfrontalier, mais aussi les voies d'accès à l'ouvrage, côté français. Car les 270 kilomètres de lignes entre Lyon et Turin, au carrefour de l'Europe, sont également stratégiques dans ce grand projet visant à favoriser le fret ferroviaire. Pour la FNAUT, au-delà du fret, ces investissements devront permettre d'améliorer l'accès voyageurs dans les Alpes.

Améliorer l'existant ou se lancer dans des projets innovants ?

Autre doléance notable de la fédération régionale des usagers des transports : la modernisation du réseau. "Il est franchement vieillissant, il ne pourra pas absorber les hausses de trafic, notamment sur les lignes Lyon/Tarare, Lyon/le Puy ou Lyon/Annecy)", poursuit le futur président de la fédération régionale.

"Il faudrait doubler certaines lignes pour permettre le développement de l'offre et la robustesse des dessertes (Villars-les-Dombes/Bourg-en-Bresse, Romans/Saint-Marcellin, Aix-les-Bains/Annecy etc). Et puis, certaines lignes à fort trafic ne sont toujours pas électrifiées, par exemple le Lyon/Bourg-en-Bresse ou le Lyon/Clermont-Ferrand".

Sur ce dernier point, est-ce que l'expérimentation du train à hydrogène pourrait faire bouger les lignes ?

Mi-février, Laurent Wauquiez confirmait en effet la commande de trois trains à hydrogène qui devraient entrer en circulation dès 2023, avec une volonté affichée de démarrer cette expérimentation sur la ligne Clermont-Lyon, très consommatrice de gazoil. Une commande à 52 millions d'euros auprès d'Alstom, financée par la Région.

"Il s'agit pour moi d'un symbole très fort, qui unit les deux parties de notre région. Je serai attentif à ce que l'Auvergne ne soit pas oubliée", a ainsi promis récemment Laurent Wauquiez à l'occasion d'une conférence de presse sur le sujet.

Le symbole du train à hydrogène attendra

Un symbole auquel ne semble pas sensible la Fédération régionale des usagers. "Aujourd'hui, il y a des sujets bien plus importants que le train à hydrogène. En particulier sur cette ligne qui présente de nombreuses faiblesses : il faut des trains plus ponctuels, avec plus de places assises et plus de dessertes".

Pour justifier cette position, Nicolas Peyrard rappelle que "comme toute expérimentation, le train à hydrogène aura des défaillances techniques. Or, cette ligne ne peut pas le supporter".

Et de marteler :  "Nous ne sommes pas contre les trains à hydrogène, mais il y a d'autres urgences. Les émissions de gaz à effet de serre des trains sont minimes par rapport à d'autres sources. Si on veut parvenir à un vrai basculement des usagers sur le ferroviaire, il est beaucoup plus urgent d'améliorer la robustesse, la rapidité et les dessertes".

Enfin, la FNAUT demande au futur exécutif régional de stopper toute fermeture de ligne et de s'engager sur un plan de réouverture.

Notamment sur le tronçon Boën-Thiers, tronçon manquant pour une desserte directe entre Saint-Etienne et Clermont-Ferrand. "Au début du mandat de l'exécutif actuel, la décision avait été prise par la SNCF de fermer ce tronçon car il n'était plus dans un état satisfaisant, la Région avait choisi de ne pas financer son entretien. Il a néanmoins été acté le mois dernier de mener une étude sur la faisabilité de la remise en fonctionnement de ce tronçon".

Autre remise en route souhaitée par la fédération des usagers : la rive gauche du Rhône entre Vienne et Lyon, fermée au trafic voyageurs depuis les années 70. Idem pour la Rive droite du Rhône entre Valence et le Teil (Ardèche).

Le plan de relance en appui

Sur l'ensemble des dossiers cités, le prochain président de la Région pourrait s'appuyer, notamment, sur le plan de relance.

En Auvergne, un accord à 280 millions d'euros a été signé début octobre dans le cadre du Contrat de plan Etat-Région, boosté par le plan de relance.

Il comporte trois volets : d'abord, la liaison ferroviaire Paris-Clermont avec des travaux qui devraient permettre de gagner 15 minutes sur les trajets avec arrêts et de faire progresser la régularité des trains. De plus, un aller-retour supplémentaire est créé dès cette année. Ensuite, le fret ferroviaire avec la rénovation de 5 lignes, notamment Volvic-Le Mont Dore. Et enfin, les petites lignes de voyageurs avec 130 millions d'euros d'investissement supplémentaires (65 milllions de la Région et 65 millions de l'Etat).

Sur ce point des petites lignes, Laurent Wauquiez vient par ailleurs d'annoncer que la Région allait intervenir auprès de la SNCF pour la cession " à un prix très compétitif" de neuf rames de train au projet Railcoop.

Cette ligne privée Montluçon-Lyon apporterait en effet, selon la Région, "une solution de transport pour l'instant inexistante", avec deux allers-retours par jour d'ici 2022 et la desserte, dans la région, des gares de Lyon, Roanne, Saint-Germain-des-Fossés, Gannat et Montluçon. Ces rames, en fin de vie, auront besoin d'une rénovation. Que pourraient justement assurer les ACC, installés à Clermont.

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