Emploi : dans les Alpes, le Club Med toujours en quête d’une centaine de saisonniers

Il a beau bénéficier de « l’aura » d’un grand groupe, le Club Med peine lui aussi à recruter sur un marché de l’emploi plus que jamais en tension cette année. Car depuis la crise sanitaire, nombreux sont les saisonniers qui ont choisi de se réorienter. Rien que dans les Alpes, le spécialiste des villages-vacances cherche encore à pouvoir 150 postes pour ses « resorts » de montagne, dont une large portion en hôtellerie-restauration.

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Déjà l'été dernier, le Club Med avait limité la chute, en enregistrant un niveau de réservations identique à celui de l'été 2019. Un contexte qui l'a par ailleurs encouragé à maintenir sa stratégie d'investissements et à poursuivre le développement de nouveaux resorts.
Déjà l'été dernier, le Club Med avait limité la chute, en enregistrant un niveau de réservations identique à celui de l'été 2019. Un contexte qui l'a par ailleurs encouragé à maintenir sa stratégie d'investissements et à poursuivre le développement de nouveaux resorts. (Crédits : DR/ClubMed)

Olivier Bergeret, DRH Europe Afrique du Club Med, ne s'en cache pas. La saison d'été 2021 promet d'être difficile à boucler du point de vue des recrutements. D'autant plus que le volume est là : rien que dans les Alpes, le Club Med comprend à l'année 14 complexes hôteliers, offrant près de 10.000 touristiques, tandis qu'en été, il ouvre chaque année 6 grands resorts, pour une capacité totale de 6.000 lits.

Au plus fort de la saison d'hiver, le groupe emploie habituellement jusqu'à 3.400 saisonniers, contre 2.400 postes en été, essentiellement saisonniers et pour la plupart habituellement reconduits d'année en année. Et plus d'un an après le démarrage de la crise sanitaire, les ambitions du groupe n'avaient cependant pas faibli et avait décidé d'ouvrir le même nombre de resorts entre début juin et la fin août.

Mais cette fois, le compte n'est pas bouclé à la fin juin, puisqu'il reste au groupe spécialisé dans les villages-vacances près de 150 postes à pouvoir encore sur les bras, sur un total de 750 nouveaux saisonniers à recruter cette année (dont les ¾ pour les Alpes) afin d'alimenter ses effectifs.

En cause ? Une saison d'été dont la planification a été plus tardive et incertaine que d'habitude, en lien avec les contraintes sanitaires, mais également des effectifs très en tension sur le marché de l'emploi pour certaines catégories de postes, comme la restauration, l'hébergement, ainsi que les professionnels des activités sportives ou de la petite enfance.

« Tous les facteurs se sont un peu télescopés, car nous recherchons habituellement un grand vivier main-d'œuvre durant cette période, et notre reprise a été couplée avec celle du reste de l'hôtellerie-restauration, qui sortait du 3e confinement. Tout le monde est arrivé en même temps sur le marché du travail, avec tous types de contrats : saisonniers, CDD ou CDI... », constate Olivier Bergeret.

Sans compter que les candidats des établissements comme le Club Med sont habituellement contactés en début d'année : sans certitudes sur la reprise de la saison estivale, beaucoup se seraient entre-temps tournés vers d'autres postes, ou même vers des reconversions.

Le plan du Club Med pour garder contact avec ses saisonniers

Bien que le groupe ait tenu à embaucher tout de même cet hiver ses quelques 3.000 saisonniers en montagne, afin qu'ils bénéficient des mesures de chômage partiel et soient prêts pour la reprise, cela n'aura permis à l'hôtelier que de conserver environ 80 % de ses ressources hivernales, estime son DRH Europe.

« Nous avons en parallèle mis en place un programme Keep in touch destiné à conserver le lien à travers des appels, des e-mails, un site de rendez-vous en digital, etc ».

Le Club Med a également pris les devants en lançant sa campagne de recrutements et d'affectations dès la mi-avril (habituellement programmée en mars), avant même le détail des mesures gouvernementales sur la saison d'été. Mais là encore, cela n'a pas suffi à combler le gap face au déficit de candidatures de certains secteurs les plus en tension, comme l'hôtellerie-restauration.

« Pour autant, nous avons fortement accéléré nos processus internes, en réalisant ce que nous faisons habituellement en trois mois, en l'espace de quatre semaines », note Olivier Bergeret.

Le recrutement du groupe, entièrement digitalisé, aura également permis à certains profils d'émerger : « Cela faisait longtemps que nous n'utilisions plus uniquement le CV pour recruter, car les savoir-être sont très importants dans un domaine comme le nôtre. Nous étions déjà ouverts à prendre des candidats qui n'avaient pas de savoir-faire, mais de bons savoir-être, que nous formons ensuite en interne ».

Avec dans le cas du Club Med, la section des hobbies qui prend d'ailleurs une place particulière pour évaluer la personnalité d'un candidat. Et d'ajouter : « Nous nous autorisons aussi parfois prendre des candidatures spontanées, sur la base d'une simple lettre de motivation par exemple, qui nous paraît particulièrement bien tournée  », confirme son DRH.

Le besoin de revaloriser certains métiers comme la cuisine

Face à la pénurie de candidats, la voie de la formation -dont l'apprentissage fait partie-, serait-elle l'une des solutions du monde l'après-crise pour reconstituer un nouveau vivier de candidats ?

« Il est certain que nous allons devoir nous poser des questions pour renforcer ce sujet à l'avenir car clairement, le marché ne se rétablira pas en l'espace de six mois», admet Olivier Bergeret.

Hormis les formations dites « flashs » en partenariat avec les organismes comme Pôle-Emploi ou les missions locales, et qui sont encore actuellement discutées entre les partenaires de l'emploi, la formation jouera selon lui un rôle, mais plutôt dans un second temps, c'est-à-dire en matière de rétention et de fidélisation, « afin de permettre aux ressources d'évoluer ».

Une enveloppe est d'ailleurs dédiée, au sein du groupe, à la formation continue: "A titre d'exemple, nous avons investi en 2019, 2 millions d'euros sur la zone Europe et Afrique, donnant lieu à 21.000 journées formations annuelles", précise le DRH.

En parallèle, le Club Med accueille déjà 150 à 200 contrats d'alternance par année, au sein de six filières métiers dont la cuisine, et sait déjà que la prochaine vague de septembre accueillera près 280 alternants à l'échelle nationale.

« On part sur des périodes allant de 8 à 24 mois avec à la sortie, un emploi garanti au sein du groupe pour ceux qui le souhaitent. Nous avons ensuite la chance de pouvoir proposer près de 130 métiers au sein de nos villages, qui permettent également de réaliser des passerelles ».

Face à des conditions de travail dans le domaine de l'hôtellerie-restauration pointées du doigt depuis la sortie de crise, le DRH fait valoir que, dans le cas du Club Med, les grandes brigades de cuisine pouvant employer jusqu'à 30 à 50 cuisiniers et aides-cuisiniers sont déjà organisées sur un seul service (midi ou soir), avec des salariés pour la plupart nourris et logés sur place, à proximité de leur lieu de travail, durant leur saison.

« Pour autant, il existe un besoin global de revaloriser certains métiers comme la cuisine à commencer par leur image. Car on oublie souvent qu'il s'agit d'abord de métiers d'artistes, où l'on recherche à faire plaisir à travers une expérience culinaire offerte au client. C'est quelque chose que l'on ne met pas suffisamment en avant, on n'en voit souvent que la finalité. Les chefs ont raison de militer sur la beauté du métier », admet Olivier Bergeret.

Des processus qui se seront digitalisés avec la crise

En attendant, la force du groupe sera d'aller chercher, pour cette saison, des candidatures à l'échelle européenne, et pas uniquement française, pour combler l'urgence de ses besoins.

Du côté des processus de recrutements eux-mêmes, la pandémie aura elle aussi permis de tester de nouvelles formules, dont un passage au format 100 % digital dès l'été 2020.

Bien que cette évolution ne se soit pas faite sans craintes, la saison dernière aura déjà été l'occasion de lever la plupart des doutes. « Nous nous sommes aperçus que les recrutements que nous avions dû faire pendant la crise sanitaire ont été au moins aussi bons que ceux des années précédentes, ce qui déjà un signe très encourageant ».

Le DRH a cependant pu en tirer quelques enseignements : « Le distanciel a notamment l'avantage d'offrir une expérience plus confortable aux candidats qui n'ont pas à se déplacer pour toutes les étapes de recrutement, et sont souvent moins stressés chez eux ».

Le digital aura également servi à mettre sur pied des rencontres ainsi que des vidéos d'intégration pour les candidats en amont de leur arrivée au sein des villages Club Med, afin de favoriser leur intégration. « Il est très probable que nous conserverons à l'avenir le distanciel mais que nous remettrons aussi une dose de présentiel, notamment lors des dernières étapes du processus de recrutement, pour avoir un bon équilibre », analyse Olivier Bergeret.

Une reprise assez forte attendue cet été

En attendant de compléter leurs équipes, les complexes hôteliers du Club Med se préparent déjà à réouvrir dès la fin juin. Avec des réservations « en progression régulière, notamment sur la période du 15 juillet à la fin août », confirme le groupe, sans pour autant communiquer de chiffres.

Et Olivier Bergeret de glisser : « nous ne sommes pas loin de retrouver le niveau de 2019, et nous misons notamment sur la tendance au late-booking en espérant dépasser les chiffres d'il y a deux ans ».

Déjà l'été dernier, le Club Med avait limité la chute, provoquée par le Covid, en enregistrant un niveau de réservations identique à celui de l'été 2019. Un contexte qui l'a par ailleurs encouragé à maintenir sa stratégie d'investissements (montant non communiqué) et à poursuivre le développement de nouveaux resorts.

« Après la livraison du village de La Rosière (Savoie) a finalement ouvert avec quelques mois de retard, nous avons plusieurs chantiers en cours dans les Alpes dont la construction d'un village à Tignes, prévue pour décembre 2022. Mais également des projets de rénovation majeurs comme à Peisey-Vallandry pour décembre 2021, ainsi qu'une transformation du village de Val d'Isere, pensé pour devenir notre premier village Exclusive collection d'ici décembre 2022 », confirme Olivier Bergeret.

Avec une idée : continuer de miser à la fois sur la création de nouveaux complexes, mais aussi la rénovation d'anciens établissements, afin de répondre à la montée en gamme attendue par sa clientèle.

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