Loi Montagne II : comment les acteurs de la filière automobile s’organisent pour éviter les pénuries

Il vous reste moins d’un mois... A compter du 1er novembre prochain, la loi Montagne II obligera particuliers, comme professionnels, à se doter de pneumatiques agréés, afin de pouvoir rouler sur les routes durant la période hivernale. 48 départements sont concernés, dont l’ensemble de la région Auvergne Rhône-Alpes (ou presque). En local, des acteurs comme Point S et Michelin s’organisent déjà pour pouvoir répondre à la demande, dans un contexte de fortes tensions sur le marché des matières premières, mais aussi du recrutement.

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Outre les enjeux de disponibilité des pneus hiver ou 4 saisons qui pourraient être mis en exergue, les acteurs du monde des pneumatiques comme Point S soulignent que l'un des enjeux de cette Loi Montagne II sera également celui du recrutement.
Outre les enjeux de disponibilité des pneus hiver ou 4 saisons qui pourraient être mis en exergue, les acteurs du monde des pneumatiques comme Point S soulignent que l'un des enjeux de cette Loi Montagne II sera également celui du recrutement. (Crédits : DR)

Jusqu'ici, le marché des pneumatiques hiver représentait tout juste 17% du total des pneus vendus en France et celui des pneus « toutes saisons », une portion de 12%.  Mais avec la Loi Montagne II, qui veut désormais que les automobilistes des 48 départements concernés s'équipent durant la période hivernale (sous peine d'une amende de 135 euros), le gouvernement veut terminer de convaincre (de bon gré ou non), une partie des utilisateurs encore réticents.

En vertu de cette loi, les Français devront ainsi s'équiper de quatre pneus hivernaux, ou bien de pneumatiques toutes saisons certifiés 3PMSF (marquage montagne), ou encore de chaussettes ou chaines à neige à stocker dans leur coffre... Une obligation qui concerne tous les véhicules légers, utilitaires et les camping-cars, tandis que les poids lourds devront quant à eux équiper au moins deux roues motrices et détenir en même temps des chaînes à neige.

Une annonce attendue par les acteurs de la filière

Du côté des professionnels, la nouvelle est sans surprise bien accueillie puisqu'elle permettra, selon Christophe Rollet, DG du réseau lyonnais Point S, de contribuer à la fois à résoudre les accidents générés par les surfaces glissantes en hiver, mais aussi de permettre une révision plus fréquente des pneumatiques lors des opérations de montage et démontage annuels. Une activité qui représente, pour le spécialiste Point S, jusqu'à 70% de l'activité de l'ensemble de ses 600 points de vente à l'échelle nationale.

Même satisfaction du côté de l'équipementier auvergnat Michelin : « Pour des raisons de sécurité, notre groupe a toujours été en faveur d'un équipement adapté pour chaque saison. C'est dans cette optique que nous avons lancé dès 2015 une gamme de pneus 4 saisons Cross Climate, devenue la plus vendue en Europe avec environ 23 millions d'unités. Cette gamme a d'ailleurs trouvé son public face à des conditions météorologiques de plus en plus imprévisibles et leur a permis d'avoir de la souplesse et une tranquilité d'esprit », résume Sabine Lietaert, directrice marketing France.

Car si le marché du pneus 4 saisons ne représentait que 1% du marché en 2015, Michelin a depuis fait la démonstration que ce segment répondait déjà à une demande existante, et affichait jusqu'ici "une croissance à deux chiffres".

Des tensions à venir en matière d'approvisionnements

Mais pour cela, il faudra encore que les fabricants ainsi que les distributeurs puissent fournir. Car chaque année, les Français ont souvent tendance à attendre les premières neiges avant de se décider.

Et face à ce nouveau décret, dont 67% affirmaient n'en avoir encore pas connaissance (selon le récent sondage mené courant septembre par le réseau Point S), la situation promet d'être tendue en matière d'approvisionnements.

Chaque année, les distributeurs anticipent en effet la saison hivernale, mais ne disposent pas toujours de surfaces de stockage extensibles, ni d'une trésorerie leur permettant d'assurer un important surplus de stocks commandés. « L'essentiel de la saison se joue entre septembre et février maximum », justifie Christophe Rollet.

A compter de cette date, les équipements hivernaux commandés resteront pour l'année suivante, engendrant un poids ainsi que des risques en matière d'usure ou de stockage.

Mais face à une demande qui pourrait faire grimper fortement le marché des pneumatiques hiver (et accessoires associés comme les chaines ou les chaussettes à pneus), Point S a noué des accords de partenariats avec des distributeurs, grossistes et même plateforme de logisticiens. Objectif : être en mesure de commander des stocks qui viendraient à manquer auprès de ses propres fournisseurs, ou encore de stocker des produits en anticipation, afin de ne pas encombrer ses propres ateliers.

De son côté, le fabricant Michelin a anticipé à double titre : à travers la sortie de la seconde version de sa gamme Cross Climate 2 début septembre, mais aussi en envisageant des volumes plus importants de commandes, à travers la mise en production de pneus Cross Climate 2 dans un large éventail de dimensions (105 tailles différentes) allant du 15 au 20 pouces, "de manière à couvrir jusqu'à 99% des besoins du marché des pneus pour voitures de tourisme", ajoute Sabine Lietaert.

Recruter, l'autre nerf de la guerre

Du côté des recrutements, c'est la même chose puisque le réseau Point S s'attend également à devoir embaucher 3 à 5% d'effectifs supplémentaires pour assurer cette saison d'hiver, et notamment pour gérer les rendez-vous de dernière minute.

 « Mais nous faisons face, comme d'autres métiers, sur des pénuries dans des compétences ciblées comme celle du montage de pneus. De plus, quand bien même on aura recruté, cela ne servira à rien si l'on fait face à une pénurie de produits », avance Christophe Rollet.

Selon lui, il faudra nécessairement s'attendre à des phénomènes de pénuries sur certaines catégories de produits, à mesure que les Français se rueront vers les ateliers.

Mais impossible pour lui de prédire sur quels modèles, puisqu'il rappelle que dans le domaine des pneumatiques, les dimensions peuvent aller du 14 au 20 pouces, sans compter une large gamme de marques offertes.

« On s'attend à ce que le marché dépasse les 20% à l'échelle nationale, et même les 30% en Région Auvergne Rhône-Alpes, où la circulation hivernale est particulièrement concernée par ces mesures », ajoute le dg de Point S. Selon le sondage commandé par son réseau, ce sont près de 30% des Français interrogés qui affirment que ce décret les conduira directement à s'équiper.

De son côté, la responsable marketing de Michelin estime que le taux d'équipement des Français pourrait "à moyen terme dépasser la barre des 30%", mais ne veut pas pour autant parler de pénurie. Elle évoque plutôt la possibilité d'un "engorgement" qui pourrait se former au sein des ateliers de montage et de démontage, au moment de l'entrée en application du décret.

On ne saura cependant pas quel volume l'équipementier auvergnat s'est engagé à produire en sus d'une saison normale, tandis qu'une nouvelle production est appelée à démarrer à Cholet (Pays de la Loire) à compter de 2022, en vue de renforcer la production des Cross Climate 2.

Pour l'heure, tous les pneumatiques de la gamme Michelin CrossClimate 2 sont fabriqués dans 7 usines européennes, et notamment en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne, tandis que les pneus tourisme neige sont conçus notamment dans trois usines en France : Gravanches (Clermont-Ferrand), Roanne et Cholet.

Une carte encore incertaine

Concernant la mise en application de cette loi Montagne II, on sait déjà que 48 départements sont concernés, soit la quasi-totalité du quart sud-est de la France.

Même si dans les faits, chaque préfet restera ensuite maître de l'application de cette loi à l'échelle de son territoire, en précisant notamment les zones -souvent situées à proximité des massifs montagneux- où ces pneus seront rendus obligatoires. Dans le Rhône, ce sont par exemple 96 communes qui sont concernées par cette mesure.

« Ce paramètre cause cependant encore une forme de confusion, car dans certains départements comme l'Isère, l'ensemble du territoire ne sera pas soumis au décret par exemple », précise Christophe Rollet.

Quid dans ce cas, des automobilistes qui habiteront sur une zone exempte de cette mesure, mais qui serait amenée à en traverser une pour aller travailler ? « La seule chose que l'on peut conseiller, c'est de s'équiper car on ne sait pas ce qui se passera précisément dans ce type de cas, et notamment, s'il existera une forme de tolérance », glisse-t-il.

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Commentaires 3
à écrit le 30/09/2021 à 20:30
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Pneus neige ou pas, si vous ne savez pas appréhender la neige, vous êtes cuit. Ça n'empêchera pas le "merdier" en cas de chutes de neige exceptionnelle. Je sais, j'ai 40 ans et des dizaines de milliers de Km au compteur dans les Alpes, sur la neige!

à écrit le 30/09/2021 à 20:30
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Pneus neige ou pas, si vous ne savez pas appréhender la neige, vous êtes cuit. Ça n'empêchera pas le "merdier" en cas de chutes de neige exceptionnelle. Je sais, j'ai 40 ans et des dizaines de milliers de Km au compteur dans les Alpes, sur la neige!

à écrit le 30/09/2021 à 14:09
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A quand le chèque "pneus" pour les plus modestes ?

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