Innovation : ce que la crise Covid-19 a révélé pour les acteurs de la santé

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La crise sanitaire a « obligé » les acteurs de la santé à prospecter de nouveaux territoires d’innovation, comme en ont témoigné des laboratoires comme Boehringer Ingelheim,
Johnson & Johnson Medical, mais aussi des structures comme les Hospices Civils de Lyon ou l'incubateur Icare-Lab, à l'occasion du Forum Santé Innovation 2021 de Lyon.
La crise sanitaire a « obligé » les acteurs de la santé à prospecter de nouveaux territoires d’innovation, comme en ont témoigné des laboratoires comme Boehringer Ingelheim, Johnson & Johnson Medical, mais aussi des structures comme les Hospices Civils de Lyon ou l'incubateur Icare-Lab, à l'occasion du Forum Santé Innovation 2021 de Lyon. (Crédits : DR/La Tribune)
#FSI2021. La pandémie de Covid-19 aura apporté son lot de défis, mais aura aussi boosté l'innovation de manière significative. Un an plus tard, les acteurs de la santé sont revenus, à l'occasion du Forum Santé Innovation 2021 organisé par La Tribune, sur le bilan de ce que cette pandémie a mis en lumière, mais aussi sur la manière de conserver cette dynamique d'innovation à l'avenir.

La crise du Covid-19 nous l'a rappelé de façon assez cruelle : santé humaine, santé animale et santé environnementale sont étroitement liées. C'est le concept de « One Health » (une seule santé), formalisé dès 2004.

"Nous avions tendance à penser que les frontières s'étaient effacées pour l'être humain, mais nous avions oublié que les virus aussi prennent l'avion et passent facilement d'un pays à l'autre", souligne Erick Lelouche, président de Boehringer Ingelheim en France.

"Ces interactions entre santé animale, environnementale et humaine sont aujourd'hui mieux comprises et commencent à être suivies d'effet. Néanmoins, on ne va pas assez vite dans la prise de décision et peut-être pas assez loin. Ce n'est pas encore un réflexe mais ça doit le devenir", estime-t-il.

Pour lui, "le concept de One Health nous permettrait de faire tomber des barrières et de trouver des synergies. Boehringer Ingelheim est très présent en santé humaine et animale. En faisant travailler les gens ensemble, on se donne la possibilité d'innover davantage", assure Erick Lelouche.

Ainsi, dans son entreprise, vétérinaires chercheurs, médecins et pharmaciens chercheurs se sont assis à la même table pour travailler à des solutions de diagnostic et de traitement contre le Covid-19.

Partenariats publics-privés

Outre ces partenariats internes, les entreprises ont aussi noué des partenariats externes pour innover plus facilement. C'est le cas par exemple du laboratoire Johnson&Johnson -connu désormais pour avoir lancé, début 2021, le 4e candidat vaccin contre le Covid à l'échelle mondiale-, qui a noué des partenariats publics-privés afin de développer des applications.

"Nous avons développé l'application Covidom en collaboration avec l'APHP, afin de suivre les patients hospitalisés à domicile et de désengorger les hôpitaux", indique Christophe Duhayer, président de Johnson & Johnson Medical.

Pour lui, il est essentiel que les pouvoirs publics puissent se saisir des questions d'innovation en santé.

"Aux Etats-Unis, on a vu les bienfaits de la Biomedical Advanced Research and Development Authority (BARDA), qui a permis d'aider les entreprises à développer des vaccins. L'Union européenne s'est emparée de cette problématique et soutient la création de l'Health Emergency Response Authority (HERA)", se félicite-t-il.

Réinventer son métier

En parallèle des entreprises, les hôpitaux aussi ont dû se réinventer, comme le souligne Guillaume du Chaffaut, directeur général adjoint des Hospices Civils de Lyon (HCL).

"L'innovation fait partie de l'ADN d'un CHU", estime-t-il. "Nous avons un hôpital qui soigne, qui enseigne, qui cherche. Beaucoup de personnes ont su réinventer leur métier pendant la crise. Nous avons fait le choix dès le début d'essayer de recenser l'ensemble des innovations".

C'est ainsi que 130 idées nouvelles ont été recueillies par les HCL depuis le début de la crise sanitaire. Parmi les idées développées, les HCL ont par exemple créé une ferme d'impression 3D, toujours en activité, ou encore un espace de coworking pour les patients en hospitalisation de jour.

"Nous allons essayer de les faire vivre dans le temps", assure Guillaume du Chaffautk, qui concède que les innovations ont parfois été "très médicales", "parfois plutôt organisationnelles, ou touchent à la vie quotidienne". "Nous avons accéléré les prises de décision pour essayer de prolonger cette dynamique de l'innovation".

Dans ce but, les HCL viennent de créer une direction de l'innovation il y a quelques semaines.

"Nous avons créé un guichet unique, ouvert en permanence et nous avons dégagé un budget de 2 millions et demi d'euros par an, spécifiquement dédié à l'innovation. Nous allons également renforcer notre stratégie d'alliance avec l'écosystème : écoles, industriels, etc", détaille Guillaume du Chaffaut.

Agilité des structures

Néanmoins, "il ne suffit pas d'avoir des idées, il faut aussi les valider, les développer", met en garde Gérald Comtet, Directeur du Icare-Lab.

"Ce qui nous a frappés, c'est l'extrême agilité des structures engagées dans le domaine de la santé. Une étude réalisée par le Lab Santé Île-de-France s'est penchée sur ce qui se passait du côté des startups pendant la crise sanitaire dans plusieurs pays. Ils ont remarqué que la France avait été très dynamique sur des segments, hors du champ du vaccin et des thérapeutiques".

Ainsi, des propositions intéressantes ont vu le jour du côté de la logistique des organisations, du côté des patients, de l'appui aux soignants et aux personnes confinées, mais aussi dans le secteur du numérique (e-santé, téléconsultation).

"L'appropriation rapide de ces technologies questionne aujourd'hui. En effet, la téléconsultation a bondi de 6 % à 22 % l'an dernier et est redescendue à 6 % actuellement", observe Gérald Comtet.

Le directeur du Icare-Lab se dit également "frappé que les questions de prévention et de santé mentale soient entrées dans le discours politique". Il note que la problématique de la santé mentale a également émergé lors du dernier Hackathon, à travers l'idée d'un réseau d'entraide destiné aux étudiants avec des outils de chatbot.

Rendre les innovations pérennes

Pour Erick Lelouche, "la crise a été un révélateur. Les individus, les équipes et les organisations ont fait preuve d'adaptation. On parle beaucoup d'agilité, mais on a une nécessité d'être agiles", insiste-t-il.

Chez Boehringer Ingelheim, "du jour au lendemain, 34.000 personnes se sont retrouvées en télétravail. Un grand nombre d'entre elles ne sont pas revenues sur leur lieu de travail depuis un an". C'est pourquoi le laboratoire a lancé un projet mondial, appelé Future of work, en vue de redéfinir les modes de management des équipes.

Au total, 95 personnes sur le site de Lyon se sont portées volontaires pour réfléchir ensemble, avec l'objectif d'apporter des évolutions au cours des 10-15 ans à venir.

"Au départ, les managers étaient hostiles à cela, mais ils se rendent compte que ça marche. Notre objectif est d'arriver à des propositions dans les 18 mois, afin de mettre en place des solutions innovantes sur le long terme", développe Erick Lelouche.

Un enjeu de pérennité pour l'innovation

"L'enjeu est de rendre les innovations pérennes", complète Guillaume du Chaffaut. "C'est la raison pour laquelle, au sein des HCL, nous avons voulu saisir ces opportunités, afin de faire du CHU un terrain d'innovation permanente et que les personnes se sentent autorisées à avoir des idées innovantes. On va essayer de les faire maturer, en lien avec d'autres partenaires", prévoit-il.

Pour pérenniser certains projets, Gérald Comtet insiste sur la nécessité d'engager les patients dans les processus, car c'est eux qui vont en bénéficier à la fin. "On ne décrète pas l'innovation, on crée un environnement favorable pour elle", estime-t-il.

"Nous mettons à l'agenda un certain nombre de thématiques chaque année et nous contribuons à croiser les différentes parties prenantes, y compris les financeurs (Assurance maladie, mutuelles)." Mais il met en garde : "Il faut avoir une mémoire de ses échecs, pour éviter de reproduire des choses qui n'ont pas fonctionné".

Selon Christophe Duhayer, il sera nécessaire de lever quelques freins en France pour y attirer l'innovation, et notamment les problématiques de remboursement. "Il faut aussi continuer à inclure le corps médical français dans des études cliniques internationales", recommande-t-il.

Erick Lelouche estime pour sa part que "la collaboration est le mot-clé pour rendre l'innovation pérenne. Il faut faire tomber les barrières transdisciplinaires. Chez Boehringer Ingelheim, 50 % de notre portefeuille provient de partenariats", illustre-t-il.

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