Plan vélo-entreprise : rétropédalage en règle

Alors que la loi sur la transition énergétique prévoyait de donner un coup de pouce aux entreprises lorsque leurs salariés se déplaçaient à vélo pour le trajet domicile-travail, un amendement adopté en décembre 2015 vient atténuer la portée de ces mesures.
A Lyon, Franck Brédy estime que les zones cyclables sont biens mais que l'on peut encore mieux faire.
A Lyon, Franck Brédy estime que les zones cyclables sont biens mais que "l'on peut encore mieux faire". (Crédits : Karen Latour / ADE)

"Je travaille à l'extrémité de Confluence (Lyon). Alors, à vélo, il me faut 25 minutes, contre 40 en transports en commun. Cela m'évite de prendre un bus et deux tram." Depuis cinq ans, Aurélie, véritable vélo-addict, utilise le deux roues comme moyen principal de transport. Ce matin-là, elle avait même installé des cache-mains sur son guidon pour éviter le froid. En ville, 27% des déplacements se font à pied, 9% en transports en commun et seulement 2% à vélo.

Le vélo, justement, fait débat aujourd'hui. Tout simplement parce qu'en décembre 2015, l'Assemblée nationale a voté en faveur d'une limitation de l'indemnité kilométrique à 200 euros par an et a rendu le dispositif facultatif pour les entreprises.

"L'écologie est onéreuse ; la pollution, elle, ne coûte pas cher."

Pourtant, en décembre, la ministre de l'Écologie Ségolène Royal avait annoncé que l'indemnité s'élèverait à 25 centimes par kilomètre. En outre, le texte initial de la loi sur la transition énergétique prévoyait de rendre le dispositif obligatoire. Un rétropédalage dans les règles selon les partisans du deux roues comme mode de transport.

Danielle Auroi est membre du Club des parlementaires pour le vélo, avec une centaine d'autres députés et sénateurs. Pour la député EELV de la troisième circonscription du Puy-de-Dôme, le texte a été revu "comme toujours, pour laisser du temps aux gens. L'écologie est onéreuse ; la pollution, elle, ne coûte pas cher." Pour elle, le dispositif initial "permettait d'inciter les gens". Dorénavant, "ce n'est plus un encouragement".

Indemnité kilométrique, la question divise

Guillaume Herrmann, chef de projet mobilités au sein de l'agence Mon UniVert, a notamment en charge la communication autour du Challenge mobilité, initié par la Région et l'Ademe. Le principe ? Pendant une journée, les salariés des entreprises participantes sont encouragés à utiliser un autre mode de transport que la voiture, transports en commun, covoiturage ou vélo. Pour lui, cette nouvelle mesure sur l'indemnité kilométrique ne viendra pas "freiner l'élan"

"Les usagers eux-mêmes se rendent compte que ce n'est plus autant soutenable de prendre sa voiture".

En 2014, 19 entreprises françaises sélectionnées ont testé l'indemnité kilométrique vélo pendant six mois. Le cabinet de conseils Inddigo, dont une antenne se situe à Chambéry, en faisait partie. Pour son directeur, Guillaume Lucas, le côté facultatif ne pose a priori pas de problème : "Au départ, c'était la même chose pour les transports en commun".

Si ce n'est à Paris, les entreprises n'étaient pas dans l'obligation de payer une partie de l'abonnement. "C'était sur la base du volontariat, et depuis quelques années, c'est devenu obligatoire." Quant à l'idée du plafonnement "elle n'est pas idiote, car ce sera d'autant moins pénalisant pour les entreprises", souligne Guillaume Lucas.

Vélo et piste cyclable

À Lyon, les trois quarts des déplacements se font dans un rayon de moins de trois kilomètres, selon Franck Brédy.

Franck Brédy ne partage pas ce constat. Le dirigeant de Vélogik, entreprise implantée à Lyon depuis 2008 et spécialisée dans la gestion et l'exploitation de systèmes vélo, se dit "dépité de voir le texte d'origine vidé de sa substance par le gouvernement" alors que cela eût été "un signal fort en pleine COP 21".

Et il n'est pas le seul à s'opposer à cet amendement. Une pétition en ligne a été lancée presque immédiatement pour que l'indemnité ne soit plus plafonnée. Jeudi, elle avait recueilli plus de 11 000 signatures.

Franck Brédy met surtout en avant le plafonnement à 200 euros, une somme "dérisoire". Le chef d'entreprise allie au geste la parole. Ses salariés qui se déplacent chaque jour à vélo pour venir travailler sont remboursés à hauteur de 30 euros par mois.

"Nous ne comptons pas nous arrêter là", poursuit Franck Brédy, en véritable résistant.

Réduction d'impôt pour l'employeur

Une autre mesure fait quant à elle davantage l'unanimité. Il s'agit de la réduction d'impôt pour l'employeur lorsque celui-ci met des vélos à disposition de ses salariés pour leurs déplacements domicile-travail. Depuis le 1er janvier, l'entreprise peut déduire du montant de son impôt sur les sociétés les frais générés par cette mise à disposition, dans la limite de 25 % du prix d'achat de la flotte de vélos.

Guillaume Herrmann pense que cela "peut fonctionner. De toute manière, c'est la meilleure accroche que nous puissions avoir pour ensuite aborder les autres questions" induites par l'utilisation régulière des deux roues en entreprise.

"C'est un bon dispositif, estime de son côté Franck Brédy, chiffres à l'appui. Un vélo coûte environ 1 000 euros. Avec la réduction d'impôt de 25 %, cela fait une déduction de 250 euros. Cela me semble de nature à convaincre les employeurs qui avaient déjà des projets vélo."

Le vélo pour tous ?

Tout le monde peut-il prendre le vélo pour se rendre au travail ? Pour Guillaume Herrmann, il a "sa zone de pertinence". Difficile de se rendre en deux roues dans les zones d'activités, où les aménagements ne sont pas nécessairement effectués, ou lorsque son lieu de travail est trop éloigné de son domicile.

Autre détail qui a son importance: les infrastructures au sein même des entreprises. "C'est quelque chose qui revient régulièrement : le manque de douche", indique Guillaume Herrmann. Une idée que vient nuancer Franck Brédy. "Nous avons fait le choix d'installer une douche : elle est davantage utilisée par les sportifs du midi que par les cyclistes du matin."

Productivité accrue

Certaines entreprises sont déjà bien engagées dans la démarche de promotion du vélo. Pour l'aspect économique, notamment. En agglomération, si davantage de salariés effectuent un report modal, autrement dit utilisent moins ou plus du tout la voiture, les entreprises peuvent revoir la gestion de leur flotte de véhicules.

Par ailleurs, ce report modal libère des places de parking. "À Grenoble, sur la presqu'île, on construit actuellement des immeubles là où il y avait des parkings", souligne Guillaume Herrmann. Sans oublier les avantages pour la santé.

Plus étonnant encore, selon Franck Brédy, le taux d'absentéisme est inférieur chez les salariés qui se rendent au travail à bicyclette. Et la ponctualité est accrue. "Ils sont moins en retard, et donc plus productifs".

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaire 0

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

Il n'y a actuellement aucun commentaire concernant cet article.
Soyez le premier à donner votre avis !

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.