Railcoop : le lancement du Lyon-Bordeaux se précise, avec une levée de 27 millions d'euros sur les rails

On se souvenait qu'à l'été dernier, la première coopérative ferroviaire française entamait des discussions qui s’annonçaient plus complexes que prévu avec SNCF Réseau. Mais le projet de Railcoop reste sur les rails et maintient son objectif d’ouvrir sa première ligne de transport de passagers Lyon-Bordeaux dès le 11 décembre prochain, tout en étudiant déjà 6 autres tracés additionnels. Avec, à l’agenda, un nouveau tour de financement de 27 millions d'euros, par le biais de titres participatifs et d'un pool bancaire, dont le bouclage est attendu ce printemps.
Pour sécuriser l'exploitation de son Lyon-Bordeaux sur les cinq prochaines années et financer l'adaptation de ses premières rames, Railcoop une nouvelle cible : atteindre les 27 millions d'euros de financements récoltés d'ici la fin du printemps, à travers entre autres le mécanisme des titres participatifs, réservé aux coopératives.
Pour sécuriser l'exploitation de son Lyon-Bordeaux sur les cinq prochaines années et financer l'adaptation de ses premières rames, Railcoop une nouvelle cible : atteindre les 27 millions d'euros de financements récoltés d'ici la fin du printemps, à travers entre autres le mécanisme des titres participatifs, réservé aux coopératives. (Crédits : DR)

Il y a six mois encore, le dialogue venait tout juste de s'engager concrètement entre la première coopérative ferroviaire Railcoop, et les services de SNCF Réseau, chargés d'attribuer des sillons et horaires, dans le cadre de l'ouverture à la concurrence du monde ferroviaire.

Et après quelques premiers grincements au démarrage, le président de Railcoop, Dominique Guerrée, dresse un constat «  rassurant » : « les discussions sont bien engagées, les rapports entre les techniciens horairistes de la SNCF et nos équipes sont très bons ». Et d'ajouter que sur certaines portions, où il manquait notamment des bras pour assurer l'ouverture de sillons en après-midi comme dans le Massif Central, « la SNCF a joué son rôle et affecté des équipes ».

Résultat ? Railcoop table toujours sur une ouverture de sa première ligne emblématique entre Lyon et Bordeaux aux alentours du 11 décembre. Avec, au démarrage, une fréquence de 2 allers-retours par jour, et un départ qui devrait s'effectuer, côté Auvergne Rhône-Alpes, d'abord en gare de Lyon Perrache, afin de désengorger le nœud ferroviaire lyonnais, pour passer ensuite par Lyon Part-Dieu.

« Il nous faudra forcément jongler un peu avec les capacités disponibles, car même si une nouvelle voie a été ouverte à Lyon Part-Dieu et des travaux réalisés, les sillons demeurent très demandés dans la région et il est certain qu'à un moment donné, va se poser un enjeu en matière de nombre de trains et d'offre », reconnaît le président de Railcoop.

8 rames achetées, déjà 20 en option pour d'autres lignes

De son côté, la coopérative prépare activement son arrivée sur le marché ferroviaire régional, étape par étape : les huit premières rames ont été achetées à la Région Auvergne Rhône-Alpes, qui avaient proposé un tarif préférentiel pour acquérir son matériel d'occasion (pour un montant non communiqué), tandis que Railcoop a déjà mis une option sur 20 autres rames disponibles, cette fois en provenance du réseau ferré national.

« Nous avons lancé l'appel d'offres pour la restauration des trains : 3 à 4 industriels ont déjà répondu, mais notre choix n'est pas encore fait. L'objectif étant que les rames que nous venons d'acheter puissent entrer en atelier début mars ». Un autre appel d'offres, concernant cette fois l'installation d'un atelier de maintenance pour assurer l'entretien des rames, a également été publié.

Il pourrait être adressé non seulement à l'intention des fabricants de matériel roulant (Alstom, Bombardier, etc), mais également des technicentres SNCF, qui pourraient eux aussi se porter candidats. « Nous n'y sommes pas du tout fermés, au contraire, d'autant plus qu'ils possèdent déjà des compétences sur les rames que nous utilisons, les X72 500 », confirme Dominique Guerrée.

Côté commercialisation, Railcoop travaille à la fois sur la création de boutiques ou corners en gare, mais aussi, sur la vente en ligne, qui pourra passer à la fois par la création d'une plateforme et application mobile dédiée, ainsi que par des partenariats avec des acteurs existants comme Trainline, avec lesquels des discussions sont engagées.

« Nous sommes encore un petit Poucet : la SNCF ne souhaite pas pour l'instant distribuer nos propres billets, mais nous aurons le droit de vendre leurs billets sur notre site, notamment pour assurer des correspondances », glisse le président de la coopérative.

Pour l'accueil en gare, Railcoop a choisi de louer des espaces à SNCF Gares et Connexion d'être présente « dans toutes les gares » où ses trains proposeront un arrêt, et s'engagera même à proposer « au minimum quelques heures d'ouverture par jour », notamment autour des horaires où ses trains circuleront, afin de proposer un accueil physique aux passagers. « Un même salarié pourrait alors travailler au sein de deux gares proches l'une de l'autre ».

Muscler son financement jusqu'à 27 millions d'euros

Côté financement, Railcoop a là aussi encore du pain sur la planche : après avoir bouclé une première levée de 2,4 millions d'euros à l'été dernier (là où près de 5 millions étaient jugés nécessaires dans un premier temps, lorsque l'option de la location du matériel roulant était encore sur le tapis, ndlr), la coopérative poursuit son chemin.

Le montant des fonds levés à travers ses sociétaires est désormais passé récemment à 4,6 millions d'euros (soit 11.400 sociétaires), avec déjà, une nouvelle cible : atteindre les 27 millions d'euros de financements récoltés d'ici la fin du printemps, en vue de sécuriser le financement de l'exploitation du Lyon-Bordeaux et ce, sur les cinq prochaines années.

Une somme qui sera répartie entre plusieurs leviers : avec d'une part, les parts sociales acquises par ses sociétaires (actuellement pour 4,6 millions d'euros), ainsi qu'une enveloppe de 9 millions, que la coopérative a commencé à lever depuis décembre dernier à travers le mécanisme des titres participatifs, réservés aux Scop, et qu'elle souhaite abonder, pour moitié, à hauteur de 13,5 millions d'euros, avec des prêts provenant d'un pool bancaire.

« Nous avons choisi l'outil des titres participatifs car il permet de lever des fonds considérés en quasi fonds propres, mais aussi d'assurer un engagement de long terme, sur une durée minimum de 7 ans, qui pour nous, sera même amené à dix ans », explique Léo Clavurier, attaché de direction à Railcoop en charge du financement.

Déjà utilisé par d'autres Scop comme Enercoop, ce dispositif permettra aux souscripteurs de toucher chaque année des intérêts, avec une part fixe et variable, mais aussi de récupérer leur mise de départ sans dépréciation à l'issue de la période convenue (en l'occurence 10 ans).

« Ces titres participatifs pourront être souscrits à la fois par nos sociétaires, qu'il s'agisse de personnes physiques ou morales, mais aussi par des investisseurs institutionnels », confirme Léo Clavurier.

Avec un modèle économique où la Scop a toutefois prévu d'atteindre « l'équilibre », en matière de frais d'exploitation, en théorie dès les six mois après le lancement de ses lignes.

« Nous sommes une entreprise, il ne nous est pas interdit de faire des profits, d'autant plus que 60% d'entre eux seront réinvestis dans l'entreprise afin de développer le modèle et créer de nouvelles lignes », ajoute son président.

Du côté de ses sociétaires, composés aux trois quarts de particuliers, on compte également un nouveau venu de taille, dans les rangs des collectivités : la Région Grand Est, qui fait désormais partie des sociétaires de Railcoop, au même titre que les départements déjà présents de l'Allier ou de la Creuse, ainsi que des petites et moyennes communes sur sa trajectoire, comme Louroux-de-Bouble (Allier), Montluçon (Allier) ou Libourne (Gironde).

A ce titre, des discussions ont d'ailleurs été engagées avec la Métropole ainsi que la Ville de Lyon, toutes deux écologistes, mais qui n'ont pas encore abouti. La Région Auvergne Rhône-Alpes n'est, à ce stade, pas candidate à une entrée au capital, confirme Railcoop, l'aide régionale proposée se concentrant pour l'heure sur l'achat des premières rames.

Six nouveaux projets de lignes d'ici 2027, dont au moins deux en AURA

Et il n'y aura pas que le Lyon-Bordeaux à alimenter : car en parallèle, ce nouvel entrant sur le marché ferroviaire a déjà, dans son viseur, une dizaine d'autres projets de lignes, dont six ont été soumis et approuvés par l'Autorité Régulatrice des Transports (ART). Soit des liaisons à l'échelle de l'Hexagone, comme l'axe Toulouse/Caen, Lille/Nantes, Brest/Bordeaux ou encore le Croisic/Mulhouse/Bâle, voire même Annecy/Marseille.

« Et parmi eux, la Région Auvergne Rhône-Alpes est particulièrement concernée, avec un sillon qui desservirait notamment Grenoble/Thionville en passant par Saint-Etienne, et un autre, Strasbourg /Clermont Ferrand, qui permettrait également de passer par Moulins, Dijon et Mulhouse. Ces trajets sont intéressants car ils nous permettront aussi de multiplier les points de correspondance pour nos voyageurs avec d'autres lignes », explique Dominique Guerrée.

Cependant, ils ne sont pas à l'agenda pour 2022, ni même 2023... « Nous allons devoir procéder par étapes, avec des ouvertures qui pourraient aller jusqu'à 2026-2027. Reste à établir la liste des priorités », confirme le président de la coopérative ferroviaire.

L'autre chantier qui occupe actuellement Railcoop est d'ailleurs celui du recrutement : après avoir embauché 5 personnes pour assurer le démarrage de ses activités de fret le 15 novembre dernier, elle compte désormais 31 salariés dans ses bureaux et accueillera bientôt 15 personnes de plus au cours des prochains mois.

Mais ce n'est rien face au prochain plan de recrutement qui a déjà démarré, en prévision de l'ouverture de la ligne Lyon-Bordeaux : ce sont désormais 50 collaborateurs supplémentaires qui sont en passe d'être recrutés d'ici décembre prochain, au sein de différentes fonctions (conducteurs de trains, chefs de gare, personnel en gare, accueil à la billetterie, responsables des services annexes, etc) pour faire fonctionner sa première ligne de transports de passagers.

Le projet de la première coopérative de France est donc bel et bien sur les rails.

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