Place du marché (ex-Toupargel) : face à l'absence de repreneur, les craintes des 1.600 salariés au plus haut

Ce 11 janvier, le Tribunal de commerce de Lyon décidera de l'avenir de Place du Marché (ex-Toupargel). Si aucun repreneur ne se manifeste d'ici-là - ce qui est la voie la plus probable - la société basée dans le Rhône devrait être placée en liquidation judiciaire. Les 1.600 salariés de Place du Marché, plus 200 autres de sociétés sœurs, se retrouvent sur la sellette. Le CSE de Place du Marché dénonce la rapidité avec laquelle s'est déroulée la procédure et demande des indemnités supra-légales à ses actionnaires, Léo et Patrick Bahadourian, qui avaient repris Toupargel en 2020.
(Crédits : DR)

Depuis fin novembre 2022, Place du Marché (ex-Tourpargel), entreprise de livraison à domicile de produits alimentaires dans les zones rurales, a été placé en redressement judiciaire.

Un potentiel repreneur, Tazita, s'était positionné avant de se retirer en décembre. Le 11 janvier, le Tribunal de commerce de Lyon devrait donc prononcer la liquidation judiciaire de Place du Marché, si aucun autre repreneur ne se manifeste. Pour justifier cette  posture, l'entreprise évoque la crise sanitaire, l'inflation ou un virage numérique pris trop tard. L'entreprise dont le siège est à Civrieux-d'Azergues (Rhône), compterait actuellement entre 150.000 et 160.000 clients. Il en manquerait 130.000 de plus pour être à l'équilibre.

L'avenir d'environ 1.800 salariés (dont 1.600 pour Place du Marché) à travers toute la France est en jeu. Ce plan comprenant aussi les salariés des sociétés Eismann et Touparlog, sociétés sœurs de Place du Marché. "En moyenne, dans le groupe, les salariés ont dix ans d'ancienneté", souligne Wafaa Kohily, secrétaire CSE et élue CGT à Place du Marché.

Toupargel déjà en difficulté à l'époque

En janvier 2020, les frères Léo et Patrick Bahadourian ont repris l'entreprise Toupargel et l'ont repositionnée aussi bien sur les produits que sur l'image de marque. Toupargel, était alors déjà en redressement judiciaire. Devenue Place du Marché en 2021, l'entreprise s'est repositionnée et proposait, en plus du surgelé, la livraison de produits alimentaires variés.

Peu après cette reprise, la crise sanitaire a commencé, générant une hausse de la demande. Le modèle historique de télévente et vente sur catalogue arrivant à bout de souffle, les repreneurs ont ainsi imposé de nouvelles stratégies aux salariés.

"Lors de la reprise, il y a eu beaucoup de promesses et de changements... Pour en arriver là", déplore Wafaa Kohily. On nous a dit que le Covid nous a mis dans le rouge, mais nous avons tous travaillé pour satisfaire les clients."

A savoir que les frères Léo et Patrick Bahadourian, actionnaires de l'enseigne Grand Frais, se positionnent en 90e rang des 500 plus grandes fortunes de France et à la cinquième place des plus grandes fortunes du secteur de la distribution, selon le classement du magazine Challenges. Le média local, Médiacités révélait aussi dans une enquête les dessous de l'empire financier offshore des deux frères. A Lyon, le nom Bahadourian est aussi connu pour son épicerie éponyme, gérée par un autre membre de la famille.

"Nous ne sommes pas en train de parler de patrons qui n'ont pas les moyens. Ils ont mis des stratégies sauvages en place. Normalement, on s'explique face aux salariés. Aujourd'hui, les salariés se sentent négligés et l'argent coule à flots de l'autre côté. Quand ils ont acheté, ils savaient qu'il y avait une dette et ça ne prend pas trois ans à se résorber", tranche la secrétaire CSE.

"Nous demandons le respect des travailleurs"

Dans cette affaire, les syndicats dénoncent la rapidité de la procédure par rapport à la taille de l'entreprise et aux enjeux salariaux : l'annonce de la mise en procédure de sauvegarde a été faite fin octobre 2022 et l'audience au tribunal de commerce qui prononcera, ou non, la liquidation se tiendra donc en janvier. "On est stupéfaits et choqués de cette marche forcée."

Une procédure expresse qui a été couplée à un manque de communication, selon le CSE : "A chaque étape, les élus ont dû demander une communication claire et saine. [...] Nos actionnaires se dédouanent de tout, surtout des salariés." Et d'ajouter : "Tous les jours, les élus répondent à des peurs légitimes de nos collègues. Nous sommes face à un mur qui ne comprend pas le désarroi, face à cette marche forcée et aux délais très courts. [...] Nous ne demandons pas un délai plus long, mais le respect des travailleurs."

Faute de repreneurs, les consignes en interne sont déjà à la liquidation : "La plupart des sites sont été fermés et des dispositions ont été prises", affirme Wafaa Kohily. L'entreprise compte une centaine de sites en France.

Le CSE demande aujourd'hui à ses actionnaires de "prendre en compte la casse sociale de 1.800 familles et, qu'au vu de leurs moyens financiers, ils reversent des indemnités supra-légales."

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 1
à écrit le 08/01/2023 à 10:49
Signaler
Le problème est le prix élevé et la faible qualité des produits proposés. Les conditions de travail y sont également catastrophiques, une représentante est passée chez moi se plaignant de sa fiat panda d'entreprise qui lui bousillait le dos tellement...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.