Flambée des prix : la filière agricole régionale demande une revalorisation de la production

La guerre en Ukraine menée par la Russie vient déstabiliser encore un peu plus les cours des intrants et du gazole non routier, déjà partis en hausse avant le conflit. La filière agricole locale accuse le coup, mais s’inquiète de l'avenir, encore incertain et demande une revalorisation des prix de sa production. Mercredi, le gouvernement a annoncé un plan Résilience avec des mesures d'aides à destinations des agriculteurs. Une avancée, mais insuffisante selon les professionnels, au vu des enjeux évoqués.

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Pour des exploitations de taille moyenne (environ 56 hectares en AuRA selon l'Agreste), les augmentations d'intrants et de carburants pourraient avoir un coût supplémentaire direct de 10.000 à 40.000 euros par exploitation, sur l'ensemble de l'année.
Pour des exploitations de taille moyenne (environ 56 hectares en AuRA selon l'Agreste), les augmentations d'intrants et de carburants pourraient avoir un coût supplémentaire direct de 10.000 à 40.000 euros par exploitation, sur l'ensemble de l'année. (Crédits : Wikimedia Commons/CC License by.)

Après la crise sanitaire, c'est la guerre en Ukraine menée par la Russie qui vient perturber les cours des intrants agricoles. L'envolée du prix des carburants de l'engrais ou encore du blé font gonfler les coûts de production des agriculteurs.

En région Auvergne Rhône-Alpes, l'heure est pour le moment à la prudence. "La tendance était à la hausse forte, même avant le conflit, sur l'énergie et les intrants, et même sur l'engrais depuis septembre. L'incidence, il n'est pas encore possible de la mesurer", annonce Gilbert Guignand, président de la Chambre d'Agriculture Auvergne Rhône-Alpes.

Ce mercredi, Jean Castex et le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie ont présenté un plan de résilience pour aider les entreprises face à la crise. Ce plan contient quelques mesures pour l'agriculture, comme des mesures pour amortir l'augmentation brutale des coûts du carburant ou des aides à la consommation de gaz et d'électricité pour certaines exploitations. En tout, 400 millions d'euros sur quatre mois sont prévus pour aider les agriculteurs.

La région comptait environ 49.500 exploitations en 2020. Elles sont principalement tournées vers l'élevage de bovins viande (9.000) et bovin pour le lait (7.000), mais elles font aussi du polyélevage ou polyculture (6.000), des céréales et oléagineux (4.400) et du vin (4.000), selon un rapport de l'Agreste en 2021.

Une avenir dominé par l'incertitude

Dans une région fortement dominée par l'élevage, le coût de l'alimentation animale et des carburants est préoccupant. Malgré cela, à ce jour, les conséquences économiques demeurent difficiles à mesurer pour les principaux concernés. "Est-ce que ça va durer ? On ne peut pas le dire. Le GNR (gaz non routier) a déjà un peu baissé par exemple", décrit Michel Joux, président de la FRSEA, (Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles).

Pour des exploitations de taille moyenne (environ 56 hectares en AuRA selon l'Agreste), les augmentations d'intrants et de carburants pourraient avoir un coût supplémentaire direct de 10.000 à 40.000 euros par exploitation, sur l'ensemble de l'année.

"En région, nous somme un peu loin des ports, donc c'est l'acheminement des tourteaux de soja par exemple qui connaît des frais de transports plus élevés". Pour l'élevage bovin, la région est plutôt indépendante en matière de fourrage et de céréales.

La spéculation des cours du carburant demeure une variable anxiogène et insaisissable pour les agriculteurs. "Cette spéculation, nous n'arrivons pas à la mesurer. Pourquoi le gazole non routier (GNR) double alors que le prix du baril, non ? Nous demandons aux politiques de nous aider à comprendre", poursuit le président de la Chambre d'Agriculture.

"Dans les filières, nous ne sommes pas tranquilles, nous voyons que la spéculation est folle", ajoute Fabienne Lauer, cheffe du service filière à la Chambre d'agriculture Auvergne Rhône-Alpes.

Les mesures annoncés par le Premier ministre et le ministre de l'Agriculture ne sont en ce sens pas suffisantes pour ces deux représentants de la Chambre d'Agriculture régionale.

"Le GNR a doublé, mais on nous annonce une réduction de quelques centimes", constate Gilbert Guignand. Un remboursement des taxes sur l'énergie a aussi été annoncé," mais une avance de trésorerie ça ne résout pas tout", complète Miche Joux.

Quant au blé, l'Ukraine et la Russie étant de gros producteurs, les cours de sont emballés suite au conflit et les pays dépendants de ces deux nations en pâtissent. La France se trouve elle aussi dans le top dix des producteurs de blé. "C'est un avantage, commente Michel Joux. Il y a une tension au niveau du prix, une spéculation, mais pas d'effet sur l'approvisionnement. Mais les collègues céréaliers vivent aussi une hausse du fuel et de l'engrais."

"Ce qui est angoissant, c'est cet effet boule de neige rapide, avec des moyens d'intervention trop faibles pour juguler la crise. Il y a une organisation au jour le jour pour prêter attention au stock d'énergie, de production et d'intrant", complète Fabienne Lauer.

Un appel à revaloriser les prix de production

Une hausse des coûts et une perturbation du marché qui n'est pas sans impact sur la production."Certains souffrent parce que leurs coûts sont plus forts que leurs revenus", constate Fabienne Lauer.

Pour amortir ces hausses, le président de la Chambre d'Agriculture suggère que les coûts de vente s'alignent sur les coûts de production. Ce qui pourrait avoir une répercussion par ailleurs dans les paniers des consommateurs en France. Une problématique délicate,

"Après les coûts de l'énergie, est-ce que les Français auront les moyens de payer plus cher leur alimentation ?", s'interroge Gilbert Guignand.

"Ce qui manque c'est un prix de production à la hauteur de l'enjeu", abonde Michel Joux. Dans ce contexte exceptionnel, les négociations commerciales censées garantir une meilleur rémunération aux agriculteurs prévue dans la loi Egalim 2, pourtant clôturées, pourraient être rouvertes.

Une demande qu'ont aussi appuyé la FRSEA et les Jeunes Agriculteurs d'Auvergne Rhône-Alpes dans un communiqué :

"Nous appelons donc l'ensemble des acteurs économiques des filières agroalimentaires pour qu'ils ouvrent de nouveau les négociations de prix afin de tenir compte des hausses de charges des agriculteurs. Nous appelons chacun à la responsabilité face à cette situation qui met des pans entiers de la production agricole et alimentaire en danger de disparition immédiate. La loi EGALIM doit être clairement appliquée en déclenchant immédiatement les clauses de renégociations et les clauses de révisions pour prendre en compte à 100 % les indicateurs de coûts de production en forte hausse."

"Nous demandons à produire plus"

A ce stress, se rajoute celui de la sécurité alimentaire : "quand un pays est touché, ça peut vite partir", commente Fabienne Lauer. Mais "au niveau de la profession, il y a un vrai travail de fond, on cherche de nouvelles façons de travailler et de  nouvelles formes de solidarité pour passer les caps."

Ces deux pays en guerre sont par ailleurs de gros exportateurs de blé, ce qui a provoqué une hausse des cour mondiaux. Sur l'avenir des plantations de blé et de l'export, aucune visibilité.

"Ce que nous demandons au niveau agricole, c'est de produire plus pour pallier la production russe et ukrainienne. Mais il nous faut l'autorisation de Bruxelles pour que l'agriculture européenne puisse produire plus avec des contraintes en moins", suggère le président de la chambre d'agriculture régionale.

La Russie pourvoit aussi une bonne partie de l'engrais de l'Union européenne. "Pour la saison 2022, au niveau de l'engrais, ça va aller, car on achète rarement à la dernière minute. Mais la question se pose pour 2023, en France nous avons peu de producteurs. Il faudrait penser à remettre les usines d'engrais en production", évalue Gilbert Guignand.

Aussi, sur le volet énergétique, la dépendance au GNR et la flambée de son prix remet d'autant plus la question des énergies renouvelables sur la table, comme l'hydrogène et ou l'électricité. "On est prêts à acheter ce genre de tracteurs, mais il faut les créer", note le président de la FRSEA.

"Face à ce grand malheur, j'espère que cela nous apportera une vision tout autre pour préparer l'avenir et être à l'avenir moins dépendants des autres pays sur l'énergie et l'alimentation", note Michel Joux.

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