Régionales 2021 : quels enjeux pour le grenier agricole et viticole d'Auvergne Rhône-Alpes ?

Il faudra (aussi) compter avec l'agriculture ce dimanche dans les urnes. Car si la région Auvergne Rhône-Alpes est diversifiée, c'est aussi en raison de son caractère agricole et viticole. Alors que la plupart des fonds destinés à soutenir ces filières sont gérés à l’échelle de la Région, ses acteurs, marqués par les épisodes de gel et à présent de sécheresse, font part de leurs attentes face au futur exécutif.

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Avec la variété de ses terroirs et de ses productions agricoles, la région Auvergne Rhône-Alpes se place dans le Top 5 des régions agricoles françaises. Et regroupe plus de 150 signes officiels d’identification de la qualité et de l’origine (AOP, IGP, Label rouge), sur les 1.000 établis à l'échelle nationale.
Avec la variété de ses terroirs et de ses productions agricoles, la région Auvergne Rhône-Alpes se place dans le Top 5 des régions agricoles françaises. Et regroupe plus de 150 signes officiels d’identification de la qualité et de l’origine (AOP, IGP, Label rouge), sur les 1.000 établis à l'échelle nationale. (Crédits : DR)

On voit souvent que l'Auvergne comme l'un des principaux "greniers" de la région Auvergne Rhône-Alpes. Mais ce n'est pas tout à fait le seul : car ce serait oublier que plus largement, cette "super région" née de la loi NOTRe se caractérise aussi par sa diversité, en matière de territoires nourriciers (Drôme, Isère, Rhône, Ain, Deux Savoie, Puy-de-Dôme, etc). Où chacun a ses filières et ses modes de production, qui pourraient néanmoins rendre cette grande région comparable à une véritable « ferme régionale ».

On compte en effet près de 3,1 millions d'hectares de surface agricole utile en Auvergne Rhône-Alpes -soit une superficie comparable à un pays comme la Belgique !- qui la place directement comme la 4e région agricole de France en surface. Mais aussi, on le sait peu, comme la seconde surface française en matière d'agriculture biologique, avec près de 206.000 hectares de surface bio ou en reconversion, comme le rappelle les chiffres de la Région.

Au total, Auvergne Rhône-Alpes compte près de 63.000 fermes déjà installées sur l'ensemble de son territoire, qui emploient près de 116.000 salariés permanents. Pour autant, les contraintes, notamment géographique n'en sont pas moins présentes, puisque 67 % de la surface régionale est classée en zone de montagne.

La région compte aussi environ 5.000 exploitants viticoles, à 90% concentrés dans le Rhône, l'Ardèche et la Drôme. En surface, cela représente 50.000 hectares de vignes, soit 6,4 % des surfaces nationales, ce qui place Auvergne Rhône-Alpes au 4e rang des régions productrices de vin. A noter également, que sur les 79 AOP régionales, 43 AOP relèvent du secteur viticole.

Du côté des exploitations agricoles, on retrouve en AuRA l'ensemble des filières animales (lait et fromages, viande bovine, ovine, porcine, lapins, aviculture, apiculture) mais aussi végétale, en commençant par la vigne, mais aussi des légumes et grandes cultures, semences et fruits. Sans oublier des produits plus spécialisés comme les noix de Grenoble, la lentille ou encore les plantes aromatiques médicinales, comme le rappelle le réseau des Chambres d'Agriculture d'Auvergne Rhône-Alpes.

En plus de disposer de plus de 22% des exploitations optant pour les circuits courts, la région AuRA dénombre également 28 % de ses exploitations agricoles déjà engagées dans un signe ou une démarche de qualité (hors bio), avec notamment plus de 102 produits sous indication d'origine géographique.

Un secteur qui pèse économiquement... et politiquement parlant

Si l'agriculture se présente donc comme un acteur clé de la région (même si sa contribution au PIB régional n'est en bout de ligne évaluée qu'à 1%, soit loin la valeur ajoutée générée par le secteur tertiaire à 74%, ou encore de l'industrie, à 18%), les filières agricoles sont également très présentes sur le terrain politique.

Habitués à peser auprès de l'Europe concernant les négociations sur la Politique Agricole Commune (PAC), les agriculteurs sont également présents dans la sphère politique régionale, de manière plus ou moins directe. On compte notamment parmi les élus régionaux plusieurs adhérents ou proches du syndicat agricole majoritaire de la profession, la FNSEA.

Dans cette configuration, autant dire qu'une grande partie du monde agricole s'est pas senti "abandonné" par la politique régionale de Laurent Wauquiez au cours du mandat qui vient de s'achever. Au contraire : David Chauve, éleveur laitier à Ambert mais aussi président de la Chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme, reconnaît que la Région a jusqu'à présent bien cerné les enjeux pour l'agriculture locale :

"Nous sommes l'une des régions de France dans lesquelles le montant des aides est le plus important. C'est légitime, car nous sommes une région de montagne."

L'actuel exécutif régional LR lui-même ne s'en cache pas, affirmant que les objectifs prioritaires qu'il s'est donné afin de soutenir et accompagner les exploitants agricoles se sont traduits "par le vote du plus gros budget de l'histoire de la Région en 2017, avec une enveloppe de près de 52 millions d'euros".

"Je m'étais engagé à ce que le budget de l'agriculture augmente : on a fait plus que ça et on l'a triplé. Imaginez ce que serait l'état de l'agriculture française si le budget de la PAC ou si le budget national était lui aussi triplé", affirmait récemment Laurent Wauquiez, à l'occasion d'une échange en visioconférence avec les agriculteurs.

Car sur le terrain des financements agricoles, la plupart des politiques de soutien locales sont cofinancées à la fois par l'Europe, l'Etat et la Région.

"D'un point de vue macroéconomique, la fusion des régions que nous avons connu en Auvergne Rhône-Alpes a aligné des dispositions, car les agriculteurs en Rhône-Alpes étaient à l'origine mieux dotés. La fusion a donc bénéficié aux agriculteurs d'Auvergne", analyse Jean de Balathier, directeur de la Coopération Agricole Auvergne Rhône-Alpes, une fédération professionnelle qui regroupe l'ensemble des coopératives du secteur.

En réalité, les programmes de la PAC étaient déjà engagés depuis plusieurs mois lors de le la fusion, "cet épisode a donc entraîné une harmonisation des deux programmes", commente pour sa part Sébastien Gardette, agriculteur et élu de l'opposition à la chambre d'agriculture Puy-de-Dôme.

Performances économiques

Parmi les mesures régionales qui ont remporté l'adhésion des agriculteurs, l'aide à l'investissement et à la modernisation des bâtiments ont convaincu David Chauve. "Ce cofinancement du 2e pilier de la Politique Agricole Commune permet d'accompagner toutes les filières d'élevage, et il est plus important chez nous que dans d'autres régions, ce qui est une bonne chose."

Jean de Balathier souligne pour sa part que "les plans de filières, développés au cours des mandatures précédentes sont indispensables ainsi qu'un soutien de la Région à l'agriculture locale."

Construits en concertation entre le conseil régional et les représentants des professionnels, ces plans de filières partent d'un besoin, comme celui sur la viande bovine, qui a mis en place une sécurisation dans le cadre d'une contractualisation éleveur, abatteur et Région pour soutenir les éleveurs qui font de l'engraissement.

"A l'avenir, nous espérons conserver les plans de filières, en particulier pour la filière lait, c'est un enjeu majeur de la maintenir sur le territoire", se projette Jean de Balathier, à la Coopération Agricole.

La nécessité de s'adapter aux changements climatiques

Le président de la Chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme, David Chauve, apprécie aussi la volonté de l'exécutif régional sortant a été d'accompagner plus généralement la modernisation et de soutenir l'irrigation, "pour faire face en amont aux accidents climatiques".

Ce choix politique de soutenir l'irrigation ne fait cependant pas l'unanimité dans l'opposition. Notamment auprès du clermontois Grégoire Verrière, jeune élu local de Courgoul (Puy-de-Dôme), qui est aussi le binôme de la candidate écologiste Fabienne Grébert aux Régionales.

Le candidat EELV, passionné par ailleurs d'apiculture regrette que la lutte et l'adaptation au dérèglement climatique soient absentes de la politique régionale : "Travailler avec le vivant implique d'être en première ligne face aux phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes. Nous l'avons constaté au début du printemps, le gel a ravagé bon nombre de cultures, de parcelles de vignes et d'arbres fruitiers".

Et d'ajouter : "Non pas que le gel soit étranger aux premiers jours du printemps, mais c'est la période de chaleur qui a précédé cette vague de froid qui était anormale et qui a causé un départ précoce de la végétation."

Convaincu qu'il fallait soutenir immédiatement les agriculteurs pour surmonter cette épreuve, il dénonce cependant :

"Si nous ne nous penchons pas sur les causes de ce dérèglement et sur la manière dont nous pouvons le maîtriser, alors nous serons condamnés à poser des pansements sur des jambes de bois, comme le fait Laurent Wauquiez."

L'épisode de gel du mois d'avril qui a d'ailleurs particulièrement touché les vignes de la région (de 20% à 100% selon les exploitations) a lui aussi rappelé la nécessité d'agir collectivement. Fin avril, le conseil régional avait adopté en urgence une aide de 15 millions d'euros pour venir en aide rapidement aux arboriculteurs et viticulteurs.

Sandrine Roussin, responsable de la commission viticulture à la FRSEA, avait alors déclaré à la Tribune, qu'il était indispensable de travailler en bonne intelligence collective : "Techniquement, il faut qu'on arrive à mettre en commun ce qu'on fait dans nos champs, nos expériences et nos connaissances."

Quand les écologistes reprennent le combat

Dans le camps de l'opposition, lees écologistes veulent proposer une autre vision pour l'agriculture régionale. Avec à la clé, un objectif de "zéro artificialisation nette des sols" d'ici 2030, ou encore de préserver le foncier agricole grâce à des contrats de territoires entre collectivités, collectifs citoyens ou associatifs, d'accompagner la transmission et la transformation des fermes agricoles, etc...

"Bien loin des caricatures que certains essayent de nous coller, pour nous l'écologie valorise et récompense toutes les pratiques qui nous permettent d'avancer vers l'agroécologie, c'est-à-dire une agriculture qui respecte le vivant et qui fait vivre dignement les paysans et les paysannes. C'est ainsi que nous rémunérerons les agriculteurs et les agricultrices pour les services écologiques rendus", fait valoir Grégoire Verrière.

Leur programme prévoit notamment de garantir un revenu aux agriculteurs en cas d'aléas climatiques. "Mais à chaque fois, cela doit se faire avec l'objectif d'une transition des pratiques pour être capable ensuite d'absorber les chocs à venir, confirme le binôme EELV. Nous sommes comptables de l'argent public et chaque euro investi doit nous permettre de lutter contre le réchauffement climatique."

Leur voisin du Parti Socialiste, avec la liste conduite par Najat Vallaud Belkacem, met plutôt l'accent sur des mesures pour stopper la concentration et l'accaparement des terres, mais surtout d'activer la création d'un fonds d'investissement régional d'un milliard d'euros à destination de toutes les entreprises régionale, agriculture comprise, ainsi qu'un fonds de réserve de 20 millions d'euros de la part de la Région face aux aléas climatiques. "L'idée ce n'est pas d'attendre à chaque fois que les drames se produisent. Ce fonds permettra à la Région de jouer un rôle dans la refonte du système assurentiel pour tous les agriculteurs", indiquait notamment Najat Vallaud Belkacem devant le monde de l'agriculture.

L'installation, le renouvellement des agriculteurs

Conscient de l'enjeu du renouvellement des générations, le président de la Chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme espère aussi que la Région continuera de soutenir l'installation des jeunes et la transmission.

"La Région pourrait par exemple instaurer un bonus pour favoriser le renouvellement de générations."

Car dans les 10 prochaines années à venir, près de 50 % des agriculteurs vont partir à la retraite. "La Région nous accompagne sur ce sujet", confirme David Chauve.

Sur ce sujet, l'opposition EELV n'est pas du même avis : "Durant son mandat, Laurent Wauquiez s'est érigé en défenseur du monde agricole mais mis à part opposer de manière stérile "rural" et "urbain", il n'a pas enrayé la chute du nombre d'agriculteurs et d'agricultrices", argumente Grégoire Verrière.

"Entre 2015 et 2019, nous avons perdu, selon l'Agreste (le service statistique du ministère de l'Agriculture, ndlr), 2.270 fermes. C'est pourtant un enjeu crucial pour assurer la sécurité alimentaire de notre région Auvergne Rhône-Alpes", évoque le candidat EELV.

Un constat, et plus largement un enjeu également partagé par les vignerons, qui peinent à transmettre leurs terres et leur savoir-faire à de jeunes repreneurs : "Certains vignobles se retrouvent à l'abandon", avait fait remarqué une vigneronne à la préfète du Rhône, lors de sa visite après l'épisode de gel d'avril.

Un patrimoine gâché faute de repreneurs, ces terrains abandonnés devenant des jachères. Conséquence directe, selon l'Agreste, "le nombre d'exploitations cultivant de la vigne a chuté de moitié entre 2000 et 2010. La surface en vignes régresse plus fortement (-30 % en 40 ans) que la SAU (surface agricole utile) régionale (-13 %)."

Soit autant de sujets sur lesquels la future présidence de Région sera attendue.

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