Ligne Lyon-Bordeaux : Railcoop confie deux rames à une société clermontoise en attendant son bouclage financier

Malgré le report de la mise en service de la ligne Bordeaux-Lyon, Railcoop avance dans son projet en confiant deux rames à la société ACC M de Clermont-Ferrand. L'objectif est de les diagnostiquer, puis les rénover, pour affiner le cahier des charges. Une étape menée en parallèle au bouclage financier qui permettrait ensuite d'acquérir sept autres rames et ainsi se rapprocher de l'ouverture de la ligne.

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(Crédits : DR Railcoop)

Lyon-Bordeaux en train, ce n'est pas pour tout de suite... mais on s'en rapproche. La coopérative ferroviaire Railcoop devait ouvrir cette ligne en décembre 2022, mais cette ouverture a été retardée, faute de bouclage financier.

Grâce à l'ouverture du marché du transport ferroviaire, en décembre 2020, Railcoop ambitionne de relancer la liaison ferroviaire pour les voyageurs entre Lyon et Bordeaux, en passant par Limoges, Montluçon et Roanne et Lyon.

La coopérative a signé un accord avec SNCF Voyageurs et la région Auvergne-Rhône-Alpes pour racheter neuf rames d'occasion, pour l'instant elle n'en a acquis que deux.

Ce sont ces deux rames, une bicaisse et une tricaisse, qui ont été confiées à la société de Clermont-Ferrand ACC M. "C'est notre premier train de voyageurs. Nous sommes contents de ce premier partenariat industriel", se réjouit Nicolas Debaisieux, directeur général de la SCIC Railcoop.

Auditer pour mieux financer

Railcoop avait acheté ce matériel roulant ancien de SCNF Réseau, principalement à motorisation diesel "car seuls 100 des 600 kilomètres du Bordeaux-Paris sont électrifiés".

Cette étape du projet a pour objectif d'établir un diagnostic. "Il s'agit dans un premier temps de faire auditer deux rames X72500 en profondeur dans un souci d'optimisation technico-économique du cahier des charges en vue de la rénovation mi-vie des rames", précise Railcoop.

Ce partenariat est aussi une occasion pour ACC M de s'inscrire dans un plus large projet. "Cette opportunité nous installe dans une démarche RSE", affirme Thierry Cézard, directeur général de ACC M. Son entreprise est d'ailleurs devenue sociétaire de Railcoop.

Une fois cet audit réalisé, cela permettra "d'affiner le cahier des charges de cette rénovation, d'optimiser le calendrier de rénovation et ainsi de progresser vers le bouclage du tour de table financier, préalable au lancement de la première ligne « voyageurs » Bordeaux-Lyon de Railcoop."

Selon Nicolas Debaisieux, le diagnostic de ces rames devrait s'étaler jusqu'en juillet, et après le cahier des charges sera repensé.

"Il y a une triple équation : économie, délai et verdissement"

La rame tricaisse peut accueillir 223 personnes en l'état, mais ce nombre de passagers pourra être revu à la baisse suite à l'évolution du cahier des charges, notamment si le nombre de places vélo ou dédiées aux fauteuils roulants augmente.

"Il y a une triple équation : économie, délai et verdissement. Sur l'économie, on a fait un premier cahier des charges exigeant, mais il faut trouver le juste équilibre entre nécessaire et suffisante, ce qui permet d'optimiser aussi le délai et que Railcoop soit au plus près de ses objectifs. Nous avons aussi un volet de recherche et développement en matière de verdissement des trains. Ce volet va durer plus longtemps et nous allons voir comment ACC M peut suggérer une orientation plus verte sur ces trains", développe Thierry Cézard. Un point qui se joue sur la motorisation, mais aussi sur les équipements auxiliaires, comme l'éclairage ou la climatisation.

Quant à leur mise en service, il n'y a toujours pas de date fixe. "L'enjeu est de démarrer au plus vite ce service de transport de voyageurs, qui est attendu par les territoires et qui a un potentiel économique. Plus vite on l'aura exploité, plus vite on pourra ouvrir d'autres lignes." A termes, Railcoop envisage en effet de réhabiliter d'autres lignes dans le Nord et l'Ouest de la France.

En attente de garantie

Une étape de plus vers son ouverture donc, mais reste à boucler le tour de table financier. Aux dernières nouvelles, Railcoop avait réussi à réunir sept millions d'euros sur les trente-cinq millions d'euros dont elle a besoin pour mener à bien son projet.

"La date de lancement du service est conditionnée à la finalisation du plan de financement qui déterminera la date d'entrée en atelier pour la rénovation de la totalité de la flotte nécessaire au lancement du service" mais également à "la date exacte de livraison des rames rénovées", annonce Railcoop dans un communiqué de presse.

"Nous sommes propriétaires de ces deux rames, mais il en reste sept autres dont on va se porter acquéreur, quand le tour de table sera finalisé" détaille Alexandra Debaisieux, directrice générale déléguée de Railcoop. Et de rajouter : "nous avons bon espoir que ça se termine vite."

Un travail est en cours avec l'État et la Région pour qu'ils apportent une garantie et ainsi permettre aux banques de s'engager financièrement dans le projet. Railcoop compte à ce jour environ 12.000 sociétaires (citoyens, collectivités, entreprises...). "Les citoyens se sont engagés, il faut que le secteurs bancaire franchisse le pas", appelle Nicolas Debaisieux.

La ligne de fret déjà en service

"On a lancé le service de frêt, ce qui rassure les investisseurs", avance Alexandra Debaisieux. En effet, Railcoop a obtenu sa licence d'exploitation ferroviaire l'an dernier en plein crise sanitaire, et avait fait démarrer ses premiers trains de frêt le 15 novembre dernier entre l'Aveyron et Toulouse, afin de "dérisquer" son projet et de se frotter à l'exploitation d'une première ligne, d'abord dans le domaine du transports de marchandises.

"Les volumes actuels sont très faibles", reconnaissait cependant Nicolas Debaisieux, qui pointait un démarrage bien en dessous des prévisions effectuées. Et ce, en raison de deux facteurs : le manque de diversification des volumes transportés, qui demeurent pour l'heure jugés encore "trop légers" pour ce type de fret (principalement composés du secteur agroalimentaire et de quelques matériaux industriels), mais aussi et surtout, de la problématique, devenue prégnante, des coûts du premier et dernier kilomètre de chaque côté de sa ligne.

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