Only Lyon Tourisme & Congrès affûte sa vision du tourisme urbain de demain, « plus durable et responsable »

ENTRETIEN. Jusqu’ici destination de "city break" par excellence, Lyon se rêve désormais une ville de "villégiature", qui pourrait jouer le rôle d'épicentre pour des séjours en Auvergne Rhône-Alpes. Son ambition : allier durabilité et responsabilité, tout en relançant son tourisme. Pour cela, le président d'Only Lyon Tourisme & Congrès, Robert Revat, compte sur plusieurs leviers, dont son opération spéciale « Une nuit achetée, une nuit offerte », mais aussi sa nomination aux World Travel Awards, ces « Oscars du Tourisme » où Lyon concourt face à onze autres grandes capitales, pour un verdict attendu cet été.

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A l’amorce d’une seconde saison d’été marquée par le Covid, comment la capitale des Gaules aborde-t-elle la reprise ? Lyon pourrait devenir la base d'un séjour en étoile, avec des touristes qui pourraient ensuite se rendre dans le Beaujolais, ou les Alpes, croît Only Lyon Tourisme & Congrès, la cellule de développement touristique du Grand Lyon.
A l’amorce d’une seconde saison d’été marquée par le Covid, comment la capitale des Gaules aborde-t-elle la reprise ? "Lyon pourrait devenir la base d'un séjour en étoile, avec des touristes qui pourraient ensuite se rendre dans le Beaujolais, ou les Alpes", croît Only Lyon Tourisme & Congrès, la cellule de développement touristique du Grand Lyon. (Crédits : DR/ Tristan Deschamps / Lyon Tourisme et Congrès)

LA TRIBUNE - Au démarrage d'une seconde saison estivale marquée par la crise sanitaire, comment envisagez-vous la reprise du tourisme urbain ? Etes-vous confiant dans cette saison estivale, y compris sur le pouvoir d'attraction des villes post-pandémie ?

ROBERT REVAT - Aujourd'hui, nous entrons dans une nouvelle phase où les touristes vont être plus libres de se déplacer, de même que les restaurateurs et les hôteliers vont pouvoir augmenter leurs jauges. Cela va mécaniquement nous permettre de faire revenir les touristes. Car il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une crise qui les a d'abord empêché de se déplacer, nous sommes convaincus qu'ils vont recommencer à le faire.

C'est pourquoi nous avons souhaité amorcer cette reprise et relancer notamment la destination à travers une opération commune, "Une nuit achetée, une nuit offerte", qui fédère aujourd'hui plus de 60 établissements, tous volontaires. Cela leur demande bien entendu un effort financier, mais pour l'instant, ils jouent vraiment le jeu, car il vaut mieux tenir, que de ne pas travailler...

La campagne a démarré au 1er juin et courra tout au long de l'été, pour se terminer au 30 août.

Il s'agit de la première fois que vous tentez une campagne marketing plus « offensive » sur cette destination ?

C'est effectivement la première fois que nous réalisons quelque chose de cette ampleur et il s'agit à ma connaissance de la seule opération de ce type en France.

Nous avons même pour l'occasion pris un peu de campagne publicitaire, notamment sur les chaînes locales comme France 3. Nous l'avons fait car le monde de l'hôtellerie de la restauration a beaucoup souffert, même si pour l'instant nous n'enregistrons pas vraiment de dépôt de bilan et a tenu le choc grâce aux PGE. Mais il a été très difficile pour les professionnels de ne pas pouvoir faire leur métier, sans compter qu'ils ont aujourd'hui perdu une partie de leurs équipes.

Cette crise qui contraint encore fortement les échanges internationaux a cependant nécessairement un impact majeur sur le tourisme étranger pour la ville...

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, Lyon était une destination qui accueillait une majorité de touristes français (90%). On nous compare souvent à des destinations comme Barcelone ou Venise, mais notre situation n'est en réalité en aucun cas la même.

Lyon a la chance d'avoir plusieurs formes de tourisme et grâce à cette campagne « Une nuit achetée, une offerte », nous allons probablement voir un fort développement de la région Auvergne Rhône-Alpes. Tout se passe comme si les gens avaient pris conscience qu'il n'était pas nécessaire d'aller très loin. D'ailleurs, la moitié de nos clients sont auralpins alors que d'habitude, ils sont plutôt 20 % en moyenne.

Vous étiez justement cité parmi les destinations par excellence des City break avant la crise : nourrissez-vous toujours la même ambition ?

Nous essayons en effet de nous transformer pour développer aujourd'hui un tourisme plutôt axé sur la villégiature : ce terme est peut-être fort, mais il exprime notre volonté d'augmenter avant tout la durée des séjours et d'accueillir un tourisme à la fois plus durable et responsable.

Cela se traduit déjà en chiffres, puisque en 2003, la durée de séjour moyen était de 0,9 nuits, et elle était déjà passé à quatre nuits en 2012. Et je suis certain que si nous le remesurons l'an prochain au sortir de la crise, cette durée aura encore augmenté.

Mais pour devenir plus durable et responsable, cela implique également que les touristes ne fassent pas que des sauts de puce, puisque 80 % du bilan carbone du tourisme se trouve dans le déplacement.

Notre idée est donc de faire en sorte d'accueillir des visiteurs à Lyon qui rayonnent ensuite plus longtemps et plus largement à l'échelle de la région. Lyon pourrait devenir la base d'un séjour en étoile, avec des touristes qui pourraient ensuite se rendre dans le Beaujolais, ou les Alpes...

La tendance en faveur d'une forme de régulation aérienne, avec par exemple la Loi Climat qui supprime les liaisons aériennes de moins de 2h30 n'est-elle pas à ce titre un handicap pour une ville comme Lyon ?

Je pense que si une telle régulation venait à se mettre en place, nous pourrions rééquilibrer le tourisme d'une autre façon. Au lieu d'avoir des visiteurs qui fasse trois city break par an, cela pourrait se traduire demain par une seule destination où ils restent une semaine, parce qu'ils y trouvent toutes les services nécessaires.

C'est aussi une manière d'avoir des séjours qui coûtent un peu moins cher, voire de développer d'autres modes de transport en parallèle (vélo, train, etc).

Cela pourrait-il se traduire aussi par des évolutions en matière de commercialisation des séjours, vers des packages et formules « tout inclus », comprenant plusieurs activités ou destinations ?

Notre métier reste cependant de mettre en avant l'ensemble des offres et des prestations, ce qui est un peu différent de la conception d'une formule de package, qui ne se vend par ailleurs pas très bien. Car aujourd'hui, le tourisme est avant tout un tourisme individuel, et pas un tourisme de masse.

On remarque que les formules de groupe sont par exemple très bonnes pour des gens qui n'ont pas une forte mobilité, mais elles ne conviennent pas aux familles ou aux personnes plus jeunes, qui préfèrent organiser leur séjour par eux-mêmes.

Notre travail est donc de mettre en évidence l'ensemble des possibilités qui s'offrent à eux, et de développer aussi les moyens de rejoindre différentes destinations proches comme le Beaujolais.

Sur quels publics comptez-vous d'ailleurs plus particulièrement pour accompagner cette reprise d'un tourisme certes "en étoile", mais urbain ?

Nous sommes tout d'abord une destination citadine qui attire les couples, mais également les familles avec des enfants car nous proposons un certain nombre d'activités et de visites, comme le Musée Cinéma et Miniature, qui n'attire pas que des seniors. Notre idée étant que l'offre crée aussi la demande.

Car ce qui tue les destinations touristiques aujourd'hui, c'est lorsque l'on ne vise plus qu'une seule cible. C'est par exemple le cas de Barcelone, qui est devenue en peu de temps une destination "trash" pour tous les jeunes s'en allaient uniquement pour faire la fête, ou de Prague... On ne verra jamais cela à Lyon, car nous ne ciblerons jamais une catégorie de touristes en particulier.

C'est la tradition même de cette ville, à l'origine marchande, que d'accueillir tout le monde. Nous souhaitons le faire de deux façons, c'est-à-dire en développant Lyon en tant que destination directe d'une zone de chalandise, située dans un rayon de 2 heures en matière de transports (qu'il s'agisse du train, de l'avion, ou de la route, etc). Mais aussi, en développant sa capacité d'être une ville de seconde intention après Paris, lorsque des touristes étrangers se demandent ce qu'ils pourraient visiter en France.

Depuis quelques semaines, on sait que la ville de Lyon est nominée aux World Travel Awards, un prix qui est aujourd'hui considéré « comme les Oscars du Tourisme » par le Wall Street Journal, dans la catégorie « Meilleure Destination Urbaine d'Europe 2021 ». Et ce, parmi 11 autres lauréats de taille dont Amsterdam (Pays-Bas), Barcelone (Espagne), Berlin (Allemagne), Lisbonne (Portugal), Moscou (Russie), ou encore Rome (Italie)... La compétition va être très rude d'ici la clôture des résultats, attendue le 14 juillet ?

Pour nous, rien que le fait d'être nominés aux côtés de ces villes nous donne déjà le sentiment d'avoir gagné. Car aujourd'hui, on se bat avec Berlin, Rome, Moscou ou Venise, on est vraiment entrés dans la cour des grands... Bien évidemment, si l'on gagne au finish, on sera extrêmement fiers. Mais cela nous donne avant tout une grande responsabilité, qui serait de démontrer aux yeux du monde qu'un tourisme durable est possible.

Car on voit que pour l'instant, nous avons fait la moitié du chemin en plaçant notre destination en ordre de bataille. Mais si l'on remporte cette course, il va aussi falloir tenir nos promesses et c'est pour cela que nous aimerions gagner. Le dossier que nous avons soumis comprenait notamment des critères portant sur le développement durable. Nous avons encore quelques jours pour recevoir les votes du public, tandis que clôture a été fixée au 14 juillet, la remise des prix étant prévue pour intervenir plutôt début septembre.

Vous évoquiez également la notion de tourisme durable, qui reprend l'une des priorités des nouveaux exécutifs EELV à la tête de Lyon et de sa métropole : comment devient-on une destination plus verte en matière de tourisme ?

Nous travaillons beaucoup depuis un certain temps sur un ensemble d'indicateurs plus durable pour la destination, qu'il s'agisse de la conformité environnementale au niveau des hôtels, de l'accompagnement de l'écosystème, etc... C'est également important pour les touristes y compris pour les touristes d'affaires, afin qu'il puissent se rendre sur un salon sans scrupules si on leur explique l'ensemble des mesures que l'on a mises en place pour réduire l'empreinte carbone de leurs déplacements par exemple.

Ce sont des pistes que nous travaillons déjà, il ne s'agit pas d'une prise de conscience opportuniste. Dès 2019, nous avions déjà reçu le Trophée de la meilleure destination de smart tourisme, car nous avions mis en œuvre une stratégie de transition.

Bien entendu, le changement politique ne fait qu'amplifier ce virage que nous avions déjà choisi d'amorcer. L'avantage est que nous nous sentons complètement portés désormais par la métropole dans ce sens. Avant, nous pouvions être perçu comme un peu à contre-courant, mais aujourd'hui, notre positionnement est perçu comme tout à fait légitime.

Quels sont les leviers qui demeure pour accélérer cette transition selon vous à Lyon ?

Je crois que l'aspect fondamental est de pouvoir proposer aux touristes de vivre des expériences au même titre que les lyonnais, à travers des concepts de micro-expériences où ils ne viennent pas seulement visiter la ville, mais participer à un projet de rénovation ou à un mini chantier, un potager collectif, ou en venant apprendre quelque chose pendant leurs vacances...

C'est comme ça que l'on va passer d'un tourisme de consommation un tourisme plus durable. Car Lyon n'est pas un parc d'attractions ni un musée à ciel ouvert. Ce n'est pas pour rien que al ville a été classée au patrimoine mondial de l'Unesco, mais bien en raison du fait que nous avons su conserver un patrimoine vivant.

C'est aussi un haut lieu gastronomique, où se conjugue les traditions mais également une dynamique de jeunes chefs, où l'on ne mange pas que du pâté croûte. Nous avons là tout un panel d'outils pour devenir le coeur de la marguerite et développer le tourisme de demain à travers du tourisme vert, culturel, sportif, etc.

Un dernier point concernant cette fois la rentrée, une période où se profile la réouverture de certains grands salons (Sirha, Pollutech, etc), malgré les incertitudes qui pèsent toujours avec l'essor des variants. Avant cette crise, le tourisme d'affaires demeurait un pilier important pour la ville de Lyon : comment envisagez-vous sa relance ? Pourra-t-il reprendre comme avant ?

Sur le tourisme d'affaires, on peut en réalité distinguer deux cibles : celle des personnes qui venaient à Lyon à la journée ou pour une nuit en prévision d'une réunion. Je pense que ce segment va probablement baisser, car tout le monde a désormais pris l'habitude de gagner du temps, de la productivité mais aussi des coûts de transport en travaillant à distance.

Par contre, dès qu'il y aura des échanges commerciaux plus importants à réaliser, ainsi que des rencontres ou salons, il faudra continuer à se déplacer. C'est pourquoi que je pense que ce type de tourisme va reprendre et se stabiliser.

Car il ne faut pas oublier que lorsqu'on participe à un salon, c'est aussi une forme d'expérience : cela permet de voir de nouvelles choses, de rencontrer des personnes que l'on n'avait pas prévu... C'est toute la différence entre s'asseoir à une tribune au sein du stade de Gerland, ou regarder un match à la télévision. Les grands salons comme le Sirha, Pollutech, etc, vont nécessairement revenir.

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