L'Auvergne, plutôt que la Chine : pourquoi Rochias fait le pari de relancer une filière d'ail régionale

En région, on connaît l'ail drômois ou l'ail rose de Billom (Puy-de-Dôme), mais c'est sur un tout autre marché que veut se développer l'auvergnat Rochias. Ce spécialiste des condiments transformés depuis 1872 a été repris en 2019 par deux co-dirigeants, qui souhaitent désormais développer une filière d'ail régionale, sous une forme précise : l'ail déshydraté. Un marché jusqu'ici monopolisé par la Chine, mais que Rochias souhaite conquérir en recréant et valorisant une filière auvergnate.

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Actuellement, Rochias produit 300 tonnes d'ail déshydraté, et son objectif est d'atteindre les 1.000 tonnes produites d'ici deux saisons dans la région, ce qui représente une surface de 100 hectares.
Actuellement, Rochias produit 300 tonnes d'ail déshydraté, et son objectif est d'atteindre les 1.000 tonnes produites d'ici deux saisons dans la région, ce qui représente une surface de 100 hectares. (Crédits : DR Rochias)

Relancer la filière d'ail déshydraté en région. Tel était l'objectif d'Eric Villain et Thierry Sclapari, co-dirigeants, lorsqu'ils ont repris l'auvergnat Rochias, en novembre 2019. Spécialiste dans les condiments transformés depuis 1872, la société basée à Issoire (Puy-de-Dôme) se positionne comme un leader européen et fournit déjà pour des grands groupes comme Danone, Bonduelle, Blédina, Fleury Michon... mais jusqu'ici, elle faisait plutôt appel à des fournisseurs comme la Chine, qui demeure le premier producteur mondial, ou encore l'Argentine ou l'Espagne.

"L'ail représentait déjà une opportunité dans l'industrie agroalimentaire, pour faire des produits locaux sur un marché important", explique Thierry Sclapari.

Rochias vise déjà un marché bien précis : celui de l'industrie agroalimentaire. "Il y a de l'ail dans les produits de la mer, les plats préparés, ou le formage...", énumère Thierry Sclapari. "L'industrie en consomme en petite quantité, mais dans beaucoup de produits." Ce qui représente environ 50.000 tonnes par an.

En région, c'est l'ail drômois qui était jusqu'ici le plus connu pour son IGP, un créneau sur lequel la filière régionale s'était recentrée au fil des années, en abandonnant le reste des cultures, au profit d'autres productions plus rentables et mécanisées.

Si bien qu'en 2019, "la Drôme a produit 468 hectares d'ail, sur les 3.485 hectares d'ail sec produits en France, soit une production nationale de plus de 25.000 tonnes". Ce qui positionne déjà la France comme "le quatrième producteur européen d'ail, après l'Espagne, la Roumanie et l'Italie", selon Euobulbe, la filière de l'ail.

Un belle position, mais qui ne lui laisse toujours pas de quoi rivaliser avec la Chine sur le marché du déshydraté, "Aujourd'hui, 99% du  marché de l'ail déshydraté est d'origine chinoise", explique le co-dirigeant de Rochias. Son entreprise produit quant à elle 300 tonnes d'ail déshydraté. Sachant qu'il faut quatre kilos d'ail frais pour produire un kilo d'ail déshydraté.

Recréer une filière en Auvergne

Rochias s'approvisionnait jusqu'ici grâce aux invendables, venant de France ou d'Espagne. L'ail drômois étant trop qualitatif - donc cher -, il ne semblait pas pertinent de le déshydrater. Mais les invendables ne sont pas non plus fiables, "parfois, on en a, et parfois non. Sans compter que lorsqu'on achète des écarts de production, on ne connaît pas la qualité au préalable", commente Thierry Sclapari.

"D'où l'intérêt de développer une filière ail, surtout en Auvergne qui était déjà une terre d'ail." Même s'il reste des producteurs d'ail rose de consommation à Billom (Puy-de-Dôme), Rochias cultive désormais l'ambition d'y relancer une filière d'envergure plus industrielle. Une filière qui pourrait à la fois nécessiter de nouvelles compétences et méthodes de culture, mais aussi de nouveaux équipements pour le cultiver.

Actuellement, Rochias réalise des tests sur 10 hectares en Auvergne, le tout chez dix producteurs différents. "La filière est fondamentale, le produit est tracé, contrôlé et il existe un besoin de savoir d'où il vient."

A travers ces travaux, Rochias recherche donc un ail industriel, non-calibré. L'entreprise cultive aussi de l'échalote et de l'oignon bio ou AOP. Avec l'ambition d'atteindre les 1.000 tonnes produites d'ici deux saisons dans la région, ce qui nécessiterait une surface de  100 hectares. Il envisage même de doubler ce chiffre "une fois que le marché prendra."

Pour l'heure, l'Hexagone représente déjà 80% de la production de Rochias, tandis que 20% est destinée à l'export.

Moderniser l'équipement

Pour passer à l'échelle, le transformateur auvergnat aura également besoin de réinvestir dans de nouveaux équipements de production. "La priorité, lorsqu'on est arrivés, c'était en premier lieu de moderniser l'outil de travail."

300.000 euros par année auront donc été investis afin d'assurer cette modernisation et faciliter les conditions de travail. En avril, la Région a également octroyé une aide de de 500.000 euros afin de soutenir les investissements de l'entreprise.

Une modernisation nécessaire, mais qu'il lui faudra aussi échelonner. Car l'enjeu sera à la fois technique, mais aussi commercial, afin de travailler de nouveaux débouchés en parallèle au développement de la filière. Depuis son rachat, Rochias connaît déjà une croissance annuelle de 30% de son chiffre d'affaires. L'entreprise emploie actuellement 30 salariés en CDI et 9 intérimaires saisonniers.

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